DIT POUR LE CENTENAIRE DE CORNEILLE A ROUEN EN
e matin, aux lueurs des tremblantes étoiles, De la nuit sur mon front sentant les derniers Je parcourais, pensif, l'œil sur l'ombre fixé, [voiles] La ville de Corneille où revit le passé; J'aperçus tout à coup sur une place vieille Une haute statue, et je dis : C'est Corneille! Mais non; je reconnus, noir sous le ciel serein, Napoléon premier sur son cheval d'airain; Mes yeux dans la pénombre où plane le mystère, S'attachèrent troublés au géant solitaire, Et bientôt, dans mon rêve obscur, il me semblait Que c'était l'Empereur de bronze qui parlait.
Ces drapeaux, disait-il, ces fleurs, ces oriflammes, Ces cris de joie ardents qui vont jaillir des âmes, C'était pour moi, naguère encore, il m'en souvient, Mais ce n'est plus pour moi que cette foule vient! Comme Louis quatorze et d'autres, il faut croire Que mon nom doit subir cette éclipse de gloire, Bronze ou marbre, de nous les hommes semblent las Et c'est déjà beaucoup qu'ils ne nous brisent pas! La triste humanité me rend guerre pour guerre; C'est la loi de ce monde et je ne m'en plains guère, Quand il nous fait, de ses idoles fatigué, Payer trop cher l'encens qu'il a trop prodigué!
— Puis, quelqu'un, l'invisible est le suprême juge, Aux vrais grands hommes ouvre un éternel refuge ! Si je suis de ceux-là, Dieu le sait... Aujourd'hui
Je ne suis qu'un vaincu plein de doute et d'ennui ; Mais, du moins je sais voir sans tristesse ou colère Vers d'autres se tourner la faveur populaire, Et même j'applaudis lorsque son bon plaisir Consulte sa raison afin de mieux choisir! Donc, avec une joie à la vôtre pareille Napoléon le Grand le cède au grand Corneille!
— C'est justice. A Saint-Cloud, et ce mot-là me plaît, J'ai dit un jour : Messieurs, si Corneille vivait,