‹ Poésies complètesChapitre 46 sur 127 · A PROPOS DE CORNEILLE I · texte numérisé non relu

A PROPOS DE CORNEILLE I

Je le nommerais Prince. — Il l'était! Son génie Était de sang royal, de pourpre non ternie, Et je reconnaissais, d'un œil fier et ravi, Les héros qu'il créa dans\ceux qui m'ont servi.

— Quel est donc ce pouvoir de la pensée humaine? Quel mystère donna cette hauteur romaine

A l'obscur avocat, à l'humble praticien,

Qui se penchait le soir sur quelque livre ancien,

Et soudain dans un vers vibrant comme une épée

Mettait le cœur du Cid et l'âme de Pompée? [temps, |

Qu'ils sont heureux, ceux-là, ces hommes des vieux

Que font revivre ainsi les chefs-d'œuvre éclatants !

Qu'il est heureux César, heureux le vieil Horace,

Que le poète fait d'une immortelle race

Et qu'il place à jamais, en plein ciel radieux,

Dans une apothéose, à côté de leurs dieux!

— Ah! je ne craindrais pas du temps la rude offense Si j'avais un Corneille un jour pour ma défense,

Si méjugeant sans trouble ainsi que sans effroi, Ce qu'il fit pour Auguste, il le faisait pour moi, Et si dans l'avenir brillait cette merveille : Le soleil d' Austerlitz dans un vers de Corneille ! Mais non c'est Jeanne d'Arc qu'il me préférerait, Et mon dernier orgueil est mon regret!

Elle est là, Jeanne d'Arc, et la noble héroïne Vers le noble poète en souriant s'incline. C'est elle qui vous dit, de son blanc piédestal : Fortifiez vos cœurs en ce deuil triomphal, Revenez l'esprit plein de ces mâles pensées

Par qui sont pour toujours les âmes rehaussées;

Célébrer un tel homme, admirer, applaudir

La grandeur, c'est déjà soi-même se grandir,

Et quand, dans ce devoir puisant une espérance,

On aime mieux Corneille, — on aime mieux la France1

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