ANNIVERSAIRE DE RACINE
DIT PAR Mlle FAVART AU THEATRE-FRANÇAIS (2 1 DÉCEMBRE 1865)
tt près le Cid, après don Sanche, après Horace, Après ces Castillans dignes de ces Romains, Après tous ces héros, puissante et forte race, Des plus hautes vertus modèles surhumains,
Qui suivra, plein d'orgueil, une route pareille? Qui s'en écartera, plein de témérité ?
Ce sublime idéal où s'éleva Corneille, Qui le remplacera dans l'art }... La vérité!
La vérité, les pleurs, la passion, les luttes, L'homme en proie aux tourments auxquels il s'est offert, Les orages de l'âme, espoirs, faiblesses, chutes, Racine a tout compris pour avoir tout souffert !
Écolier studieux, jeune homme solitaire, Rêvant déjà d'aimer et de n'en pas guérir, C'est dans son propre cœur qu'il surprit le mystère De ce mal, le plus doux dont on puisse mourir!
C'est la femme d'abord, ses larmes, ses tendresses, Ses remords, ses fureurs, ses vœux irrésolus, C'est la femme qu'il voit, tout plein de ces ivresses Qu'une gloire naissante apporte aux vraix élus;
C'est elle qui lui vient révéler son génie,
Elle son premier rêve et son premier orgueil :
Hermione, c'est toi ; c'est toi, chaste Junie ;
C'est toi, pâle Andromaque aux longs voiles de deuil !
C'est l'amante, et la fille, et la mère, et l'épouse, Clytemnestre indomptable, Agrippine en courroux, Josabeth éperdue et Roxane jalouse, Toi, Phèdre, toi surtout ; son théâtre, c'est vous!
Pour mieux sentir la vôtre heureux de sa souffrance, Devinant votre cœur aux blessures du sien, C'est par vous qu'il créait, qu'il donnait à la France Un art plus pénétrant, aussi beau que l'ancien !