ANNIVERSAIRE DE RACINE I 5 I
Hélas ! ce noble cœur fut trop semblable au vôtre ! Caressant ces douleurs que chacun porte en soi, Délivré d'une chaîne, il s'en forgeait une autre, S'arrachant à l'amour et se donnant au roi !
Il l'aimait jeune prince à qui tout rend hommage, Il l'aima vieillissant, grave et silencieux ; Il trouvait dans son roi le modèle et l'image Des rois que le théâtre a fait vivre à nos yeux ;
C'est par là qu'il comprit le tendre et long supplice De ces reines en pleurs au regard triste et fier ; Titus, c'était le roi perdant sa Bérénice ; Assuérus, le roi que charme une autre Esther !
Le roi, c'est presque un dieu ! sa main brise ou relève, Son regard peut tuer... et le poète un jour, E)e ce regard plus froid frappé comme d'un glaive, Sentit la mort prochaine et partit sans retour.
En elle-même alors son âme recueillie Goûta l'ombre et l'oubli de ces brillants sommets ; Son cœur, tout frémissant des hymnes d'Athalie, Connut le seul amour qui ne trompe jamais !
Dans sa maison modeste, honorée et bénie, Parmi les soins émus du bonheur paternel, Sa passion chercha, digne de son génie, La vérité suprême et le bien éternel ;
Vers l'invisible roi, vers l'idéale flamme,
Tendre il tournait ses yeux, calme il levait ses mains,
Et les ailes d'un ange emportèrent son âme
Au bruit des chants sacrés qu'il léguait aux humains!