‹ Poésies complètesChapitre 49 sur 127 · DIT AU THÉÂTRE-FRANÇAIS PAR M"0 FAVART LE 21 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

DIT AU THÉÂTRE-FRANÇAIS PAR M"0 FAVART LE 21 DÉCEMBRE

nraj! uand il eut accompli l'œuvre de sa jeunesse, Ijgggi Quand Racine put dire avec un juste orgueil « La passion n'a plus rien que je ne connaisse. « J'ai mesuré sa force et j'ai compris son deuil.

« Dans cette nuit tragique où l'éclair seul rayonne, « Les cœurs désespérés m'ont parlé de plus près ; « J'ai compté le premier les larmes d'Hermione, « Et Phèdre en se voilant m'a dit tous ses secrets ;

« De toutes les grandeurs j'ai sondé les ruines, « A ma lumière rien d'obscur n'est demeuré; « J'ai vu pâlir d'amour les fières héroïnes, « Et je sais trop pourquoi Mithridate a pleuré !

« J'ai vu l'ambition, le despotisme immonde, « A la victoire aveugle emprunter son clairon ; « Maintenant je n'ai plus rien à voir dans le monde, s Moi qui n'ai pas eu peur de regarder Néron !

« La tristesse me prend à contempler la terre ; « Ce qui ne nous fait pas pleurer nous fait frémir ; « J'ai tout vu, j'ai tout dit ; je n'ai plus qu'à me taire, « Seigneur, avant le soir où je dois m'endormir ! »

Il n'avait pas tout dit ! Dieu lui gardait encore, Pour prix de son génie et du travail amer, Dieu lui gardait un soir plus doux que son aurore, Après Oreste et Phèdre il lui donnait Esther.

Tout poète choisi pour la gloire et les larmes, Après l'orage, après les jours obscurs et froids, Trouve enfin l'œuvre aimée et brillante de charmes Qui vient le consoler des tourments d'autrefois ;

Esther ! Ce fut pour toi l'œuvre noble et bénie, Où l'urne sainte mit sa plus douce liqueur, 0 Racine ! Où ta grâce égala ton génie, La coupe merveilleuse où tu versas ton cœur!

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