SCÈNE II
LE POÈTE, Seul.
Elle est folle, à coup sûr!... Pas si folle, peut-être! Que je serais confus, s'il était là, le maître! Quel juge que celui dont le regard hautain Est encore l'effroi des blêmes Trissotin !
— Sans être Trissotin, ni même Oronte, en somme, Que je serais petit en face d'un tel homme !
— Ma pauvre comédie... est-elle bonne, au moins? Que de doutes, hélas! qui suivent tant de soins! D'où vient cette terreur devant l'œuvre accomplie? L'ouvrier est plus fier quand sa tâche est remplie; Quand les raisins sontmûrs,ils sont pourtant plus doux : Si les miens étaient verts? J'en ai grand peur !— 0 vous Qui maintenant, après la lutte, après la peine,
Dans l'immortalité triomphante et sereine, 0 Molière! jugez nos travaux imparfaits... Tenez-moi compte au moins des efforts que j'ai faits, Et, quand je donnerai ma faiblesse en spectacle, Considérez, non pas le succès, mais l'obstacle!
— .Mais non... de ce côté j'ai l'esprit en repos : Molière ne revient que dans les à-propos!
J'ai beau dire : le cœur me bat. Peur singulière...
(Entre Molière.)