LE MONUMENT DE PONSARD
DIT AU THÉÂTRE-FRANÇAIS, FAR Mlle TORDEUS, LE 15 MAI 187I
e te repose pas encore,
Sculpteur! Prends le marbre ou l'airain, Livre aux souffles du vent sonore La statue au front souverain; Dans ton siècle et dans les vieux âges, Choisis les héros et les sages, Les rois humains, les précurseurs, Tous ceux dont les efforts sans nombre Ont vaincu le mal, chassé l'ombre, Savants, poètes et penseurs!
l82 ŒUVRES COMPLETES
Pour l'honneur du siècle où nous sommes, Pour sa joie et pour son orgueil, Le temps n'est plus où les grands hommes Dans l'art ne trouvaient qu'un long deuil; Contre eux l'aveugle ingratitude N"a qu'une heure; la multitude, Vivants même, les protégea.
L'injustice avant eux succombe, Et, le jour où s'ouvre leur tombe, Leur statue est prête déjà!
0 Ponsard ! la tienne était prête; L'invisible sculpteur du ciel D'avance modelait ta tète Pour le monument solennel; Tu ne rencontrais sur ta route Ni le froid dédain, ni le doute, Ni les haines au noir flambeau ; Tu marchais en pleine lumière, Et la victoire coutumière Ne t'abandonna qu'au tombeau!
On disait : « Ils sont morts depuis trois mille années, Les maîtres oubliés de l'Olympe lointain ; L'homme ne se sent plus dans les mains obstinées De l'inexorable destin;