‹ Poésies complètesChapitre 4 sur 40 · PRÉFACE DE L'ÉDITEUR IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE L'ÉDITEUR IX

des Muses, place pour le culte des anciens, et les neuf sœurs, ravies de la nouveauté, entretiendraient-elles, sous les guirlandes et les roses, le souvenir de ceux qui avaient, jadis, ouvert la voie aux novateurs ? Certains, à sa place, se fussent contentés de marquer par le silence leur désapprobation : la Muse noblement drapée, de l'auteur de Moïse, accueillit avec un sourire engageant l'Ensorceleuse des Fleurs du Mal, dont la beauté inquiétante se parait des joyaux de l'amour et des fleurs nocives de la mort. Ce fut mieux qu'un rapprochement d'un jour : ce fut une amitié réciproque, éprouvée, durable, faite de généreuse courtoisie d'une part, de respect affectueux et d'admiration de l'autre. Une même fatalité unissait ces deux grands initiés, et leur rencontre se faisait à l'heure où, l'un atteignant les sommets, l'autre en allait descendre. Détaché depuis longtemps des Cénacles, éloigné de Lamartine et de Hugo, soit par indifférence, soit par une rivalité d'artiste où l'orgueil trouvait son compte, séparé de Sainte-Beuve, dont il avait éprouvé, tour à tour, les flatteries et les trahisons, hostile aux rimeurs de son temps, Vigny achevait, seul et taciturne, nous le savons, la route du destin, se remémorant avec amertume ceux qu'il avait vus sombrer dans l'oubli. Il ne recherchait pas, comme tant d'autres, ce succès facile de

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