A MONSEIGNEUR FRÈRE DU ROI
SONNET
JVLusESy quand finira cette longue remise De contenter Gaston, et d'écrire de lui ?
Le soin que vous avez de la gloire d'autrui Peut-il mieux s'employer qu'à si belle entreprise ?
En ce malheureux siècle où chacun vous méprise. Et quiconque vous sert n'en a que de l'ennui. Misérable neuvaine, où sera votre appui.
S'il ne vous tend les mains et ne vous favorise ?
Je crois bien que la peur d'oser plus qu'il ne faut
Et les difficultés d'un ouvrage si haut
Vous ôtent le désir que sa vertu vous donne;
Mais tant de beaux objets tous les jours s'augmen- Puisqu'en âge si bas leur nombre vous étonne, [tants. Comme y fournirez- vous quand il aura vingt ans ?
AU ROI
JVlusEs, je suis confus : mon devoir me convie A louer de mon Roi les rares qualités;
Mais le mauvais destin qu*ont les témérités Fait peur à ma foiblessc, et m'en ôte l'envie.
A quel front orgueilleux n'a l'audace ravie Le nombre des lauriers qu'il a déjà plantés?
Et ce que sa valeur a fait en deux étés, Alcide l'eût-il fait en deux siècles de vie ?
Il arrivoit à peine à l'âge de vingt ans, Quand sa juste colère, assaillant nos Titans, Nous donna de nos maux l'heureuse délivrance.
Certes, ou ce miracle a mes sens éblouis.
Ou Mars s'est mis lui-même au trône de la France,
Et s'est fait notre roi sous le nom de Louis.