A MONSEIGNEUR LE CARDINAL DE RICHELIEU
SONNET
A ce coup nos frayeurs n'auront plus de raison, Grande âme aux grands travaux sans repos adonnée ; Puisque par vos conseils la France est gouvernée. Tout ce qui la travaille aura sa guérison.
Tel que fut rajeuni le vieil âge d'Éson, Telle cette Princesse en vos mains résinée Vaincra de ses destins la rigueur obstinée, Et reprendra le teint de sa verte saison.
Le bon sens de mon roi m'a toujours fait prédire Que les fruits de la paix combleroicnt son empire. Et comme un demi-dieu le feroient adorer ;
164 POésiBS DE MALHERBE. *
Mais voyant que le vôtre aujourd'hui le seconde, Je ne lui promets pas ce qu'il doit espérer.
Si je ne lui promets la conquête du monde.
AU ROI
SONNET
V^u'avec une valeur à nulle autre seconde.
Et qui seule est fatale à notre guérison.
Votre courage mûr en sa verte saison
Nous ait acquis la paix sur la terre et sur l'onde ;
Que l'hydre de la France, en révoltes féconde. Par vous soit du tout morte, ou n* ait plus de poison. Certes c'est un bonheur dont la juste raison Promet à votre front la couronne du monde.
Mais qu'en de si beaux faits vous m'ayez pour témoin, Connoissez-le, mon Roi, c'est le comble du soin Que de vous obliger ont eu les destinées.
Tous vous savent louer, mais non également ; Les ouvrages communs vivent quelques années ; Ce que Malherbe écrit dure éternellement.
POésiES DE MALHERBE. 165