‹ Poésies complètes (volume 2)Chapitre 32 sur 74 · NOTRE-DAME DE PENMARC'H I · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME DE PENMARC'H I

Mais l'accent de sa voix a des douceurs étranges : Ceux qui l'ont entendu meurent de son regret. Notre ciel était sombre et, dès qu'elle paraît, Une allégresse emplit les sentiers et les granges.

Jésus, entre ses bras, repose. On croirait voir, Avec son devantier d'étoffe rude et terne, Quelque petit enfant de Penmarc'h ou d'Audierne, Sans le feu sombre et doux qui couve en son œil noir.

Une aube évangélique au loin bleuit l'espace Et, ployant le genou devant ces pèlerins, Les hommes de l'Arvor, laboureurs et marins, Sentent confusément que c'est leur Dieu qui passe.

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A Gabriel Vicaire.

C'est Marivône Le Guînver, Avec sec coiffes de batiste, C'est Marivône Le Guînver Qui passe sa vie à rêver.

Marivônic, Dieu vous assiste Dans l'avenir et le présent !

Marivônic, Dieu vous assiste Votre regard paraît si triste !

MARIVONE 131

Marivônic s'en va disant Aux bateliers de la prairie, Marivônic s'en va disant:

<^ N'est-ce pas l'heure du jusant?

» Et n'a-t-on pas vu, je vous prie, Dans le chenal de Kerenor, Et n'a-t-on pas vu, je vous prie, Le vaisseau de sa seigneurie,

» Le beau vaisseau d'ivoire et d'or, Avec des mâts en palissandre.

Le beau vaisseau d'ivoire et d'or De monseigneur Hadanic-Vor ? »

Hélas ! le soir tombe et mêle sa cendre Aux brouillards légers qui montent des eaux, Et les bateliers n'ont rien vu descendre Sur le chenal bleu bordé de roseaux.

Mais Marivônic espère quand même.

En vain le temps passe, elle attend toujours, Et, pour faire honneur à celui qu'elle aime, On ne la voit plus qu'en riches atours.

Regardez ! Sa coiffe est toute en batiste. Ah ! qu'elle est jolie avec son Justin Où de fins galons, couleur d'améthyste, Courent sur la laine et sur le satin !...

Et Tannée ainsi va chassant l'année.

Marivône est vieille et marche à pas lents, Et rien n'a changé dans sa destinée.

Sinon qu'aujourd'hui ses cheveux sont blancs

Et la voilà vieille, vieille, Au point qu'elle n'a, dit-on,

Sa pareille Dans aucun bourg du canton.

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