‹ Poésies complètes (volume 2)Chapitre 33 sur 74 · MA RI VON F · texte numérisé non relu

MA RI VON F

Ses beaux yeux iVont plus de flamme; Elle tremble au moindre vent ;

Mais son âme Est aussi jeune qu'avant,

Et sous son hoqueton jaune, Malgré lâge et le besoin,

Marivône Est toujours mise avec soin.

Songez donc, si tout à l'heure L'impatient jouvenceau Qu'elle pleure Débarquait de son vaisseau

Et s'en venait d'un air tendre, Avec deux ménétriers,

Pour lui tendre L'anneau blanc des mariés !

Or, un jour de printemps que la brise était douce, Le beau vaisseau parut au détour du chenal. Le jusant vers la mer l'entraînait sans secousse Et ses hunes baignaient dans le vent matinal.

Mais à mesure aussi qu'il approchait des berges On voyait que ses mâts étaient tendus de deuil. Ses sabords restaient clos et quatre rangs de cierges Flambaient sur le tillac autour d'un grand cercueil.

Et dans ce grand cercueil,largeassezpour deux places, Sur des coussins d'argent, de perle et de velours, Pâle comme les lys tombés de ses mains lasses, Le prince Hadanic-Vor reposait pour toujours.

Marivône attendait sur la berge voisine. Quand la nef du Destin l'eut conduite à son bord, Elle prit sur le pont un cierge de résine Et vint s'agenouiller devant le prince mort.

MARIVONE 135

Elle pria longtemps en fervente chrétienne, Puis, disposant la couche où dormait son amant, Elle étendit sa tête au chevet de la sienne, Fit un signe de croix et mourut doucement.

LE SE'JIqME^T^T T>'H0ËL IV

A Yves Beribou.

Comme je n'ai pu vous celer Le vieux péché qui me harcèle, O mon âme, vous fautes celle Qui ne veut pas se consoler.

Et vous dites: « La bête immonde

Va revenir dans un moment

Et gâtera tout le froment

Que nous gardions pour l'autre monde.

LE SERMENT d'HOËL IV I37

» C'est la bête de saint Stefan, Moitié lionne et moitié femme, Et qui gonfle sa croupe infâme Sous la grâce d'un sein d'enfant.

» Effroi des pâles cénobites, Elle entre en eux ses crocs de fer.

Et les sept flammes de l'enfer Tremblent au creux de ses orbites. »

O mon âme, me direz-vous Si c'est par dégoût, crainte ou leurre Que vous n'osâtes tout à l'heure Nommer le monstre horrible et doux ?

Son nom, ma chère âme, est Luxure.

Vous le connaissez bien pourtant ; Mais je veux faire sur l'instant Un grand serment qui vous rassure :

Moi, Hoël IV, prince-abbé D'Eussa, de Sizun, de Molène, Seigneur du bois et de la plaine, Officiai de Pont-Labbé,

Je jure par le saint rosaire Et, s'il est besoin, par la croix Du Christ Jésus, en qui je crois Et qui porta notre misère,

De ne laisser à mon péché Aucun repos, aucune trêve, Tant qu'avec la crosse ou le glaive Je ne l'aie en terre couché.

Et quand la bête sera morte, Lui rendant affronts pour affronts, Alors, mon âme, nous pourrons Clouer sa guenille à ma porte.

Et libres de tout souci vain, Dans le pur enclos de délices, Avec des mains fraîches et lisses, Nous peignerons l'Agneau Divin.

(récit du capitaine)

j4 Gustave Larrotimet.

Nous avions relâché la veille à Ploumanac'h. Aucun de nous n'avait consulté Falmanach Et nous ne savions pas que Noël était proche. Il ventait doux. Le ciel était comme un jardin, Tant il y fleurissait d'étoiles, quand soudain I Ldi leanne-Estève2A\2. donner contre une roche.

Mais, au lieu de s'ouvrir en deux, notre bateau Demeura là comme pressé dans un étau, Sans pouvoir avancer ni reculer d'un pouce.

La brume à ce moment couvrit tout. Il semblait due nous étions cernés dans une mer de lait, D'où montait une plainte douce...

Une plainte confuse et vague, un chant lointain Qui tremblait sur la mer du côté de Plestin, Comme exhalé de mille bouches clandestines. 11 approchait avec la brume et le jusant, Si bien qu'on y pouvait distinguer à présent Des mots bretons, mêlés de syllabes latines.

Pour être franc, je n'étais pas très rassuré : Le vieil Eno criait déjà Miserere Et jurait de ne plus s'attarder aux auberges. Stanis, pauvre innocent, riait d'un rire amer, Et soudain le brouillard disparut, et la mer Fut pleine de clartés de cierges.

Il en naissait, il en surgissait de partout ! Comme on voit sur les blés les abeilles en août, Leurs feux pâles dansaient à la pointe des lames. Ils rayaient l'ombre avec des vols brusques d'oiseaux. Et, tandis que leurs bonds se croisaient sur les eaux, :| On entendait grossir la prière des Ames.

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