‹ Poésies complètes (volume 2)Chapitre 45 sur 74 · LILE DES SEPT-SOMMEILS · texte numérisé non relu

LILE DES SEPT-SOMMEILS

GWION

Fuyons-les cependant, fuyons-les, mon Urgande. Tu n'as pas vu l'ajonc, tu n'as pas vu la lande

Se convulser au vent de mer.

C'est de leurs fruits malsains que cette île est prodigue ; Mais elle accorde à peine au soc qui la fatigue Un peu de seigle ou d'orge amer.

Fuyons-les ! L'heure presse et la route est ouverte. Vois ! la douce Phœbé qui rit dans la nuit verte

Fait jusqu'au bord de tes pieds blancs Couler un pan léger de sa traîne fleurie, Et c'est comme un chemin pavé de pierrerie

Qui s'ouvre à nos rêves tremblants.

URGANDE

Mon Gwion, je suis si lasse !

Comment prendre un tel chemin ?

Restons à la même place, Gwion, ta main dans ma main.

Sur ces lys, l'âme légère, Nous dormirons jusqu'au jour :

La lune est une étrangère Qui se rit de notre amour

SCRNE IV 17=,

GWION

Non, regarde-la mieux. Comme sa pâle flamme Doucement jusqu'à nous glisse de lame en lame ! Comme son disque est lent à quitter l'horizon! Regarde encore. Vois si je n'ai pas raison, Si l'oblique reflet qui tremble derrière elle. On ne le prendrait pas pour quelque passerelle Que des chaînes d'argent suspendraient dans la nuit. La mer ne fut jamais si calme! Pas un bruit, Rien, tout s'est tu : Tappel des halbrans, le chant vague Des bateliers de Sein qui déchargeaient leur drague, Pleine du sable roux qu'on pêche sur le Banc, Et qui s'en sont allés avec le soir tombant. Partons aussi. Fuyons n'importe où ! C'est si triste, Sein! Vienne l'hiver, pas une fleur qui résiste, Ni les œillets de champ, ni les lys de jardin : Toutes, l'hiver venu, s'étiolent soudain, Et, sur l'horizon gris taché d'un soleil trouble. Avec le jour qui meurt et le vent qui redouble, C'est comme une montée éperdue, un flux noir De landes, des bonds tels aux quatre coins du soir Qu'on dirait, sous l'horreur de ces couchants funèbres, L'échevèlement fou d'une mer de ténèbres !...

I yô l'île des s e p t - s o m m e I l s

URGANDE

Gwion, Gwion, se pourrait-il ?

L'ancienne souffrance t'égare :

Où trouver un air plus subtil ?

La dune est comme un grand courtil Sous le printemps qui la bigarre.

GWION

Viens, te dis-je. Là-bas, où mènent ces clartés, Il est d'autres printemps suivis de longs étés, Des jours d'or, une paix lumineuse et chantante. Tu le connais : c'est le pays de notre attente, Le lilial Eden où luit, fête des yeux, Hel, le très beau, le pur et le victorieux ! O chers rayons, route d'amour surnaturelle, Etends-toi sous nos pas, magique passerelle ! Et vous, fleurs du pourpris que nos vœux ont élu. Soleil, clarté parfaite, œil du jour absolu, Splendeur, et vous, miroir des eaux, mers odorantes, Beau ciel pareil aux yeux des vierges ignorantes. Bois sacrés, frondaisons pacifiques, et vous. Vers qui monte au matin l'hymne fidèle et doux Des fiancés et des époux,

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