‹ Poésies complètes (volume 2)Chapitre 47 sur 74 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

GWION

Quoi ! Tu renoncerais à la blanche demeure, A l'étang qui s'endort parmi les nénuphars ? Tu leur préférerais ce ciel, ces flots blafards ?

URGANDE

Hormis l'amour, tout n'est que leurre.

GWION

Ah ! pour la préférer aux rivages vermeils, Aux flots bleus que le vol des palombes effleure, Ah ! tu ne connais pas l'île des Sept-Sommeils ! Tu ne peux pas savoir quelle race l'habite, Le feu sombre qui couve au creux de son orbite, Son rire épais, ses travaux sans loyer, Et la Misère, éternelle Cassandre, Accroupie en robe de cendre Sur les dalles de son foyer !

URGANDE

Je connais tout cela, Gwion, et d'autres choses Encor. Mais que veux-tu ? Je suis lasse des roses,

i8o l'île des sept - sommeils

Des jours d'or, des flots bleus, des pourpris irisés, Et je n'aspire plus, Gwion, qu'à tes baisers. Tu me les donneras ici. Quoi ! Tu t'effraies De me savoir parmi ces bonnes gens en braies, Ces îliens aux cous renflés, au sang fougueux, Toujours à labourer quelque océan, ces gueux Qui s'en iraient jusqu'en enfer d'une bordée ! Moi, je les aime d'être ainsi. J'ai comme idée Qu'ils nous accueilleraient fort bien, ces bonnes gens. Nous leurserionsdes dieux très doux, très indulgents, De petits dieux, d'aspect nullement redoutable. Puis ils nous donneraient les miettes de leur table, Un peu de lait, du miel, et c'est assez pour nous. Songe donc : tu n'atteindrais pas à leurs genoux ! Ils ne te craindraient pas, Gwion. Tout au contraire. C'est charmant : tu serais comme leur petit frère, Kt moi comme leur sœur un peu tendrette encor. Et le voilà, l'Éden ! Les voilà, les jours d'or ! C'est cela le bonheur, Gwion : lorsque tout change, Ne point changer, rester ici dans quelque grange Bien close, où le vent d'ouest ne pénétrerait point, Seuls à s'aimer, parmi la bonne odeur du foin. Au matin s'éveiller avec les bartavelles, Courir dans le gazon, baller dans les javelles. Aller, venir, trotter, la bride sur le cou, Du platier de Vaskcrn aux brisants d'ifliskou,

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