‹ Poésies complètesChapitre 103 sur 115 · SOIRS DE SAINT-JEAN · texte numérisé non relu

SOIRS DE SAINT-JEAN

A Jean Madeline.

Terre de la nuance et des métamorphoses! Quel voile délicat s'est posé sur les choses Et donne au ciel ce ton mourant des fleurs de lin? Est-ce à Saint-Qille, au Huelgoat, à Qoudelin? Le paysage, avec sa lande et son église, Dans l'air ambré du soir se spiritualise Et, vaporeux, atténué comme un pastel, Semble flotter vraiment aux confins du réel.

Aucun souffle n'émeut cet impalpable tulle. Et, cependant qu'à pas feutrés le crépuscule Descend le chemin creux qui mène vers l'étang, Le silence avec lui glisse, plane et s'étend.

Est-ce à Qurunhuel, à Botmeur, à Crozon? Du soleil qui chavire au ras de l'horizon. Tel un brick torpillé dont la membrure éclate, L'adieu s'exhale en jets de soufre et d'écarlate. Puis tout s'éteint et tout s'apaise par degrés. Un fin croissant de lune argenté les Arrhes Et découpe en plein ciel leurs graves silhouettes, Qui rêvent dans le soir au bord des eaux muettes. Et c'est comme une attente et c'est comme un secret. Les couples se sont tus sur la route : on dirait, A l'obscure langueur qui soudain les pénètre. Que quelque chose d'infiniment doux va naîife.

On ne voit plus l'église, on ne voit plus la lande. Est-ce à Trédrez, à Guéradur, à l'Ile-Grande?

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