‹ Poésies complètesChapitre 72 sur 115 · SCÈNE II i · texte numérisé non relu

SCÈNE II i

(Il appelle.)

Urgandeî Urgande!...

Rien. La grève est muette et muette la lande...

(Il retombe dans sa rêverie.) Hélas! au temps lointain du stellaire pourpiis,

Avant que tu m'eusses pris,

Myrdhynn, empereur des charmes, Duc des magiciens, prince des nécromans, Au barbare réseau de tes enchantements,

Mes yeux ignoraient les larmes.

J'étais heureux dans le céleste chœur.

Ceint de verveine et de lavande, Mon jeune front riait sous sa double guirlande. J'étais heureux : Urgande habitait dans mon cœur,

Et mon cœur habitait Urgande...

Renaîtrez-vous, beaux matins de jadis?

Quand se clora ma longue épreuve?

Ile des Sept-Sommeils, rochers sept fois maudits, Où m'enchaîna le dur geôlier des sept bardits,

N'est-il donc rien qui vous émeuve?

Suis-je votre captif jusqu'à la fin des temps? Ne reverrai-je plus, au détour de la sente.

Fleurir la rose éblouissante, Se lever dans ma nuit l'étoile que j'attends? Urgande, chère fée, ô moitié de mon âme, Que ne suis-je le vent rapide ou bien la flamme

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Ou l'écume qui vole ou le brin de gazon?

Que n'ai-je seulement vos ailes diaprées,

Halbrans, que traque vers nos prées Des fonds brumeux de l'horizon, Tel un chasseur que sa poursuite enivre,

L'Hiver casqué de neige et cuirassé de givre?

Or, devant que Myrdhynn ne m'eût pris dans ses rets,

J'étais pareil à vous, oiseaux légers. J'errais,

Si rapide que l'œil avait peine à me suivre,

Sur la face des eaux, à la cime des bois.

Des rivières d'azur filaient entre mes doigts;

Et mon âme multiple, abondante et joyeuse,

Nageant sur les couleurs, les parfums et les chants.

S'éparpillait dans les arômes de l'yeuse

Et dans l'or des soleils couchants...

(La mer commence à monter. Les barques accostent. Dans le lointain, des dragueurs de sable passent en chantant.)

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