SCÈNE IV
Qu'on dirait, sous l'horreur de ces couchants funèbres, L'échevèlement fou d'une mer de ténèbres L.
URGANDE
Gwion, Gwion, se pourrait-il?
L'ancienne souffrance t'égare :
Où trouver un air plus subtil?
La dune est comme un grand courtil Sous le printemps qui la bigaire.
GWION
Viens, te dis-je. Là-bas, où mènent ces clartés, Il est d'autres printemps suivis de longs étés. Des jours d'or, une paix lumineuse et chantante. Tu le connais : c'est le pays de notre attente, Le lilial Éden où luit, fête des yeux, Hel, le très beau, le pur et le victorieux! O chers rayons, route d'amour surnaturelle, Etends-toi sous nos pas, magique passerelle! Et vous, fleurs du pourpris que nos vœux ont élu. Soleil, clarté parfaite, œil du jour absolu. Splendeur, et vous, miroir des eaux, mers odorantes. Beau ciel pareil aux yeux des vierges ignorantes. Bois sacrés, frondaisons pacifiques, et vous, Vers qui monte au matin l'hymne fidèle et doux Des fiancés et des époux.
176 L'ILE DES SEPT-SOM M El LS
Temples de l'indulgent Amour, demeures saintes, Parvis de cinname arrosés, Stèles de candeur toutes ceintes, Où sur la bouche d'or des molles hyacinthes Palpitent nuit et jour d'invisibles baisers, Salut, temples, forêts, soleil, mers lumineuses! Salut, pourpris d'enchantement.
Fleurs que les lèvres de l'amant, Dans la douceur du clos dormant, Cueillaient aux lèvres des faneuses!...
URQANDE, doucement ironique.
Volage ami, cœur vagabond, Je sais ! Je sais! Mais à quoi bon Changer le cadre du poème?
Ce que nous avons ici même.
Pourquoi l'aller chercher ailleurs Et se peut-il d'Édens meilleurs Que le nid tout fait où l'on s'aime?
Foin de ces amours de gala!
Il y faut trop de remuages; Quitte la lune : laisse-la Garder son troupeau de nuages.
Nous n'avons cure de ses soins :
Gwion, pour s'aimer sans témoins.
Crois-tu qu'on s'en doive aimer moins?