‹ Poésies complètes de Alfred de MussetChapitre 10 sur 110 · MUSICIENS · texte numérisé non relu

MUSICIENS

RAFAËL

Oui j^ mon abbé , voilà comme , iine après-dlnée , Je vis , pris ^ vainquis La Camargo, l'aïuiée Dix>^ept cent soixaçte-un de la nativité De Î^otre-Seigneur."

' l'abbé.

^ ^ Triste, oh î triste , en vérité !

BAFAEIi.

Triste, abHt— Vous 4vez le vin tristpf — Italie , Voyez-yous , à^mon sens , fc'est la rime à fd!ie. * Quant à mélancolie , elle sent trop les. trous

Aux bas, le quatrième étage, et lc8\ieux sous.

On dit qu'elle à" des gens qui se noient pour elle. —

— Moi ^ je la noie.

/ iUboit.)

L^ABBÉ

E* quand vous eûtes celle belle .

Caraargo, vous raimiez fort?

^ BAFAEL.

Ohl très-fort — et puis,.

Avons àite le vrai , je in*|[.suis très-bien pçis. Contre un doublon d'argent un cœur de fer s^émousse. Ce fut , le premier mois , Tamilié la plu»douce . Qui se puisse inventer. Je m'en allais la i«»ir, Comme ^a , tout au §aut du lit — ou bien le soir Âpres le spectacle. — Oh ! c'était une folie ' Danscetemps-lâ! — Pauvre ange! — Elle était bien jolie ! Si bien qu'après un mois je Cessai d'y venir. Elle de remuer terre et ciel — moi de/uir. — Pourtant je fus trouvé — reproches^ pleurs j injure; Le reste à Tavenant. — On me nomma parjure, C'est le moias. — Je rompis tout net. — Bon — cependant Nous nous aUioAS fuyant et Vun l'autre oubliait. — Un beau soir, je ce sais comment se Gl l'affaire , La lune se levait cette nuit-là si claii^e^ .^

Le vent .était si doux , l'air de Rome est si pur — C'était un pelât: bois qui côtoyait un mur, ^ .

■ Un petit sentier vert , — je ie pris — et, Jean comme •Devant, je m'en allai l'éveiller dans son somme.

i^'abbé.

Et vous l'avez reprise? * /

RAi'AEL^ cassant son verre. * ^•

- ' ' Au^i vrai que vdilà -

Un Verre de cassé. — Mon amoajr s'en alla Bientôt. — Qaè voulez- vous? moi, j'ai dojiné ma"Vie A ce Dieu fainéâtnt qu'on nomme fantaisie.

Cest lui qiit, triste ou fou, de face bu 'de profll,

Comme on polichiael me traîne au bout d'un fli;

Loi qui tient les cordons de ma bourse et la guide

De mon «heval ; jaloux , badaud , constant , perfide, .

En chasse au point du jour dimanche, et vendredi

Cloué sur Toreiller jusque et passé midi.

Ainsi je >ais en tout — - plus vain que la fumée

De ma pipe — accrochant tous les pavés. — L'année

l^rnièrç , j'étais foii de chiens d'abord, et puis

De femmea. — Maintenant , ma foi , je ne le suis

De rien. — J'en ai bien vu , des petites princesses!

La première surtout m'a mangé de caresses;

Elle m'a tant bai^é, pommadé, ballotté!

C'est Gni, voyez- vous — colle-là m'a gâté.

Quant à la Camargo, vous la pouvez bien prendre

Si le j^œur vous en dit ; mais je me veux voir pendre

Plutôt que si ma main de sa nuque approchait.

l'abbé.

Trisie!

RAFAËL

Encor triste , abbé?

(Aux musiciens,)

Hé ! messieurs de l'archet , En ut ! égayez donc un peu sa courtoflsie.

(Musique.)

lia foi, voilà deux airs très-beaux.

(lljpafU en se promenant , pendant que Vorckestre joue piano,)

La poésie, Voyez-vous , c'est biei\. — Mais la musique , c'est mieux. Pardieu! voilà deO« airs qui^^nt délicieux ; La langue sans gostçr n'est rien. — Voyez le Dante; Son Séraphin doré ne parle pas — il chante !

C'est la musique , moi , qui çi'a fait croire en Dieu.

48 POÊSi^S.

— Hardi , ferme , poussez— 'ôrcscchdo ! *

Mais i parbleu! .

t'abbé s'est endormi. -^ Le.sroJlà sous la table. / < C'est varai qu'il a le vin mélancolique en diable. . , doux , ô doux sonifneîl I ô baume des esprits ! '

Reste sur lui , sommeil î.dormir quand on est ^is , ' C'est, fprësje souper, le prer^ier bien du monde. * . ^ PALFOj|^ , entrant, , • *•'

Une lettre ^ seigneur. ^^ 4 ., '' ., ^ ^

^ ï^kFX^L ^ après avoir lu. .' .

Que le ciel la opn fonde!

Dites que je*n'irai , certes , pas. — Attendez! , Si — c'est cela — ^ garbleu 1 — je — non>— si fait, "restez. Dites q»e l'on m'attende.

*" ' . (ExU Palforio.)

• *■ Hé , l'abbéi §ar mojj 4me:,

H i^tnfle en enragé. ".: t

^ l'abbé. • "^

Pardonnez-moi , loada^e ; Est-ce que jedormafs ? ^,

R4^AEL.

Hé , voulez- vous avoir La Camargo', l'ami? , . • .

l'abbé , se levant.

Tête et ventre ! ce soî^?

RAFAËL

Ce soir même. — Écoutez bien — elle doit m^ttendre Avant minuit. — H est onze heures , — il faut prendre Mon habit —

(L'abbése déboiUonne,)

Me donner le vôtre.

{I/abbé ôte son manteau,)

Vous irez

A la petite porte , et là vous tousserez Deux ^s; toussez un peu.

l'abbé.

Hum ! hum !

RAFAËL

C'est à merveille.

Nous sommes à peu près de stature pareille.

Chaegeons d'habit. —

(Ils changent.)

Parbleu ! cet habit de cafard Me donne Tencolure et l'air d'un escobard.

Le marquis Anniball — Tabbé Garuci I — Certe Le tour est des meilleurs. Or donc , la porte ouverte On vous introduira piano. — Mais n'allez pas Perdre la tête là. — Prenez-la dans vos bras, Et tout d'abord du poing renversez la chandelle. — L'alcôve est à main droite en entrant. — Pour la belle, Elle ne dira mot, ne réponds rien. —

iâ AdBEu

J'y vais.

Marquis, c'est à la vie, à la mort. — Si jamais Ma maîtresse te plaît, à tel jour, à telle heure Que ce 8oi4, éeris-moi trois mois, et que je meure Si tu ne l'as le soir.

RAFAËL lui crie par la fenêtre.

L'abbé , si vous voulez Qu'on vous prenne pour tnoi tout à fait, embrassez La servante en entrant. — Holà , marauds! qu'on dise A quelqu'un de m'aller chercher la Cydalisel

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