‹ Poésies complètes de Alfred de MussetChapitre 9 sur 110 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Erfk iofe «l« la Cmaarg*. Oa la ehaaaaa.

CAMARGO

Il ira. — Laissez^moi seule, et ne manquez pas Qu'on me vienne avertir, quand ce sera mon pas.

— C'est la règle , ô mon cœur! — Il est sûr qu'une femme

Met dans une âme aimée une part de^son âme.

Sinon , d'où pourrail-clie et pourquoi concevoir ,

La soif d* y revenir et T horreur d*en déchoir ? ^

Au contraire un cœur d'homme est comme une marée

Fuyarde des endroits qui l'ont mieux attirée.

Voyez qu'en 4out lien , l'amour à. l'un grandit

£t par le teo^ps empire , à l'antre refroidit.

L'un , ainsi qu'un cheval qu'on pique à la poitriner,^

Eu insensé toujours contre la javeline

Avanee, et se la pousse au cœur jusqu^à mourir. .

L'autre , dès que ses flancs commencent à s'ouvrir,

Qu'il sent le froid du fer et l'aride morsure

Aller chercher le cœur au fond de la blessure ,

Il prend la fuite en lâche , et se sauve d'aimer. —

Ah ! que puissent mes yeux quelque part allumer

Une plaie à la mienne en misère semblable ) ' ' ^.

Et je serai plus dure et plus inexorable

Qu un pauvre pour son chien , après qu'un jour entier

Il a dit : « Pour l'amour de Dieu! » sans un denier.

■^Suis-je pas belle encor? — Pour trois nuits mal dorflfties,

Ma joue est-elle creuse? ou mes lèvres blêmies?

Vrai Dieu! ne suis^je plus ïa Camargo? — Sait-on

Sous mon rouge, d'ailleurs, si je suis pâle ou non?

Va , je suis belle encor î C'est ton amour, perfide

Garuci , que déjà le temps efface et ride,

Non mon visage. — Un nain contrefait et boiteux ,

Voulant jouer Phœbus, lui ressemblerait mieux

Qu'aux façons d'une amour fidèle cl bien gardée

L'allure d'une amour défaillante et fardée.

Ah ! c'est de ce matin que ton cœur m'est connu ,

Car eu le déguisant tu me l'a^ mis à nu.

Certes, c'est un loisir magnifique et commode

Que la paisible ardeur d'une intrigue à la mode !

— Qu'est-ce alors? — C'est un flot qui nous berce rêvant!

C'est l'ombre qui s'enfuit d'une fumée au vent!

Mais que l'ombre devienne un spectre , et que les ondes

S'enfoDceift soêis les pieds, vivantes et profoodes, Le mal aimant recale , et le bon imte iwliL Oh! que dans aa douleur fûnsi jfii^en un linceul Il se couche à celte heure et dorme I La pensée D'un hommç est de pl^^rs et d^onblis traversée; Une femnve ne vit et ne meurt que d'amour; Ëiie songé i]»e.annéç à quoi lui pense un jour i

LiETiTiA , entrant.

Madame, on vous attend à:la troisième scène.

CAMARGO

Est-ce la Monanteuil, ce wlty qui fait la reine?

LiETITIA.

Oui , madapie , et monsieur de Monanieuil , Sylvain.

CiMAIlGO.

Fais porter cette lettre à Thâtel du Bauphin.

Page 1