LUI
Est-il donc étonnant qu'une fois, à Paris ,
Deux jeunes cœurs se soient rencontrés — et compris?
Hélas ! de belles nuits le ciel nous est avare
Autant que de beaux jours! — Frère , quand la guitare
Se mêle au vent du soir, qui frise vos cheveux ,
Quand le clairet vous a ranimé de ses feu^ ,
Oh ! que votre maîtresse , alors surtout , soit belle !
Sinon , quand vous voudrez jeter les yeux sur elle ,
Vous sentirez le cœur vous manquer, et soudain
L'instrument, malgré vous, tomber de votre main.
L'auteur du présent livre, en cet endroit, supplie Sa lectrice , si peu qu'elle ait la main jolie (Comme il n'en doute pas), d'y jeter un moment Les yeux , et de penser à son dernier amant.
Qu'elle songe, de plus, que Mardoche était jeune , Amoureux , qu'il avait pendaiit un mois fait joûiie , Que la chambre était sombre, et que jamais baisé Plus long ni plus ardent ne put être posé D'une bouche plus tendre , et sur des mains plus blanches Que celles que Hosine eut au bout de ses manfjhcs.
Car, à dke le vrai , ce fut la Rosina
Qui parut tout à coup quand la porte tourna.
1 30 POËSltS.
Jo 110 soin , ù iH^lour, tfi notre ami Mardoche
l'iii ce Ko occattiun crul ooii bien «ans reproche ,
I^U^n il ou profila. — Pour la table, le thé.
Lob bidoiiiU ol le feu , ce fut vite apporté.
•—Il ptouvttil il torrents. — Qu'on est bien deux à table!
Tuo loitinicl un Houper ! Je consens que le diable
H'oniporlo^ 81 januiin j'di souhaité d'avoir
lUon uutro ohoso avant de nio c-oucher le soir.
Lttotour, itnnart|urx bien cependant que Rosine
Filait blonde , To^il nolr^ a\ait Iq jambe fine ,
MiSuOf honnis les ptods qu'etle avait un peu forts,
Jtti^tnAil lo4 (]ualit^ do Tcsprit et du corps. .
Il parait dono as^ot simple et facile à croire
Que son fi^l ^(HUix, sans ^ti*e d^humeur noire,
Voulût la surveiller. — Peut-être qu'il était
A \ orti do TaHUiiv en dessous ; le fait est
Q«u> Maixtwbe et sa belle, au fond y ne pensaient guère
A lui, quand il ma , comme au festin de Pierre :
Lvn.
t)uvi*«i^moi * I -- Peehen> [ dit la dame , je suis IVitluo!— Oi\ so cacher, iMaixIoche? — Au fond d*un puits* Il s*y siTftit jeté , de |HHir de c«>mprometti*e La iviue de son civur« Il ouvrit la fenêtre.
Strata^jêrne e^celleut ! — Uien n\»taît mieui trouvé. Kt xesle! fl se démit le piinl sur un pavé.
biiarre destin ! 6 fortune inconstante !
i> n>alheunHi\ aiAanl! Plus malheureuse amante !
' ('eU» an etit t«^ V et QOtt« Il doQiKMis telle
Vw ^( MiMl i^MKwmiettt d9 la ittttdv oonvcile.
Après ce conp fatal qu'allez- vous devenir ., Hélas! et comment donc ceci va*t-il finir?
De tout temps les époux , grands dénoueurs de trames ,
Ont mangé les soupers des amants de leurs femmes ;
On peut voir , pour cela , depuis mai Ire Gil Blas
Jusqu'à Crébillon (ils et monsieur de Faublas.
Mais notre Dtjonnaisà la face chagrine
Jugea la chose mal à propos. — El Rosine,
Que fit-elle? — Elle avait cel air désappointé
Que fait une perruche à qui l'on a jelé
Malicieusement une fève arrangée
Dans du papier brouillard en guise de dragée.
Elle prend avec soin Tenveloppe, ôte tout,
Tire, el s'attend à bien , puis , quand elle est au bout
Du papier imposteur, voyant la moquerie ,
Reste moitié colère et moitié bouderie.
« Madame, dit Tépoux , vous irez au couvenl. »
Au couvent 1—0 destin cruel et décevant!
Le calice était plein ; il fallait bien ^e boire.
Et que dit à ce mot la pauvre enfant ? — L'histoire
N'en sait rien. — Et que fit Mardoche? — Pour changer
D'amour, il lui fallut six mois à voyager. —
FIN DES CONTES d"* ESPAGNE ET d'iTAIJE,