‹ Poésies complètes de Alfred de MussetChapitre 5 sur 110 · JEAN · texte numérisé non relu

JEAN

Oui vraiment , la même qut jouait Dans le Palais d^ Amour.

PALFORio , rentrafU. »

Messeigneurs , s'il tous plaît , >> Le seigneur Rafaël est-il hors , je vous prie ?

TROISIÈME MATELOT

Ouï y monsieur.

PALFORIO.

L'a-t-on mis dans mon hôtellerie , Ce glorieux seigneur ?

TROISIÈME MATELOT

Non; on Ta mis ici.

DM vkLET, lorlanl de la maiion.

De la part du sei{;ni!ur nafafl Gnruci , Remerotnieiils k tous, cl voilldc quoi boire.

Powquoi? — d'oiï'rjent cela? — Vous me voyeî! perclus, Salé comme un hareng! — Siiis-je, de grâce, un liomnie A tous faire ma ^ifl'? ■— Quand nous élioiie a Itome ,

. Rafact , avouez , avouez Que vous ne m'aimez plus.

* RAPIEL.

Bon tcomincvouB avez L'espriljail ! — Pensez-ïous , madame , que j'oublie Vosiyintés?

32 POESlKb.

C'est le ïrai défaut de l'Ilalic , Que «es soleils de juin fontramour passager.

— Quel était ytès de vous ce visage éiraiigei' Dans ce yachtî

Dans ce yaclit?

Oui.

C'était , je suppose ,

j „ - CiHARCO.

, ' Non.—

C'est donc la Cydalisc , — ou Rose' — Cela ïOoB dépiflît-ilî — «

f '" CitlRARGO.

- * NuUcmenl. — La moitié

D'un Violent amour, c'est presque nos amitié ,

N'est-ce pas?

Je ne saiff. D'où nous vient cette idée?

Phi losopherons- nous ?

CAHARGO.

Je ne suis pas fâchée '*

De vous voir. — A propos, je voulais voiiB prier. • Dei — , ' * .

A vous?- Quoi?

Do me marier.

UAFAEI,.

Tout de bon? — Sur mon âme , VoQB m'en voyez ravi. Haricz-vous, madame I

Vous n'en aurez nulle ombre et nul déplararf

Et du no,uvel époux peut-on dire le nom î Fosroli , je suppose?

Oui, Foscoli lui-mêm».,

Parbleu! j'en suis charoié; c'est un garçon que j'ai Bonne lignée , et qui vous aime fort aussi.

Et vona me pardonnez de vous quitter ainsi?

HAFtEI..

n'est chère ; I long. Qu'y foire?

ite en lui I «p(é l'ennui 1 cervelle après elle; plus souvent

ut de noce, — -

t'Bintroîje. |

Et j'y joindrai ceci, poursouïc^nirdemoi- Quoil-volreéveotail?

Ri FIEL.

Oui. N'e«t-il pas beau , ma foi?

Il est lar[;e à peu près riiinme un qiiarlier de lune — Cousu d'or comme un paon — frais el joyeux comme une Aile de papillon — incertain et changeant Comme une femme. — Il ^ des paiUelies d'argent Comme Arlequin. — Gardez-le, il vous fera peut-être Penser à moi ; c'est tout le portrait de sou mailrc.

uituneo.

Le portrait en effet ! — malédiction !

Misère] — Oh! par le ciel, honte et dérîsionl... Homme glupidc , as-tu pu te prendre à ce piège Quejct'aTaiateDduV — Uis?— Quisuis-re?— Qucfais-je? Va, lu paries avec un front mal essuyé De nos baisers d'hier. — Oh ! c'est honte et piUé î Va , tu n'es qu'une brute , et tu n'as qu'une joie Insensée, en pensant que je lâche ma proie !

Quand je devrais aller, ua-pîeds , t'altcndre au coin I>es bwnes , si caché que lu sois , et si loin , J'irai. — Crains mop amour, Garue', il est immense ' - Ma fosse est ouverte, mais pense

'abord par le dos t'y pousser, cutmordroj et qui peut embrasser Le front des taureaux en furie , n'a pas la cinquième partie ieu met aux mains des mourants.

Ohl jeté montrerai si eiestaprès deux ans, Deui ans de grincements de dénis, et d'insomnie, ■Qd'une femme pour vous s'est tachée et honnie , Qu'elle n'a plus au monde, et pour n'en mourir pas , -HJnevous, que votre col où pendre ses dcuibraa, Qu'elle-porte ub amour à fond , comme une lame

Torse, qu'on n'Ate ploiilu cœur sans brUer l'ioie, Si c'est alors qu'on peut la laisser , comoM un vieux Soulier qui n'osl plus bon k ricu.

UUKGO.

i , inoBsieur , ou je me jelte Le front contre ce mur ! —

RiFiEL, l'attiratit.

Là, là, modérez-vous.

Ce mur vous ferait mal ; ce fauteuil est plus doux. Ne plcurei donc pas tant. — Ce que j'ai dit , mtt ange , Après ïolre demande, ctait-il donc étrange?

Je croyais vous complaire en vous.parlautain»i Hais — je n'en pensais pas une parole.— ' ,

CAHilGO.

Oh si!

Si I vous parliez franc

UFiEU

Non. L'avez-vous bien pu croire?

Vous me foisiei un conte, ë( j'ai fait unehisCoiret Calmei-vous. — Je vous aime autant qu'an premier jour. Habellel — mon bijau!— mon seul bien! — mon amour]

UMIBGO.

Uon Ueu, pardonnec^ui , s'il me tntmpel

Cruelle!

Ooulcx-vous do ma flamme , eu TOUS voyant si belle?

(n tourne la glact.) Dis, l'amour, qui Vk fait l'œil si noir, ayant fait Le reste de Ion corps d'une goutte de lait?

Parbteul quand ce c«rps-là de sa prisoiM'échappe ,

36 POÉSteS.

Gngeous qu'il passerait par Tauneau d'or du pape!

CAMARG».

Alioz voir s^il ne vient pcrs^m'de.

BAFAEL , à part.

Ahl quel ennui!

CAMARGO , seule un moment, le regardant s'éloigner,

— Cela ne se peut pas. — Je suis Irompée ! Et lui Se rit de moi. Son pas , son regard, sa parole, Tout me le dit. — Malheur! Oh I je suis une folle 1

RAFAËL , revencint.

Tout se tait au .dedans comme au dehors.'«*-Mff foi , Vous av9z un jardin superbe.

, CAMARGO

Ëc(jffte2-a|oi ; < J'attends d« votre amour une marque certaine.

^ ' RAFAËL

Oh vous la donnera . ^.

CAMA8G0

Ce soir je pars pour Vienne ; M'y suivrez-vous?

* ^ BAFAEL.

Ce soir ! •«:- Était-ce pour cela QuMl fallait regarder si Ton venait?

CAMARGO

Holà !

Laetitia! Lafleur! Pascariel!

L^TiTiA , entrant.

» Madame?

Demandez des chevaux pour ce soir.

{Exit lœtitia.)

RAFAËL

Sur mon âme, Vous avez des v|peurs, madame, assurément.

C&HARGO.

Mesuivrez-voos?

RAFAËL

Ce soir ! à Vienne? — Non vraiment , Je ne puis.

CAMARGO

Adieu donc, Garuci. Je vous laisse. — Je pars seule. — Soyez plus heareux en maîtresse.

RAFAËL

En maiipesse? heureux, moi? — Ma parole d^honnear, Je n^en ai jamais eu. *

CAHAR60 , hor» d'elle.

Qu'étais^je donc ?

RAFAËL

Mon cœur, Ne recommencez pas à vous fâcher.

CAMARGO

Et celle De tantôt? Quels étaient ces gens? — Que faisait-elle, Cette femme? — l'ai vul — Youdrais-tu t'en cacher? Quelque fille , à coup sûr. — J'irai lui cravacher I^a figure I —

RAFAËL

Ah ! tout heau , ma belle Bradamante.

Tout à l'heure , voyez , vous étiez si charmante.

CAMARQO.

Tout à rheure j'étais insensée — à présent Je suis sage !

RAFAËL

Eh 1 mon Dieu , l'on vous fâche en faisant Vos plaisirs 1 — J'étais là , près de vous. — Vous me dites D'aller là regarder si l'on vient. — Je vous quitte, Je reviens. — Vous parlez pour Vienne ! Par la croix De Jésus, qui saurait comment faire?

CAMARGO

Autrefois , Quand je te disais :.« Va! » c'était à cette place!

(JHontrant son lit,) Tu Vy couchais — sans moi. — Tju m'appelais par grâce ! — Moi, je ne venais pas. — Toi , tu priais. — Alors J'approchais , lentement — et tes bras étaient forts Pour me faire tomber sur ton cœur! — Mes caprices Étaient suivis alors , — et tous étaient justices. Tu ne te plaignais pas; -^ c'était toi qui pleurais ! Toi qui devenais pâle , et toi qui me nommais Ton inhumaine! — Alors , étâis-je ta maîtresse?

RAFAËL , se jetant sur le lit.

Mon inhumaine, allons! Ma reine ! ma déesse !

Je vous attends, voyons! Les champs-clos sont rompus!

M'osez- vous tenir tête?

CAMARGO , dans ses. bras.

Ah l tu ne m'aimes plus !

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