‹ Poésies complètes de Alfred de MussetChapitre 51 sur 110 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

Au tent le parricidn!

, l'incendiaire au vent!

s PbiJPbl: tT LES SOLDltS.

.Moine, la bière est vide.

FRANK , se démasquant.

Ia bière est vide? alore c'est que Frank est vivant.

LES SOLDATS

Capitaine, c'est vous!

FRANK, à Vofficier,

Lieutenant , votre épée.

Vous avez laissé faire une étrange équipée.

Si j'avais été nnort, où scrais-je à présent? Vous ne savez donc pas qu'il y va de la tête ? Au nom de Temptreur, monsieur, je vous arrête; Ramenez vos soldats, et rendez-vous au camp;

( Tout le monde sort en silence. ) FRANK , seul.

C'en est fait , — une soif ardente , inextiiig;uii)lc , Dévorera mes os tant que j'existerai.

mon Dieu ! tant d'efforts , un combat si terrible ,

Un dévoûment sans borne, un corps tout balafré

Allons, un peu de calme, il n'est pas temps encore.

Qui vient de ce côté? n'est-ce pas Belcolore?

Ah! ahl nous allons voir; — tout n'est pas fini là.

( U remet son masque et recouvre la Mère. — Entre Bel' colore en grand deuil ; — elle va s'agenouiller sur les marches du catafalque. ) C*est bien elle; elle approche , elle vient , — « la votlÀ. Voilà bien ce beau corps , cette épaule charnue , Cette gorge superbe et ioujours demi-n ne , Sous ces cheveux plaqués c^ front stupide et fier. Avec ces deux grands yeux qui soni d'un noir dVnfej*. Voilà bien la sicène et la prostituée.; — Le type de J^égout ; — < la. machine inventée Pour désopiler l'homme et pour boire son sang ; La meuledu pressoir de l'abrutissem^^nt.

Quelle atmosphère étrange on respire autour d'elle 1 Elle épuise, elle tue, et n'en est que plus belle. Deux an^es destructeurs marchent à son côté , Doux et cruels tous deux , — la mori , — h volupté. —

H me souviens eii.côr de ces spasmes terribles , De ces baisers muets ^ de ces muscles argents, De cet être absorbé , blême et serrant lestlents. S'ils ne sont pas divins, ces moments sont horribles. Quel magnétisme impur peut-il donc en sortir? Toujours en l'embrassant j'ai désire mourir. . Ah 1 malheur à celui qui laisse la débauche Planter le premier clou sous sa mamelle gauche. Le cœur d'un homme vierge est un vase profond : Lorsque^ la première eau qu'on y verse-est impure , La mer y passerait sans laver la souillure , Car l'abîme est immense , et la tache est au fond.

. ( /{ s'approche du tombeau,) Qui dooe pleurez-vous là , madame, êtes-vous veuve?

BCLCOLORE. .

Veuve, vous Favei dit , — de mes seules amours.

D'hier, apparemment, — car cette^rpbe est neuve. Conime le noir vous sied !

BELCQL0Ri2,

*^ D'hier , et pour toujours.

FRANK

Toujours, avez-vous dit?— Ah 1 Moniia Bekolore, Toujours, c'est bieji longtemps.

BELPOLORE.

. D'où me connaissez-vous?

FRANK

De I!laple, où cet hiver je te cherchais encore. Napfe est si beau , ma chère, et son ciel est si -doux! Tu devrais biea venir m'aider à m'y distraire.

BEÇCOLORE. :

Je ne vous remets pas.

FRAAK.'

^n , tu m'as oublié !

Je ^uis masqué, d'ailleurs; et que veux^-tu , ma chère ^. Ton cœur est si peuplé , je m'y serai iioyé.

UN SPECTACLE MNS UN FAUTEUIL. iU9

BEiXOLOKË,

Passez votre chemin , moine , et Idissez-moi seule.

FRA?iK.

Bon , si tu pleures tant, tu deviendras bégueule. Voyons, ma belle amie, à parler franchement, Tu vas te trouver seule, et tù nias plus d'amant Ton capitaine Frank n^avaitlri sou ni maille. C'était un bon soldat , charmant à la bataille; Mais quel pauvre écolier en matière d'amour!

Senti mental. la nuit , et persitleur le jour.

BELCOLORE.

Tais-toi , moine insolent , si tu tiens à ton âme; Il n'est pas toujours bon de me parler ainsi.

FRANK

Ma foi , les morts siont morts : — si vous voulez , raadânu> , Cette bourse est à vous j cette, autre , et celle-ci ; Et voilà le papier pour faire l'enveloppe.

( Il couvre la bière d'or et de biUets.)

BELCOLORE.

Si je te disais oui , tu serais mal tombé.

FRANK , à part.

Ah ! voilà Jupiter qui tente Danaé.

{Haut,) Je vous en Avertis , je suis très-misanthrope : Je vous enfermerai dans le fond d'un palais.

J'ai l'humeur bilieuse , et je bats mes valets. Quand je digère mal , j'entends qu'on m'obéisse. J'aime ^u'on soit joyeuiL lorsque j^ai la jaunisse , Et quand je ne dors pas tout le monde est debout. Je suis capricieux , — êtes- vous de mou goût?

BEIiGOLORE. '

Non, par la sainte croix !

FRANK

Si vous ainiez les roubles , Il m^en reste ençor là,, mais je n'ài.que des doubles*

( Il jette une autre bourse sur la bière.

BELCOLORE.

Ta me donnes cela?

FRANIL j à part.

Voyez rattraeliont Comme là chair esi ûiible à la tentation !

, (Haut,) yai de plus un ulcère t côté dé h bouche Qui m'a défiguré ; — je suis maigre , et je louclie t Mais ces misères-là ne te. dégoûtent pas.

BELCOLORE.

Vous me faites frémir.

FRANK

J'ai là , Dieu me pardonne , Certain bracelet d'ôr qu'il faut que je vous donne : . H ira bien , je pense , avec ce joli bras.

{Il jette un bracelet «tir la hière.) Cet ulcère «si horrible; il m'a rongé la joue; H m*a brisé les dents. — J'étais laid , je l'avoue ; Mais, depuis que je l'ai , je suis vraiment hideux; J^ai perdu mes sourcils, ma barbe et mes clieveux.

BELCOLORE.

Dieu du ciel, quelle horreur 1

FRANK

J'ai là , sous ma simarre, Un collier de rubis d'une espèce assez rare.

( Il jette un collier mr la bière.)

BEECOLORE.

11 est (ait à Paris.

FRANK , à part.

Voy«ï*vous le poisson , Comme il vient à fleur d'eau reprendre Thamcçon ?

{Haut.) Si c'était tout du.jnoinsI mais cette affreuse plaie Me donne l'air d'un morttrafné sur une claie; Elle poilipe mon sang , ines os sont cariés De la nuque du crâne à la plante des pieds,. .

BELCOLORE. '

Assez , au nom du ciel ! je vous demande grâce I

FRAKK.

Si tu t^eu vas , reiKls-moi ce que je t'ai donné.

BBLCOLORE.

Vous mentez à plaisir.

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