TOUS
Au tent le parricidn!
, l'incendiaire au vent!
s PbiJPbl: tT LES SOLDltS.
.Moine, la bière est vide.
FRANK , se démasquant.
Ia bière est vide? alore c'est que Frank est vivant.
LES SOLDATS
Capitaine, c'est vous!
FRANK, à Vofficier,
Lieutenant , votre épée.
Vous avez laissé faire une étrange équipée.
Si j'avais été nnort, où scrais-je à présent? Vous ne savez donc pas qu'il y va de la tête ? Au nom de Temptreur, monsieur, je vous arrête; Ramenez vos soldats, et rendez-vous au camp;
( Tout le monde sort en silence. ) FRANK , seul.
C'en est fait , — une soif ardente , inextiiig;uii)lc , Dévorera mes os tant que j'existerai.
mon Dieu ! tant d'efforts , un combat si terrible ,
Un dévoûment sans borne, un corps tout balafré
Allons, un peu de calme, il n'est pas temps encore.
Qui vient de ce côté? n'est-ce pas Belcolore?
Ah! ahl nous allons voir; — tout n'est pas fini là.
( U remet son masque et recouvre la Mère. — Entre Bel' colore en grand deuil ; — elle va s'agenouiller sur les marches du catafalque. ) C*est bien elle; elle approche , elle vient , — « la votlÀ. Voilà bien ce beau corps , cette épaule charnue , Cette gorge superbe et ioujours demi-n ne , Sous ces cheveux plaqués c^ front stupide et fier. Avec ces deux grands yeux qui soni d'un noir dVnfej*. Voilà bien la sicène et la prostituée.; — Le type de J^égout ; — < la. machine inventée Pour désopiler l'homme et pour boire son sang ; La meuledu pressoir de l'abrutissem^^nt.
Quelle atmosphère étrange on respire autour d'elle 1 Elle épuise, elle tue, et n'en est que plus belle. Deux an^es destructeurs marchent à son côté , Doux et cruels tous deux , — la mori , — h volupté. —
H me souviens eii.côr de ces spasmes terribles , De ces baisers muets ^ de ces muscles argents, De cet être absorbé , blême et serrant lestlents. S'ils ne sont pas divins, ces moments sont horribles. Quel magnétisme impur peut-il donc en sortir? Toujours en l'embrassant j'ai désire mourir. . Ah 1 malheur à celui qui laisse la débauche Planter le premier clou sous sa mamelle gauche. Le cœur d'un homme vierge est un vase profond : Lorsque^ la première eau qu'on y verse-est impure , La mer y passerait sans laver la souillure , Car l'abîme est immense , et la tache est au fond.
. ( /{ s'approche du tombeau,) Qui dooe pleurez-vous là , madame, êtes-vous veuve?
BCLCOLORE. .
Veuve, vous Favei dit , — de mes seules amours.
D'hier, apparemment, — car cette^rpbe est neuve. Conime le noir vous sied !
BELCQL0Ri2,
*^ D'hier , et pour toujours.
FRANK
Toujours, avez-vous dit?— Ah 1 Moniia Bekolore, Toujours, c'est bieji longtemps.
BELPOLORE.
. D'où me connaissez-vous?
FRANK
De I!laple, où cet hiver je te cherchais encore. Napfe est si beau , ma chère, et son ciel est si -doux! Tu devrais biea venir m'aider à m'y distraire.
BEÇCOLORE. :
Je ne vous remets pas.
FRAAK.'
^n , tu m'as oublié !
Je ^uis masqué, d'ailleurs; et que veux^-tu , ma chère ^. Ton cœur est si peuplé , je m'y serai iioyé.
UN SPECTACLE MNS UN FAUTEUIL. iU9
BEiXOLOKË,
Passez votre chemin , moine , et Idissez-moi seule.
FRA?iK.
Bon , si tu pleures tant, tu deviendras bégueule. Voyons, ma belle amie, à parler franchement, Tu vas te trouver seule, et tù nias plus d'amant Ton capitaine Frank n^avaitlri sou ni maille. C'était un bon soldat , charmant à la bataille; Mais quel pauvre écolier en matière d'amour!
Senti mental. la nuit , et persitleur le jour.
BELCOLORE.
Tais-toi , moine insolent , si tu tiens à ton âme; Il n'est pas toujours bon de me parler ainsi.
FRANK
Ma foi , les morts siont morts : — si vous voulez , raadânu> , Cette bourse est à vous j cette, autre , et celle-ci ; Et voilà le papier pour faire l'enveloppe.
( Il couvre la bière d'or et de biUets.)
BELCOLORE.
Si je te disais oui , tu serais mal tombé.
FRANK , à part.
Ah ! voilà Jupiter qui tente Danaé.
{Haut,) Je vous en Avertis , je suis très-misanthrope : Je vous enfermerai dans le fond d'un palais.
J'ai l'humeur bilieuse , et je bats mes valets. Quand je digère mal , j'entends qu'on m'obéisse. J'aime ^u'on soit joyeuiL lorsque j^ai la jaunisse , Et quand je ne dors pas tout le monde est debout. Je suis capricieux , — êtes- vous de mou goût?
BEIiGOLORE. '
Non, par la sainte croix !
FRANK
Si vous ainiez les roubles , Il m^en reste ençor là,, mais je n'ài.que des doubles*
( Il jette une autre bourse sur la bière.
BELCOLORE.
Ta me donnes cela?
FRANIL j à part.
Voyez rattraeliont Comme là chair esi ûiible à la tentation !
, (Haut,) yai de plus un ulcère t côté dé h bouche Qui m'a défiguré ; — je suis maigre , et je louclie t Mais ces misères-là ne te. dégoûtent pas.
BELCOLORE.
Vous me faites frémir.
FRANK
J'ai là , Dieu me pardonne , Certain bracelet d'ôr qu'il faut que je vous donne : . H ira bien , je pense , avec ce joli bras.
{Il jette un bracelet «tir la hière.) Cet ulcère «si horrible; il m'a rongé la joue; H m*a brisé les dents. — J'étais laid , je l'avoue ; Mais, depuis que je l'ai , je suis vraiment hideux; J^ai perdu mes sourcils, ma barbe et mes clieveux.
BELCOLORE.
Dieu du ciel, quelle horreur 1
FRANK
J'ai là , sous ma simarre, Un collier de rubis d'une espèce assez rare.
( Il jette un collier mr la bière.)
BEECOLORE.
11 est (ait à Paris.
FRANK , à part.
Voy«ï*vous le poisson , Comme il vient à fleur d'eau reprendre Thamcçon ?
{Haut.) Si c'était tout du.jnoinsI mais cette affreuse plaie Me donne l'air d'un morttrafné sur une claie; Elle poilipe mon sang , ines os sont cariés De la nuque du crâne à la plante des pieds,. .
BELCOLORE. '
Assez , au nom du ciel ! je vous demande grâce I
FRAKK.
Si tu t^eu vas , reiKls-moi ce que je t'ai donné.
BBLCOLORE.
Vous mentez à plaisir.