‹ Poésies complètes de Alfred de MussetChapitre 53 sur 110 · POÉSŒS · texte numérisé non relu

POÉSŒS

Ce linceul transparent que rincrédultté Sur le bô^ de la tonîbe û laissé par pitié Au cadavre flétri de Tespérance humaine! —

siècles à venir! quel est donc voire soi^tt La gloire comme une ombre au ciel est rémontée. L^amour H'^xiste piiis; — la vie est dévastée, — El l'homme, resté sfeul, ne croit plus qu^à la mort.

Tels qiie dans un pillag^i^ en un jour de colère, Ojt voit, à la lueur d'un flarAbeau funéraire, ■ Des meurtriers , courbés dans un silence affreux , Égorger une vierge , et dans ses longs cheveux Plonger leurs mains de sang; — la frêle créature Tombe comme un roseau sur ses bras mutilés : — Tels les a'ïialysours égorgent la nature Silencieusement j sous les deux dépeuplés.

Que vous restera-t-il, enfants de nos entrailles, Le jour où vous viendrez suivre lés funérailles De cette moribonde et vieille humanité?

Ah! tu nous maudiras, pâle postérité ! - Nos femmes ne mettront qtie des vieillards au monde. Ils frapperont la terre avant de s'y coucher; Puis ils crieront à Dieu : Père, elle était féconde. A qui donc as-tu dit dé nous la dessécher?

Mais vous, analyseurs , persévérants sophistes , ' - Quapd vous aurez tari tous les puits des déserts, Quand vous aurez prouvé que ce large univers N'est qu'un mort-étendu sous les anatomistes; Quand vous nous aurez fait de la création Un cimetière en ordre, où tout aura sa place. Où vous aurez sculpté, de votre main de glace, Sur tous les monuments la même inscription; Vous, que ferez- vous donc, dans les sombres allées De ce jardin muet? — Les plantes désoléçs Ne voudront plus aimer, nourrir, ni concevoir; — Le» feuilles des forêts tomberont une à une , — Et vous , noirs fossoyeurs , sur la bière commune

Pour ergoler encor yous^iendrcz vous asseoir; Vous^K)us entrettendre; de rhomm^ perfeetible; -- Vous galf aoiserez ee cadavre insensible , Habiles vermis^aux 7 quand vous l'aurez ronçé; Vous lui conn^iiaQdeiez de marcher sur sa tombe, A cette ombre d'un jour, — jusqu^à ce qu'elle y tombe Comme une masse inerte ,. et que Dieu soU vengé.

Ah ! vous avez voulu faire les Prométhees, £t vous êtes venus, les mains ensanglantées, Refondre et repétrir l'œuvre du créateur I Il valaitifnieux que vous, enhardi tentateur, Lorsqu^ayant fait son homme, et le voyant sans âme. Il celeva la tête et demanda le feu.

Vous, voire homme était fait ! vous, vous aviez la flamme! Et vous avez soufQé sur le souffle de Dieu.

Le mépris, Dieu puissant, voilà donc la science 1 L'éternelle sagesse est- Téternelle silence ; Et nous aurons réduit, quand tout sera compté. Le balander de Tâme à Timmobiliié.

• QueU hideux océan est-ce donc que la vie.

Pour qu>'il faille y marcher à la superficie , Et glisser au soleil en effleurant les eaux.

Comme ce fils de Dieu qui marchait sur les flots? Quels monstres effrayants, quels difforîties reptiles Laboureni donc le^pers sous les pieds des nageurs, Pour-qa'on trouve toujours les vagues si tranquilles, Et la pâleur des morts sur le front des plongeurs ? A-t-elle assez traîné, celte éternelle histoire Du néant de l'amour, du néant de la gloire.

Et de Te^fant prodigue auprès de ses pourceaux ! Ah l sur combien de lits^ sur combien de berceaux, Elle est Venue errer, d'une voix lamentable , CettQ complainte usée, et toujours véritable , De tous les insensés que l'espoir a conduit I

Pareil à ce Qygès, qui fuyait dans la nuit Le fantôme royal de la pâle l^aigneuse

Livr^c'tin seul instant à son ardent regard , Le jcuiie ambitieux porte naer-^^^ affreuse, *

Tendre encor, mais profonde j et qui saisie à Técart. Ce qu^ii fait, ce qu4l voit des cboses de l^Nie, Tout le porte, l'eu traîne à son but idéal , Clarté fuyant toujours^ et toujours poursuivie, Étrange idole, à qui tout sert de piédestal.

Mais si tout^en courant la force Tabaudonne,. S'il se retourne , et songe aux êtres d'ici-bas , Il trouve tout ja^coup que ce qui l'environne . Est demeuré si loin qu'it n'y reviendra pas. ^ C'est alors qu'il co'mprend l'effet de son vertige , Et.que, s'il ne regarde au ciel, il va tomber. ^

Il marché; —son génie à poursuivre l'oblige; — Il marche, et le terrain- commence à surplomber. Enfin — mais n'est-il pas ane heure dans la vie Qii le génie.humain rencontre laj/blie? .;

Ils luttent corps à corps sur un rocher glissant. '^ Tous deux y sont t^outés; mais un seul, redescend.

mondes, d Saturne, immobiles étoiles, • ^ Magnifique univers, en est-ce ainsi partout?

nuit, profonde nuit, spectre toujours debout. Large création , ;quand tu lèves tes voiles Pour (e considére^,<lans ton immensité, Vois-tu du haut en. bas la même nudijté?

Dis-moi xlonc, en ce cas, dis-moi, rtière imprudente, Pourquoi m'obsèdes-tu de cette soif ardente , Si tu ne connais pas de source où l'étancher? Il fallait la créei*, marâtre, ou la chercher. . L'arbuste a sa, rosée, et l'aigle a sa pâture. g

£t moi, que t'ai-je fait pour m'oublier ainsi? Pourquoi les arbrisseaux n'ont-ils pas «oif aussi? Pourquoi forger la flèche, éternelle nature ^ Si tu savais toi-même^ avant de la lancer.

Que tu la dirigeais vers un but impossible^ ^ Et que le dard., parti de ta corde terrible ,

UN SPECTACLE DANS UN FAUTEUIL. 207 Sans reneontrov l'ofeeau , pwnail te (ravci'âPr?

Mais cela le>laisait. — C'élall rëglù d'avance. Ah ! le veni du malin ! le wuflle du printemps! C'est le cri ife vieillards.- Mni, mon Dieu, j'ai vingt ans!

Oh! si lu vâs mourir, ange de l'espérance, Sur mon cœur, en parlanf,' viens encor te powr; Doiine-moi (es adieux et (on dernier b&^r.

Viens à moi. — Je suis jeune, âf j'nime encor la i4e. , Intercédé pour moi ; — demande si les deux Ont flétrie. —

Bel t rons tous les deux.

{ tombe de ton tein.j

Qui let d'églanline?

ktrt I poitrine,

Paul Déidamia

Sjir! B jeta.

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