‹ Poésies complètes de Alfred de MussetChapitre 66 sur 110 · SCÈNE Vf · texte numérisé non relu

SCÈNE Vf

NINON , SILVIO , sur un banc,

SILVIO

¥^coutez-moi , Ninon , je ne suis point coupable.

Oubliez un roman où rien n^est véritable

Que Famour de mon cœur, dont je me sens pâmer.

NINON

Taisez- vous — j'ai promis de ne pas vous aimer.

SILVIO

Flora seule a tout fait par une maladresse.

Les billets d^hier soir portaient la même adresse.

C^est en les envoyant que je. me suis trompé;

Le nom de votre sœur sous ma plume est tombé.

Le vôtre de si près, comme vous , lui ressemble !

La mi) in n^est pas bien sûre, hélas! quand le cœur tremble.

Et je tremblais — je suis un enfant comme vous.

NINON

De quoi pouvaient servir ces deux lettres pareilles? Je vous écouterais de toutes mes oreilles , Si vous ne mentiez pas avec ces mots si doux.

SILVIO

Je vous aime, Ninon, je vous ahno'è genoux.

NINON

On relit un billet, monsieur, quand ou l'envoie.

Quand on le recopie , on jette le brouillon.

Ce n^est pas malaisé de bien écrire un nom.

Mais comment voulez-vous, Silvio , que je vous Croie?

Vous ne répondez rien.

SILVIO

Je vous aime, Ninon.

t NINON.

Loi'squ^on n'est pas coupable, on sait bien se défendre. Quand voos chantiez hier de celte voix si tendre , Vous saviez bien mon nom, je Tat bien entendu. Et ce baiser du parc que ma sœur a reçu , Aviez-vous oublié d'y mettre aussi Tad rosse? Regarde! donc, monsieur^, quelle scélératesse! Chanter sous mon balcon en embrassant ma sœur.

SILVIO

Je vous aime, Ninon, comme voilà nion rœnr.

no POÉSIES.

Vos yeux sont de cristal , — vos lèvres sont Yermeilles Comme ee ciel de pourpre autour de roccident. Je vous trompais hier, vous m'aimiez cependant.

NINON

Que voulez-Vous qu^on dise à des raisons pareilles?

9ILVI0.

Votre taille ffenible est comme un palmier vert ; Vos cheveui sont légers comme fa cendre One (flu\ voltige ail soleil autour d*un feu d'hiver. Us frémissent au vent comme la balsamine; Sur votre front d'ivoire ils courent en glissant, Gommejune huile craintive a\i bord d'un lac^ d'argent. Vos yeux sont transparents comme l'ambre il«ide Au bord du Niémen *, — leur regard est limpide Comme une goutte d'eau sur la grenade en fleurs.

\ NINON

Les vôtres , mon ami , sont inondés de pleurs.

' SILVIO

Le son de votre voix est comme un bon génie Qui porle dans ses itiains un vase plein de mief. Toute votre nature est comme une harmonie ; -^ Le bonheur vient de vous , comme il vous vient du ciel. Laissez -moi seulement baiser votre chaussure; liaissez-poi me repaître et m^ouvrir ma blessure. Ne vous détournez pas; laissez-moi vos beaux yeux. N^épousez pas Irus , je serai bien heureux. Laissez-moi rester là , près de vous , en silence , La main dans votre main , — patiier mon exisÇpnce  sentir jour par jour mon cœur se consumer...

NINON

Taisez-vous — j'ai promis de ne pas vous aimer.

UN SPECTACLE DANS UN FAUTEUIL. tl»l SCÈNE VIL

Le dgc LAERTE , assis sur une estrade; IRUS, à sa droite^ en habit cramoisi et Vépée à la main; SILVIO , à sa gauche; S? ADlhLE y QVmOLX, debout.

LÂERTE.

Me voici sur mon trône assis comme un grand juge. L^imoceoce à mes pieds peut chercher un refuge. Irus est le bourreau, Silvio le -confesseur. <- Nous sommes justiciers de l'honneur des familles. Chambellan Quinola , faites venir mes filles.

{!'(inon et Ninette enirent habillées en bergères. )

NINON

Çcsten mon nom, grand duc, comme au nom de ma sœur, Que je viens déclarer à votre seigneurie L^immuable dessein que nous avons formé.

LAStlTE. ^

Voilà rhabit claustral galamment transformé.

NINETTE

, Nous vivrons loin du monde, au fond d'une prairie, A garder nos moutons suMe bord des ruisseaux. Nous filerons la laine ainsi que vos vassaux. Nous renonçons au monde , ap bien de notre mère. Il noussuflit, seigneur, qu'une juste colère Vous ait donné le droit d'oublier vos enfants.

LAERTE

Vous viendrez^ n'est-ce pas , diner de temps en temps ?

NINETTE

Nous vous demanderons un éternel silence.

Si notre séducteur vous brave et vous offense , Notre avis, monseigneur , est d'en écrire au roi.

LA^RTE.

Le roi , si jYcrivais , me répondrait , je croi , Que nous sommes bien loin , et quUl est eu affaire. Tout ce que je puis donc , c^est d^en écrire au maire ; Et c'est ce que j^ai fait, car'i^soupe avec nous.

( Il entre un nmirê et un notaire, ) \ A Ninon,)

Allons, mon Angélique, embrassez votre époui.

( A Ninette. )

Il ne s^en ira point , ne pleurez pas , Ninette. Embrassez votre frère , il est aussi le mien.

* {A Irus,)

Et vous , mon cher Irus , ne baissez^ point 4a tête ; Soyez heureux aussi; — votre habit vous va bien.

NAMOÏÏNA.

Le 6ota sur lequel

Etait dans son etpéce une admirable ctiose.

Il était de peau d'ours , — mais d'un ourg bien léché :

Moelleui comme une châtie, el frais comme une meo.

IluMan avaH d'ailleurs une trés-noble pose,

Il était nu comme Eve à son premier péché.

Quoi! tout nu! dira-l-oii — n'aTaît-il pas de hontef

Nu dès le second mot I— Que sera-ce à la Unî

Monsieur, excusez-moi — je commence ce conte ' Juste quand mon héros vient de sortir du bain. Je demande pour lui l'Indulgence, et j'y compte. Hassaji;«tail donc nu ,'— ■ mais nu comme la main.

lit.

Nu'comiiieunpIatd'aiTïent,— nucoiimicunmurd'éelisi Nu comme le discours du» académliicn.

3M KlESIES.

Ha Icclrice ruueil , et je la scandalise.

Hais coinmeDl se fait-il, madame, que l'on d Que vous avez la jambe et la poitrine bien?

Comment fe dirait-on , si l'on n'en «avait riej

Qu^e1 lu vont;

Que, teïine;.

Êtlo larmant.

* Nais agine

Qu'el amant.

El i|uel crime eal-ce donc de se mettre à son aisc^ Quand on est tendrement aimée, — et qu'il fait chand? On est ai bien tout nu , dans une lai^e chaise ! Crayei-m'en , belle dame, et, ne voua en déplaise, Si vous m'apparteniez , vous y série* bi6nl6l. ■ Vous en crîriez sans doute un peu , — mais pas bien baul.

Dans un objet aimé qu'est-ce donc que l'on aime?

Esl^e du lalTetas ou du papier gommé?

Est-ce un bracelet d'or, un peigne parfumé?

Non — ce qu'on aimeen vous, madame, c'est Tous-même.

La parure est une arme , et le bonbeur suprême ,

Après qu'gn a vaincu , c'est d'avoir désarmé. . .

Les loiTibeaux, les enfants el les divinités. Tousiescœurs vraiment beauiL laissent voir leurs beautés Ainsi donc le héros de cette comédie Restera nu , madame , — et vous y consentez.

Un silence parfait règne dans cette histoire.

Sur les bras du jeune homme et sur ses pieds d'ivoire

La naïade aux yeux verts pleurait en le quittant.

Ont.en tendait à peine au fond de la baignoire

Clisser Teau fugitive, et d'instant en instant

Les robinets d'airain chanter en s'égouttant.

Le soleil se couchait; — on était en septembre :

Un triste mois chez nous,— mais un mois sans pareil

Chez ces peuples dorés qu'a bénis le soleil.

Hassan poussa du pied la porte de la chambre.

Hcureux.homme ! — il fumait de Topiiim dans de l'ambre,

Et , vivfttit sans remords, il aimait le sommeil.

Bien qu'il ne s'élevât qu'à quelques pieds de terre, Hassan était peut-être un homme à caractère; Il ne le montrait pas, n^eu ayant pas besoin* Sa petite -médaille annonçait un bon coiiK Il était très-bien pris : — on eût dit que sa mère L'avaitfait tout petit pour le faire avec soin.

Il étail indolent , et très-opiniâtre ;

Bien cambré, bien lavé, le visage olivâtre,

Des mains Je palridcn, — l'uspêci lier et ncivcit»,

La barbe el les sourcils Irès-uoir», — un corps d'alMtre.

Cequ'il avait lie beau surtout, c'élail les jeiiv

Je ne vou» dirai pa» un mot de ses- cheveux ;

C'est une laiiité qu'on rase en Tarlarie.

Ce pajs-là pouElant n'était pas sa pArie.

Il était renégat , — Français de oalion; — Rfdie aujourd'hui, jadis ehevalier d'industrie, Il avait dans la mer jelé comme un haillon Son tilre , six ramillv et sa religion.

Il était Ires-joycu», el pourtant Détestable voisin, — eicellent ra Eslrêiuement futile , — et pourtf Indignement naïf, — el pourLin Horriblement sinc^ , — et pour Vous souvient-îl , lecteur , de cel

QucdonJuan divisé chante sous un balcon?"' — Une mélancolique et piteuse cliansou , -Uespiront la douleur, l'amour et la tristesse. Hais, l'accompagne meut parle d'un aulre ton. Comme il est vif, joyeux ! avec quelle prestesse Il sautille! — On dirait que la chanson caresse

El couvre de langueur le perllde instrumenti^ Tandis que l'air moqueur de l'accoiDpaijnemcnt

UN SPECTACLt; DANS UiY FAUTEUIL. 257 Tourne CD dérision lachaosno elle-mëino, Et semble la railler d'aller si Irislemcal.

Tout cola ct'pendantfait un plaisir ex Irt me. — C'est que tout en tst îral", — c'csL qu'on trompe et qu'on niiQi

C'«t qu'i E^foupa Lorsqu'o

A de ma

Tel est le

C'élail ui Très-bon

Hais il fa Celait ui

Il aurait Parlez a[

Vouez apri-s cela ci'ic Que c'est le cœur bu

■2M l'OÉSIES.

fitujourti II' cieur liiiiiiaiii puur modèle et pniir lui.

Lu uwui- liuinaiu de qui? lectmir humain de quoi?

Cl-Iuî dç ino» voisin h sd inaiiiiTc d'éUv.

liais, inortfleu! miiimo lui, j'ai fima cwurliumaiii,''

Cptlc ïic^wt^ tou», el wllc que je inùur, Ijuand lo (liai)! .toaint'.

•I Alors, med ouspbigitM;

•> VouséteaJe eu tuxiu^ x

— Pas dli iou mds ï l'u^i Iv

A l'autre le ta aei. .

'■ En ce oal^ vous crwi un monstre, one chimère, » Vous faiteg un enfant qui n'aura point de fi:rc. a — Point de père, grand Dieu! quund, comme TriiMoliii, J'cu suia chei mou libruii'c accouché ce nialin ! 'U'ailleura it pattr etl quem ttuplim... j'csp^^ Que voua m'epargneret de vous parler latin.

lluiiBidci-c/ ausitiquuje n'ai rien tolé

A la bibliothèque; — cl bien que uetlc hietotiv

(IN SPECTACLt: DANS UiN FAUTEUIL. %»

Se passe en Orient, je n'en ai poiiil parlé.

11 est vrai quu, pour moi, je n'y suis point alhj. Maûi c'est si graad , si loin I — Avec de la mémoire On ae lire de tout ; — allez voir pour y croire.

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