‹ Poésies complètes de Alfred de MussetChapitre 8 sur 110 · MUSICIENS · texte numérisé non relu

MUSICIENS

Allegro, seigneur!

( Hittsique. ) l'abbé.

Je ne vois rien A iîclle fenêtre, — Hum !

{La niUsique continue,) Point. — C'est une bafbare.

40 l>^SIES.

— Rien ne bouge. — Alloi» , toi , donne-moi la guilare.

(ÏJ prend «ne gtiitare. ) Fi doDct pouah!

(J1«R prend un« aaire.) Hunil je «ais Aanle^j nwî. — Ces marauds Sesonldonué, jecroip, le mol pour chanter faux. (Il chant*. )

^um! mi, mi, Ift.

{lUhantt.)

' Dttant dcpclos, nwntmDiir...

Vjt,tisi.,toTtantds\qmaUo<n^ t'arrilt iw( Upa» delà porte.

Ablahl monsieur l'abbé - Besidcrio ! — Parbleu ! tous êles mal lombé. .

Hal tombé, monsieur ! — Mais, pas si,tnal. le^yous chasse, Peut-èlre?

hafael. '

Point du tout;')* ïoijs laisse la ptbce.

Sur nia parole, elle est boime à prendre, et, de plus. Toute chaiide.

■ l'abbé. ■ -

Monsieur, fnooeieurf pour faire abus'

Des oreille d'un homme, il ne faut pas une heure — Il ne faut qu'un mot.

RÂFÂEL.

Vrai? j^aurais cru , que |li meure, Les vôtres sur ce point moins promptes , aux façons Dont les miennes d^abord avaieut pris vos chansons.

l'Abbé.

Tête et ventre, monsieur! faut-iî qu'on vous les coupe?

RAFAËL

Là, tout beau , sire ! Il laut d'abord , moi , que je soupe. Je ne me suis jamais bo^u sans y voir clair , . Ni couché sans souper.

l'abbé.

Pour quelqu'un du bel air , Vous sentez le mauvais soupeur , mon gentilhomme.

( Le touchant. )

Cevieui surtout mouillé! Qu'est-ce donc qu'on vous nomm<ï?

RAFAËL

On me nomme seigneur Vide-bourse , casseur De pots; c'est, en anglais, blockhead; maître tueur D'abbés. — Pour le seigneur Garuci , c'est son père Le plus communément qui couche avec ma mère.

l'abbé.

S'il y couche demain , il court , je lui prédis , Risque d'avoir pour femme une mère sans (ils. Votre logis?

RAfAEL.

Hôtel du Dauphin-Bleu. La porto A droite, au petit Parc.

l'abbé.

Vos armes?

RAFAËL

Peu m'importe; Fer ou plomb , balle ou pointe.

4fi , POÉSIES.

L ABBE

Et votre heure?

RAFAËL

Midi.

( Labbé le salue et retourne à sa chaise. )

Ce petit abbé-tà in^a Tair bien dégourdi.

Parbleu , c'est un bqii diable ; il faut que je Tiiivite

A souper, -r Hé , monsieur! n'allez donc pas si vite ?

Qu'est-ce ,« monsieur?

RAFAËL

Vos gen^ s'ensauvent comme si La Gèvre à leurs4alons les emportait d'ici.

Demeurez pour l'amour de Dieu , que je vous pose Un problème d'algèbre. — Est-ce pas une chose Véritable , et que voit quiconque a Tesprit sain , Que la table est au lit ce qu'est la ponreau vin? De plus, deux gens de bien , à s'aller mettre en face r Sans s'être jamais vus, ont plus mauvaise grâce Assurément que , q^uand il pleut, une catin A descendre de fîacre en souliers de satin.

Donc, si vous m'en croyez , nous souperons ensemble ; Nous nous connaîtrons mieux pour demain. Que t'en semble, Abbé?

l'abbé. %

Parbleu , marquis , je le veux , et j'y vais.

( Il sort de sa chaise. )

RAFAËL

Voilà les musiciens qui sont déjà trouvés f Et pour la table — holà , Palforio I l'auberge !

( Frapftant, )

Cette porte est plus rude à forcer qu'une vierge. Palforio, manant tripier, sac à boyaux!

Vous verrez qu'à cette heure ils donnent , les bourreaux !

(Il jette une pierre dans la vitre^ P4LF0RI0, à la fenêtre.

Quel est le bon plaisir de votre courtoisie ?

RiFAEL.

Fais-nous faire à souper. Certes, Theure est choisie Pour nous laisser ainsi casser tous tes carreaux 1 Dépêche, sac à via! — Pardieu , si j^étais gros Comme un muid , comme toi , je dirais qu'on me porte En guise d'écriteau sur le pas de ma porte; On saurait où me prendre au moins.

PALFORIO.

Eicuses-moi, Trés-eioellent seigneur.

RAFAËL

Allons, démène- toi.

Vite ! va mettre en Tair ta marmitonnerie.

Donne-nous ton meilleur vin et ta plus jolie Servante ; embroche tout : tes oisons , tes poulets , Tes veaux , tes chiens, tes chats, ta femme et tes valets! — Toi, l'abbé, passe donc; en joie! et , pour nous battre Après , nous taperons , vive Dieu ! comme quatre.

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