‹ Poésies complètes de Alfred de MussetChapitre 98 sur 110 · STANCES · texte numérisé non relu

STANCES

Sans doute il êsl Irop tard pour parier eucor d^eH^ 'r^ Depuisgqu^elle n^est plus quinze jours sont pass^ ;

Et dans ce pays-ci , quinze jours , je le sais , ^ Font d^une mort récente une vieille nouvelle. '

De^quÉ^ue nom d'ailleurs que le fegret s'appelle , L'homme , par tout pays , en a bien vite assez.

if.

Maria-Pëlicia ! le peintre.et le poêté* Lai^nt, en expirant, d'immlortels héritiers; Jamais l'affreuse nuit ne les prend tout entiers. A défaut d'action , leur grande AmeJnquiète r , ^ De la mort et du temps entreprend là conquête ,

Et, frappes 'dans la lutte, ils tombent en guerriers.

Celui-l sur l'airain a gravé sa pçnsée ; Dans un rhythme doré l'autre l'a cadencée; Du moment qu'on l'écoute , on lu^levient ami. Sur sa toile , en mourant^ Raphaél l'a laissée , Et , pour que le néant ne touche point à lui , C'est assez d'un enfant sur sa mère endormi.

ComiTie datis une lampe une flamme (Idèlicf^

Au fond du Paribénon le marbre inhabité

Garde de Phidias la mémoire éternelle,

Et la jeune Vénus, fille de Praxitèle,

Sourit eocor , debout dans sa divinité,

Aux siècles impuissants qu^a vaincus sa beauté.

Recevant d^âge en âge une nouvelle vie , Ainsi s'en vont à Dieu les gloires d^autrefois; Ainsi le vaste écho de la voix du génie Devient du genre humain Tuniversclle voix...

Et de toi , morte hier , ^c toi , pauvre Marie^ Au fond d^une chapelle il nous reste une croix !

Une croix ! et Toubli , la nuit et le silence. Ëcoùtezl c'est le vent, c'est Tocéan immense; C'est un pêcheur qui chante au bord du grand chemin Et de tant de beauté, de gloire et d'espérance, De tant d'accords si doux d'iin instrument divin , Pas un faible soupir, pas un écho lointain!

Une croix 1 et ton nom écrit sur une pierre , Non , pas même le tien, mais celui d'un époux ^ Voilà ce qu'après toi tu laisses sur la terre; Et ceux qui t'iront voir à ta maison dernière , N'y trouvant pas ce nom qui fut aimé de nous, Né sauront pour prier où poser les genoul^.

874 POÊSIJSS NOUVELLES.

VÏII,

Ninettel où sonl-ils, llclle muse adorée, Ces accents pleias d^amour , de charme et de terreur , Qui voltigeaient le soir sur ta lèvre inspirée , Gomme un parfum léger sur l'aubépine en fleur? Où vibre maintenant cette voix éplorée, * Cette harpe vivante attachée à ton cœur ?

PTétait-ce pas. hier , fille Joyeuse et folle ,

Que ta verve railleuse animait Corilla ,

Et que tu nous lançais avec la Rosina

La roulade amoureuse et Poeillade espagnole?

Ces pleurs sur tes bras nus, quand tu chantais Je Saute,

N'était-oei pas hier, pâle Desdemona?

N'était-ce pas hier qu'à la fleur de ton âge Tu traversais l'Europe, une lyre à la main ^ ' Dans la mer , en riant , te jetant à la nage , Chantant la tarentelle au ciel napolitain , Cœur d'ange et de lion , libre oiseau de passage , Espiègle enfant ce soir, sainte .artiste. demain?

N'était-ce pas hier qu'enivrée et bénie, Tu traînais à ton char un peuple transporté , Et que Londre et Madrid , la France et l'Italie, Apportaient à tes pieds cet or tant convoité, Cet or deux fois sacré. qui payait ton génie, Et qu'à tes piede souvent laissa ta charité?

Qu^as^iu fait pour mourir, ô iiobie créature ^

Belle image de Dieu , qui donnais en cbefnin ,

Au riche un peu de joie, au malheureux du pain? Ah ! qui donc frappe ainsi dans l« mère nature , Et quel faucheur aveugle , «affamé de pâture , *

Sur les meilleurs de nous ose porter la main 2*

xin.

Ne suf6t-il donc pas à Tauge des ténèbres *

Qu*à peine, de ce temps, il nous reste un grand nom? Que Oéricault, Cuvier , Schiller, Goethe et Byron , a Soient endormis d'hier sous les dalles funèbres , <»

Et que nous ayons vu tant d'autres morts célèbres Dans Tabime entrouvert suivre Napoléon?

Nous faui-il perdre encor nos têtes les plus chèr^, El venir eu pleurant leur fermer les pîupièrVs , ^j Dès qu'un rayon d'espoir a brillé dans leurs yeux? Le ciel de ses élus devient-il envieux? Ou faut-il croire , hélas! ce que disaient nos pères , Que lorsqu'on meurt si jeune, on est aimé des dieux?

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