LA FENÊTRE
Que j'aimais A le voir penchée a la fenêtre Me regardant venir, sachant me reconnaître Entre mille passants! De nos chiens aux aguets •■ i^^*" J'entendais de bien loin les jappements plus gais; Mais j'entendais surtout en mon âme charmée Battre ton pauvre coeur, ô pâle bicn-aimêe !
Et malgré tout l'attrait, j'allais plus lentement GaresMnt à loisir les songes du moment.
Cependant les beaux chiens que la gaieté transport'^ Far leurs cris suppliants se font ouvrir la porte, Ils mo viennent surprendre, ils me lèchent la main, Et, retournant vers toi, m'indiquent le chemin.
J'arrivais tout ému — toi toute chancelante Tu venais sur le seuil, ù ma belle indolente ! Ton sein tout palpitant répondait à mon cœur. Tes yeux levés sur moi se baignaient de langueur ; Et moi, croyant cueillir et haiser une rose, Je respirais Ion Ame à la lèvre mi-close.
Ces temps-là passent vite, hélas! Tout est fini! Les ramiers pour jamais s'envolent de leur nid :
Ainsi font mes amours. Ils ont pris leur volée; Ils ne reviendront pas. — Mon Ame désolée N'est plus qu'un noir cyprès où gémira le vent. Où les oiseaux de nuit iront pleurer souvent.
Oui, ce matin j'ai vu la fenêtre fermée ; Plus de chiens, plus de tlein^. Et vous, 6 bien-aim< Dans une solitude au loin vous vous cochei, Profane ! et vous pleurei sur nos charmanLs péché» Mais les peines du cœur ne sont que passagères, Le temps etlàce tout Je ses ailes légères; L'amour vous poursuivra jusqu'au fond de l'exil, Et vous refleurirez un beau malin d'avril.
NINON