‹ Poésies complètes de Arsène HoussayeChapitre 22 sur 102 · LES QUATRE VERTUS 1)E NINON · texte numérisé non relu

LES QUATRE VERTUS 1)E NINON

Ninon csl jcudë, elle a vingt uns, SoD seÎD est taillé dans le marbre ; On y voit un fruit de printemps, Plus doux que n'en porte aucun arbre.

Hinon est belle, elle a des yeux Woirs comme l'aile de la pie, Des cheveux ondes et joyeux Comme la Vénus accroupie.

Sinon est bête, elle n'écrit Que dans son cueur, un mauvais livre.

Mais sa bouche a bien plus d'esprit Que la grappe qui nous enivre.

MinoD est folle, elle a raison ; De In sagesse elle se joue, Car la folie est de saisou ' IJuand avril Senrit sur la jonc.

r.lUNSON APRES SOUl'ER.

Mon cœur est gai comme un buisson, J'aime Ninon, Ninon, ma mie, NiDon, ma Uenr et ma chanson.

C'est que Hiuon est si jolie.

J'aime Plinon à la Me.

Avec son bonnet de travers.

Sa jupe que le vent relève, Ninon se moque des grands uirs ; C'est la feuille de vigne d'Eve, Sa jupe que le vent soulève.

Ninon ! ta lèvre pAlit

Sous les baisers dont je raffollc ;

NIHOH.

Ton ciel, c'est k ciel de tou lit, L'amour est Ion maître d'école, Ta sagesse, c'est d'être folle.

Ninon ! je sais bien comment

Tu mourras, maîtresse, ma mie ; Le Terre en main, quand ton amaut, Oclui qui t'aime é. ta folie, Te dira: « Tu n'es plus jolie. »

Je vais où va le vent d'orage ~ que ne puis-jc En Qnir aujourd'hui cependant, car où gui»-je? Dans un abime immense où vous m'avez jeté, folle passion ! 6 sombre vanité !

Et pourtant j'avais bu le doux lait d'une mère Avant d'ouvrir la bouche à cette source amère Du mal qui me tuera. Les blanches visions M'ont entraîné gaiement vers les tentations,

m LES SENTIERS PERDUS.

Qui nous ferment le cœur en nous levant le masque !

Je suis allé flottant de bourrasque en bourrasque.

Riant de ma candeur, enfant abandonné,

Orgueilleui d'étaler un vice nouveau -né.

Celte folle Ninon, dans son insouciance,

S'enivranl du vin pur de la luxuriance

N'est pas si loin du ciel encor que je le suis :

Un jour, si Dieu le veut, rêveuse au bord du puits

Où la Samaritaine a vu la source vive,

La folle fîlle aura la part de tout convive.

Madeleine, d'ailleurs, prie au ciel pour sa sœur;

Hais moi! mais moi, je suis cet aveugle chasseur

Perdu dans la Torèt des passions touffues.

Ne voyant plus du ciel que l'orage et les nues.

La vie est une ivresse, eh bien! enivrons -non s. .\imons noire folie et sachons vivre en fous. A quoi bon les remords, soyons enfants prodigues Et n'ayons pour aïeui que don Juan et Rodrigues. Il sera temps un jour, au jour des temps meilleurs. De pleurer nos péchés — s'il nous reste des pleurs !

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