LE PARADIS
C'était dans la saison où la jeune nature Frémit de volupté dans les bois léncbreui, El s'en va sur les monts, dénouant sa ceinture, Dévoiler au soleil ses beaux flancs amoureui ; G'ébiitdans la saison où toute créature Boit un peu d'ambroisie à la coupe des dieux.
C'élAitdans le pays de Jean de La Fontaine, - Car je suis Champenois ; — vous êtes né mali
Et moi je suts né Mte — et n'en ai point de haine. Aujourd'hui que la France est un pays tout plein, Be gen B d'esprit, — tnonsieu r,— c'estunebooneaubaine. Que d'être un Champenois sous h robe de lin.
ma robe de lin ! où donc est-elle allée ?
Que je respire encor sod parfum matinal !
Si je la relrouTsis au fond de la vallée D'où je me suis cnriii par un soir automnal, Si je Tpus retrouvais, ô ma robe étoilée !
Je reverrais le ciel dans mon cœur virginal.
Mais je l'ai déchirée en mon adolescence.
Ces doux Qts de la Viei^o accrochés aui buissons,
Cest le lin tout flottant des robes d'innocence.
Le cœur n'a pas chanté ses premières chansons
Que de ce vêtement filé pour la naissance
Nous sommes dépouillés, n'importe où nous passons.
Oh I mon cœur, c'est pour vous que je rouvre ce livre. Dont le premier feuillet semble peint par Bcrghem,
El donl le premier air, qui me charme et m'oniïre, Se IraDsforme bientôt en sombre Requiem.
Anjourd'hui. c'est avec les morts que je veux vivre. Et je v«ux évoquer mon TuDébre harem.
D'un vieux moulin rêveur j'avais la dictature. Comme un fier nautonierque de fois j'ai bravé [jBS orages du cœur et ceux de la nature Qui dans leurs bras d'air vit m'ont si haut soulevé l Xaimais le vieux moulin et son architecture Comme un (wys natal, comme un pays rêvé.
J'étais seul, libre et fier dans ma docte retraite. Je D'avais rien à Taire ; et mou maître Apollon Avait tout doucement guidé ma main distraite Vers l'archcl oublie d'un pauvre violon, Qui se mit à chanter d'une vois indiscrète Que j'aimais une fille habitant le vallon.
Elle vint au moulin montrer sa beauté fraîche. Ah ! je la vois ei^cor qui monte l'escHlici'.
Je courï À ss rencontre, et, pour la baltrc en brcclie.
Cette agreste vertu qui sentait l'espalier.
Je lui baise le cou ; mais la voilA qui proche,
Qui se ache et s'enfuit vers le prochain hillier.
Je prenais mon rioloD et chante un air rustique. Elle tourne la tête et revient doucement :
M Je ne viens pas pour toi ni pour ta poétique ; Ton violon chanteur, c'est mon enchantement, b Or, voici — je n'ai pas oublié le cantique — Ce que je lui chantais avec ravissement .
CANTIQIIE.
ISi l'Image de Dieu sur la terre est visible. C'est sur le front rêveur des Dlles de vingt ans, Qui no savent encor lire que dans la Bible Et n'ont que de l'aïur dans leurs yeui éclatants.
La fraise qui rougit et tombe sur la mousse, La pèche mûrissant sur l'espalier qui rit,
D,™),Prib,GOOglC
DES CAM'IOUES ^i
N'ont pas de tons plus \ih ni de senteur plus douce Que la double colline où mon amour fleurit.
La neige que l'hiver sème dans la <rallée Estnioinsblancheetmoinsroseauxderaiersreuxdu jour Que ton Hanc chaste et douiL quand, lotit échevelëe, Un rayon amoureux te baise avec amour.
La grenade qui s'ouvre aui soleils d'Italie N'est pas si gaie encore à mes yeux enchantés Que ta lèvre enlr'ouverte, ô ma belle Tolie !
Où je bois à longs Dois le vin des voluptés.
J'ai reposé mon front sur ton épaule nue Faite du marbre pris à Vénus Aslarté; Et, comme on voit le ciel au travers de la n J'ai vu Ion Ame bleue éclairer ta beauté.
Bien mieui que l'aube rose annonçant la lumi Tu m'as ouvert le ciel en répandant sur moi Le blond rayonnement de la beauté première :
Je ne voyais pas Dieu; mais je le voyais, loi I
La biche qu s'entuit i travers la ramée
Quandellc entend au bois la chasse et ses grands bruits,
Iff LE CANTIQUE
Ne court pas aussi vite, ô pAle bien-aimév !
(lue mes désirs courant à la branche de rrutls.
Au bas de l'escalier elle élait revenue.
Or, je ne chantais plus qu'elle écoutait enciir.
Mon Dieu ! qu'elle était belle en sa joie ingénue.
Laissant flotter au veDt sa chcTelurc d'or !
Le soleil s'égayait sur son épaule nue,
Au loin dans la fbrét retentissait le cor.
On était en vendange, et la grappe jaunie Tombait à pleins paniers sur le coteau voisin. Je crois entendre encor la rustique harmonie, Et voir quelque bacchante en corset de basin. Cécile revenait de sa vigne bénie; Elle avait à son bras un panier de raisin.
Elle prit une grappe : n Ami, je l'ai coupée En pensant i ce jour de joie et de chagrin... — Ce jour où j'écrivis ma première épopée Sur ton front parfumé de luzerne en regain. »
Et CMume au souvenir de la Toile équipée Nous mordimes tous deux jasques an dernier grain .
Jusque» au dernier grain ! — La grappe élait si blonde, Si fraîche notre bouche et si blanches dos dents ! Jusques au dernier grain, en oubliant le monde, El ne vopnt te ciel que dans nos yeui ardenb ! Jusques au dernier grain, ô morsure profonde ! Ce grain était de pourpre — et nous avions vingt ans !—
Ce dernier grain, madame, êlait de l'ambroisie; Car c'était un baiser plus ardent que le feu. C'était la Vrrité — c'était la Poésie :
Je n'ai Jamais si haut voyagé dans le bleu, Je n'ai jamais si loin conduit ma fantaisie... Cécile cependant prenait plaisir au jeu.
La grappe était tombée et nous mordions encore. On entendait le vent chanter dans les buissons; Les grands bœufs agitaient leur clochette sonore ; La chasse et la vendange uuissaieut leurs chansous.
18 LE CAÎfTlQUE
DaDs l'ivresse mon cœur buvait à pleioe nmphor
Et mOD ime aspirait vers tous les horizons!
Que Dous étiuns lieureux en ces belles folies ! A ce seul souvenir mon front a rayonné.
Cécile ét^il jolie entre les plus jolies -, Four moi, je n'étais pas, je pense, un rarQué. En rêve je cherchais les blondes Ophélies :
Apollon du moulin, je poursuivais Daphao.
Daphné, le savez-vous, est un symbole triste. La femme qu'on poursuit de son plus cher désir. Sur le sein de laquelle — amant — pocte — artiste - On voudrait moissonner les roses du plaisir, Telle pour qui l'on chante et pour qui l'on existe. Ce n'est plus qu'un rameau quand on veut la saisir.
Un rameau de laurier pour l'orgueilleux poëtc Qui met tout son bonheur, — le vieil enfant gdié ! A faire un peu de bruit sur la rive muette;
Qui profane son cieur en sa virginité;
Qui veut laisser au mur d'airain sa silhouetlc : Vanité \ vanité! Tout n'est que vanilé I
C'est un rameau de houx pour l'anionreux saas arme, Pour les sols ce ne sont que chardons indiscrets, ^'•■ Pour le rêveur un lys qui renferme une larme. Pour les adolescents, s'a gen obi liant auprès. Une aubépine en tieur qui déchire et qui charme. Pour le grand nombre enfin quelque sombre cyprès.
Car la femme souvent n'est qu'une tombe ouverte :
Sur un beau sein plus blanc que la neige des monts,
Vous avez respiré l'odeur de l'herbe verte
Qui Heuril sur les morts, archanges ou démons.
Et que de fois aussi de terre ou l'a couverte,
A l'heure de l'amour, celle que nous aimons I
Ainsi la mort a pris Cécile et l'a couchée En sa verte saison sous les saules maudits.
Blonde moisson d'amour que je n'ai pas fauchéi^, A qui jo ne dis plus rien qu'un De pTo(undi!,
Treille de pourpre ei d'or ! — branche toute penchée
Sous le fruil aavoureni qu'on coeille au Pindia !
Ah ! n» chère ronitresae, où donc est-elle allée ?
Eat-ce l'aube aux cils blonds qui sourit au matin,
Le nuage d'argent, l'étoile échevelée,
La rose ou le bluet que je cueille incertain?
Je te cherche partout, o ma belle exilée
Qui m'appelez toujours dans un hymne loiotainT
D'autres vont sur la tombe, amoureux du mystère, Interroger la vie et la mort, — ô douleur ! — Ils demandent au ciel ce qu'on devient sous terre. Si l'Ame des vingt ans y survit dans sa Deur; Moi, quand sur un tombeau j'arrive solifaire, Je ne sais que pleurer les larmes de mon cœur.
Rien ne dure ici-bas en l'Ame épanouie,
Pas même h douleur ; — an bout d'une saison
La belle vision s'était évanouie.
L'amour m'avait déjà rouvert son horizon ;
Et, (tar d'autres beautés l'Ame tout éblouie, ic voyais sans pleurer le toil de sa mnison.
Lorsque revinl le lemps de la Feuille qui tombe, Allant au cimetière en proie au cher toumicnl. Je vis que l'herbe amére envahissait sa lonibe Et voilall ce dous nom, — divin enchantement — — Uscile! — Hélas ! pourquoi ses ailes de colombe L'osl-elles emportée au ciel sans son araaiU?
Ce primevère amour qui jamais ne s'elTace, Celle aube lumineuse à mon ciel nuageui.
Ce charme amer d'avril qui dure quoi qu'on h: Ce rayon poursuivi sous les rameaux neigeux.
Ce songe évanoui ne fut que la préface, Prèiàcc en lettres d'or de mon livre orageux.
DinD^Prib^GOOglC
CANTIQUE DES CAINTIOOES
LE PARADIS PERDl.
N'ayaot rien dans le cœur, j'sllais â l'aventure Un soir de carnaval: je renconlrni Niooâ Dherchont un Desgrieui, — la folle créatarG ! — Je lui donnai mon coeur comme l'aulre â Manon : •cVeux-tu m'aimer, lui'^is-je en prenant sa ceinture ; iiVeux-tum'aimerhuitjoars?— Iluiljours?nioui,ninon
ic Je ne m'embarque pas pour un si long voyage : « lluitjours, mon chor, huit jours, mais c'est rélersilé!
LE CANTIQUE DES CANTIQUES. ; n Mon cœur esl une vigne ou vendange l'orage, II Dont la Deur sur ma bouche éclate en liberté ; " Cueille la fleur du pampre en oiseau de passage, « Pour couronner ton rroul de ma verte gaieté. »
Cotte passion-là ne aenlait paa la crèche ;
Bile était habillée en robe de satin,
Ses yeux étaient de Damme et sa bouche éljiit fraîche.
Et je me délectai du soir jusqu'au matin ;
Elle avait des senteurs de raisin et de pèche.
C'était une âme d'ange en un corps de — satin. —
Elle apporta chez moi sa pantoufle persane :
Dés cet instant je fus chei elle el non chei moi ; L'enfant prodigue avait trouve sa courtisane ; Ah ! que j'étais heureux sans demander pourquoi ! Ma muse eiïarouchée — une cÏÏaste Suzanne — Se voilait le visage avec beaucoup d'émoi.
is durant ce fut un jour de fêle ; divin carnaval aux masques éclatants !
Je doDiiab braremeat du cœur et de la tôte
Dans l'ardente folie ou chaDie le prinlemps;
C'est que Ninon était si jolie et si bite 1
Hais qu'est-ce que l'esprit? — Une bouche et des dcots .
Le cœur tout débordant d'amour et de jeunesse,
NoQsn'avions tous les deux pasd'aulreargentcomptaDl.
Qu'est-ce que cela fait? Achéte-t-on l'ivresse
Que Dieu verse A longs flots dans un sein palpitant ?
Ninon ne portait pas un blason de duchesse ;
Mais comme elle habillait sa robe au pli Qottant !
A l'heure du diner un jour Ninon m'appelle :
« Ha robe se flétrit du haut jusques en bas.
u— Hela mets pas. — Comment?— Enseras-tumoins belle, « Étant moins habillée ? En s'ouvraiit les beaui bras u M'ouvrent le paradis : Eve, on se le rappelle, « S'en allait tes bras dus et n'en rougissait pas. »
VÎII
Tout finit 1 — Et l'amour prit un jour sa voléi; Par la fenêtre ouverte. — Elle ne m'aimait plus !
DES CAMTlQtlES.
N Adieu ! lui dis-je ; idieu ! vous êtes consotée ; M Allez chercher ailleurs l'Océan dans son tlux; M Ou plut6t, ô Ninon ! ma charmante aiïolée, « Restez ici, c'est moi qui pars ; — mille salutK !
J'allai courir le monde à Spa, Bade et Genève, Gardant do cet amour des souvenirs ardents.
Cherchant une autre branche ou se nichftt mon révi^, Trouvant quelques corsets et pas un cœur dedans, Trouvant beaucoup d'écorce. â peine un peu de sévo, Ne voulant plus rien mordre avec de bonnes dents.
Je m'en revins fort triste à Paris, en septembre ;
Croyant trouver Ninon, chez moi d'abord j'allai.
u Monsieur, me dit mon groom, elle a pris cette chambre,
«Là-haut où vous viviez pour n'èlre pas troublé.
« Mais vous ne verrez plus la belle aui senteurs d'ambre;
M Car elle s'est enfuie un jour avec la clé.
« — Avec la clé, dis-tu ? — Quelle douleur affreuse ! « Le jour de son départ, monsieur, en vérité ;
se LE CAHTIOUE
B Hais elle alla, dil-on, danser à la Charlreusc,
(1 Et sans doute quel((u'un lui prit sa liberté. »
Vision du passé, fraiche tête de Greuie.
Qui tombe hors de son cadre tin beau jour de gaielé I
Je n'osais pas ouïrir cette chère retraite.
Ce dont nid où nos cœurs avaient battu souveni,
Ou l'amant qui sourit et l'amante distraite S'étaient plus d'une fois oubliés en r£vant ! J'aiais une autre clé, — Jalousie indiscrète — Mais je craignais d'ouvrir un sépulcre vivant !
Cependant un malin je monte quatre à quatre,
— Au mois d'octobre, un jour de pluie, un trisie jour !- Pdie comme la mort, écoutant mon cœur battre, Hiant de ma folie ei pleurant tour à lour.
J'ouvre enfin cette porte, et moo tme idoliltrc Se répandit partout comme un rayon d'amour.
Oh! ma chère Sinon, qu'étes-vous devenue!
Voilà votre pantoufle, à douce Cendrillon I
DES CANTIQUES. ï
Promenez-vous nu loin votre vérilé nue, Puisqu'aussi bien je trouve ici ce calilloii ! Courez-vous la moutagne ou conrez-vous U rue? A quel doux coin du feu chanlez'vous, cher grillon '.'
Je baisai sa pantoulle avec un cri de joie.
Je pressai tendrement sa robe sur mon cœur; Comme je promenais mes lèvres sur la soie !
Oii donc-es tu, Ninon? Il faut que je revoie
Tes yeux sous leurs cils noirs et ton rire moqueur.
Tout i œup une lettre ouverte el chilTonDée Frappe mes tristes yeux : hélas I la pauvre enfant Savait il peine lire ; elle n'était pas née A l'hôtel Rambouillet. Il lui fallait souvent, Pour écrire un billet, toute une maliuéo :
Mais comme elle écrivait dans le style émouvant î
tir, voici celle lettre : « Adieu, car je veux vivre. 1 Et je <me meurs ici. — Je mil chercher ot Heurs
i» LE CANTIQUE
« Si mon ctntr bat oKor. u Douce page du livre ! Je baisai cet adieu qu'avaieol mouille ses pleurs. Ninon, où donc es-tu ? Ninon, je ïbuï te suivre, Hon doui oiseau parti pour les pays meilleurs.
Après avoir saisi sou douloureux fanlilme.
Je quittai cette chambre avec déchirement ; Je courus par la ville enivré de l'aronie Que verse dans le cœur un souvenir charmanl, Cherchant Ninon partout, femme, rayon, atome, Sans pouvoir retrouver son doui enchantement.
Le soir je m'en revins avec h mort dans l'Ame ; J'avais relu cent fois son billet d£chiranl.
Je croyais assister au dénoûment d'un drame.
Où la chercher, la belle au regard pénétrant? Ne la verrai-je plus, la femme trois fois femme, La divine liïUe où mon cceur se reprend ?
N'ayant plus pour lutt«r ni vouloir ni vaillance,
-r Allons là-haut ! me dis-je, et je pris un flambeau ;
DES CANTIQDES.
Je monUi lentemeal, et, dans ma défaillance, Je croyais ne pouvoir airiver jusqu'en haut.
Non cœur ne battait plus; j'entendais le silence Me chanter tristement sa chanson du tombeau.
Brusquement j'ouvre enfin celte porte sacrée, Et j'éclate en sanj^lots ne pouvant y tenir.
Qu'avais^e vu ? FJinon, Ninon tout éplorée ; R Ninon, est-ce bien loi? — Ami, pourquoi venir? n — Ninon, Ninon, c'est loi, ma maîtresse adorée! « Que viens-lu faire ici 7 — Je viens me souvenir !
« — Ninon, le souviens-tu de nos folles journées '! n Que nous avions le cœur près des lèvres, Ninon '. B — Ah I oui, je me souviens des fraîches matinées « Où je chantais si faux la chanson de Mignon. Il — El de nos belles nuits de joie illuminées, c< Où mon cœur éperdu ne disait que ton doui.
c4 Niuou, le souvicns-lu des heures de paresse « Qui passaient sur nos cœurs plus vile que li
« — Ah ! oui, je me souviens ! Je sens encor l'Jrresse 1 Qui couronnait nos frouts peuchés sur le diian. H — Et de cette embrasure, ô ma chère maîtresse ! « Où tu te défendais sous le rideau mouvant? »
Dans ses bras je tombai tout ^erdu ; — son âme Me brûla 'd'un lel feu que j'en fressaille encor; — Si vous nous aviez vus, vous anrici vu la flamme Courir autour de noua en jets de pourpre et d'or, Dans noscœursqui battaient l'amour chantait sagamme, Je croyais retrouver tout mon divin trésor.
Eh bien 1 non, ce fut tout ! — Après cetle secousse, El tout anéantie en cet cmbrassement, Ninon me prit la main, et d'une voii plus douce Que h brise du soir sur la mer s'endormanl ; « Adieu, dit-elle, ami, je pars, le venl me pousse •I Au pays agité du pAle enivrement.
ic Adieu, je sais l'amour : dans ma luxuriance, '> En mon cœur agité j'ai souvent descendu ;
D:ES CANTIQl'ES.
a Pille dÈve. j'ai vu l'arbre de la science.
Il El j'ai porté ma bouche à tout fruit défendu ; « Je suis trop familière avec rexpérience B Pour vouloir retrouver l'amour s'il est perdu.
« Adieu, ne pleure pas, ne pleurous pas ; j'emporte
« Va divin souvenir de cet amour si beau.
" Je reviendrai, qui sait? si le vent me rapporte
« Un douii parfum des jours que Dieu compte lù-haul. »
Elle dit — et s'enfuit conune un songe — et la porte
Se ferma sur mon cteur comme sur un tombeau. —
Elle Dc revint plus. — Sage comme Aspa^^ie,
Celte folie savait qu'il fallait en Dnir,
Que nous avions vidé la coupe d'ambroisie,
Et que de notre amour nous devions nous bannir
Pour en garder au moins l'ausiére poésie :
Hymne imprégné de pleurs qu'on nomme Souvenih !
Je ne l'ai pas revue 1 Où donc est-elle allée ' Quelquefois, ;i minuit, dans le funùbre chreu
Des ptle» visions, elle vient désolée ;
Elle penche sur moi son doux masque moqueur :
B C'est mol, mon cher amour I— C'est toi, mon affolée !■
Et ses larmes encor me vont jusques au cœur.