‹ Poésies complètes de Arsène HoussayeChapitre 74 sur 102 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

CREON, SAPno.

Le secret lie IS vie, écoutez-n

Créon!

Dréoiij je vous croyais en fuite avec Phaon.

Pour compugnon de route il a pris ta rivale ; Ils chevauchent tous deui sur l'allière cavale. Qu'Amphitrile pardonne n leurs égarements, Et les eatraine au bruit de leurs embrassemenls.

Ne parle pas ainsi, le désespoir me tue :

IVe le vois'tu donc pas à ma tête abattue?

Mon c(Eur, mon pauvre cœur, il est plein de serpents ;

Mes yeux ne disent pas les pleurs que je répands.

Loin de moi ces fureurs et celte frénésie, Ces tourments de l'absence et de la jalousie :

D«-,..r)l>,GOOglC

194 SAPIIO.

Un amaal, c'est toujours, il me semble, ua amant.

L'un ou l'autre, ou plutôt l'un et l'autre.

HO, t

Ijchetéducœuri

Que m'importe l'amphore.

Si j'y puis clancher la soif qui me dévoreî Ce qui, dans un amant, charme en toute saison, C'est l'amour et non pas l'amant.

'SO, écoulant.

Il a raison.

tBBon.

:'ei«t le vin et non

pas

la coupe.

SAFHO.

U folie

De parlerait bien r

niet

iK que ta sagesse.

Oublie !

Que t'importe Phaon aui noirs chevcuï ilottants? Porte ailleurs ton amour aux rhythmes éclalaals 1 Sapho, délivre-toi du passé qui t'irrite, Et prends pour l'avenir un amour qui t'abrite Contre l'ennui mortel et le désœuvrement.

Ce que je cherche ici, ce n'csl pas un amani, C'est la mort; c'en es! foil de moi.

Ma belle an Sur UQ cœur qui battra vous serez endormie Quand veillera Phœbc.

Tais-toi, méchant railleur '.

I partir pour un monde meilleur.

Prenez un autre amant, et que les gaietés Tranches Chanlcnldans votre cœur, comme font sur les branches Les oiseaux en avril. Dans mon temps, moi, j'aimais; Hais gaiement, et les pleurs ne m'ont souillé jamais. Va, poursuivons l'amour qui sous le pampre éclate En joyeuses chansons.

Oui, le ncï écarlate.

L'amour la coupe en main, voilà ce qu'il voi Bacchus tout barbouillé dans ses vignes.

Sapho !

Toute coupe est dorée où l'on trouve l'ivresse ; l'ne amphore vaut bien ta bouche charmeressc ;

198 SAPllO.

Des misères du cœur nous sominc^i revenus,

E( nous ne croyons pas au\ lai'mes de Vénus.

Je crois k ta folie De vouloir fahreuTcr d'amour jusqu'à la lie.

Laisse-moi ma douleur trop chcrc; va, Créon, Je veux mourir d'amour et mourir pour l'haon.

SAPHO, pllissam.

Soutiens-moi, car je tombe...

l'Iiaon ici ! Pbaon ! veut-il jusqu'à la tombe Insulter à mon cieur par son in(3me amour, El m'ahreuver de fiel jusqu'à mon dernier jour? Tu veux tromper mon cieur : Phaon avec Erinnc Est bercé loin d'ici sur la vague marine.

Dis-moi, Créon, pourquoi ce mensonge insultant?

Mais lu ne sais donc pas qu'ils m'ont pris en parlant? IliaoD s'ral appnicli^.

SAPHO, CREOM, PIIAON.

PllAOI", sojcunlaun pifdsilc Sapho.

Sapho, mon cher amour, Vémis permelU^-t-elle Que je meure d tes pieds? He me sois point cruelle.

A Ccéon.

Ah ! parle-lui pour moi ! Je viens tout repentant Pour lui deraaailer grâce et mourir à l'instant! Que [es beaux yeux, Sapho, se rouvrent, car je t'aime. Et je n'aime que toi, que toi seule !

Ah I lu n'aimes que mot, cruel, voilù pourquoi Tu t'enruis avec elle? — Ah ! tu n'aimes que moi ! Va ! je ne l'aime plus, laisse-moi dans mes larmes ; J'ai repoussé l'amour et je maudis ses armes. Va, je ne te crains plus, même quand je te vois : Tu peux parler, mon cœur o'entendra plus ta voix.

Oh ! lu n'as pas compris pourquoi je t'ui quittée :

198 SAPUO.

C'est que je l'aimais Irop, ô me belle indomptée t Ton cœur est un abimc où je suis descendu, Un dédale sans fln où je me suis perdu; ToD amour, c'est la mer quand éclate l'orage, Et je m'y suis Inisé dans le dernier naurragc ! Si je ne t'avais Tuîe fu jour du mauvais vent, Sapho, crois-moi, Phaon ne s^^it plus vivanl. Je mourais et pourtant sans ton cœur qui m'enivre D'amères voluptés, va, je ne veux pas vivre.

Eb bien! meurs! que m'importe à moi qui vais mouri Mourir ! ton ISche amour a donc peur de souffrir?

Peur de souffrir, Phaon ? cet amour qui me tue Ifélas I me fait aimer ma pSIeur de statue.

Va, rouvre-moi tes bras, ces guirlandes de lys; Voilons sous les cheveux nos visages pâlis El mourons pour revivre.

Apres un tel outrage Je reviendrais! —Non, non! j'aurai plus de courage. J'ai dit aux passions que je les braverais Comme la chasseresse au milieu des Cori'ts.

Les dieux olympiens, un beau jour après boire, Nous oDt mis sur h terre, — une asseï vieille histoire. Les hommes sontdu moins dignes des grands parents; Hais les femmes, hélas 1 — Esclaves et tyrans, Fleurs dévie el de mort! — Trop tristes ou trop gaies! Ténèbres el rayons ! — impossibles el vraies ! — La pluie el le beau temps ! — le flux el le reflux ! — Les dieux quand ils onl fait les femmes, n'avaient plus Grand'chose dans les mnins.

Des perles recueillies n de Vénus au jour de ses folies.

Oui, mais ces perles-là nous viennent de la mer. Et les femmes auront toujours un goùl amer.

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