ACTE II
Tom à l'heure je tcuï m'embarquer pour Lcsbos ; Je prendrai vingt amants, lous jeunes el lous beaux, Jg me courooDerai soir et malin de roses Qu'effeuillera l'amour en ses métamorphoses.
sagesse d'aimer, pourquoi ne t'ai-je pas?
Pourquoi vers l'impossible encor porter mes pas?
Et pourtant je l'aimais comme h poésie ;
Ta bouche était pour moi la coupe d'ambroisie :
Na bouche furieuse ; burait sans remord.
Klle donne la vie et je donne la mort.
GBINNE.
Avant de me quitter pour ton cher esclavage.
Sur cette barque, ami, côtoyons le rivage
Et que la mer nous berce à nos derniers adieux :
Phaon, ta vague est douce et le ciel radieux.
Hier, tu te souviens de nos folles ivresses?
La mer, pour les amants, a d'étranges caresses;
Viens, le vent chante encor la chanson des amants.
Allons ! je vais toujours où vont tes yeux charmants. (BiniiE, i part, avec un accent ie totem jusque-li contenue Son, l'altière Sapho, la femme et la chimère.
SAPIIO.
a pas Phnon : la vag;ue amére Ui'i je vais l'enlrainer ^cra noire tombeau : Jusqu'au Tond des cnfurs, il la Tuirii, Sapho ' Je veux bien qu'il me quiltc et non qu'il la reprenne Pour se pilmer encor dans ses bras de syrcne. Non, j'aime mieui mourir avec lui vaillamment Que de penser qu'une autre a son amour cbarraant.
CréoD, i{ui est vfnd douccincnl, i cnLcndn Ifs derniers vers.
SCENK XI
CREON, EH1NHE.
Erinne, flUe chère à Vénus Aphrodite, Laisse, laisse Phaon à la Sapho maudite ; Oe n'est pas avec lui qu'il faut, sur les flots bleus, Chercher pour te bercer les chemins onduleux. Les Muses t'ont nann-ie au doux miel de l'Ilymctte, Les Heures du printemps ont couronné ta tète : Laisse à ces insensés cet amour ténébreux.
Pareils à des hiboux se déchirant entre eux.
Les cieux vont resplendir tout allumés d'étoiles El déjà le navire a déployé ses voiles ; L'oracle m'a prédit un bon vent pour Les bos. Partons et laissons l:i ces amants des tombeaux.
D«-,..r)l>,GOOglC
Mais j'aime CHuor Pliaon !
Phaon qui te dédaigne
Le [uir ! je aenu <lcjd mon pauvre «eur qui saigne ; Car c'est lui qui m'apprit l'amour.
Hymne charmant Qu'on clianle lous les jours et quel que soit l'amant. Si tu l'as oublié, je veux te le redire, Je veux faire vibrer ton cœur, celle autre lyre, Qui vaut mieux raille fois que celle de Sspho, Pauvre ioslrument brisé sous un dernier sanglot !
Railleur 1 Tu n'aimes pas et la main, familière A la coupe, est à peine une pauvre écoliére Pour faire résonner les cordes de mon cœur.
Tu ne me connus pas, sous mon masque moqueur ; Si tu vas consulter l'oracle à Sicyone, Sa voii te répondra que je me passionne Pour la vie en sa Heur, pour l'amour en son fruit. — Phaon nous surprendrait, éloignons- nous sans bruit
a le veDli que m'importe où j'arrive!
Tu trouveras toujours les amours sur la rive. Que t'importe le but, si le voyage est doux?
Voici l'heure d'aimer, Erinne, embarquons- nous. imnnE, alV^siée, se retournant vers le point où a disparnriiaDii
L'beure d'aimer? — Hélas ! je l'aime. Sa pensée Est vivante à jamais en mon Ame insensée.
Au moment de partir <^t de partir sans lui Je sens trop que j'emporte un élemel ennui.
Hais l'alticre Sapho l'a repris à ses cbaniies Et je me sacrifie en lui cachant mes larmes.
11 me croira partie heureuse avec Créon!
Adieu beau songe, adieu mon âme, adieu Phaoo. Crénn enlritne Erinne an port.