‹ Poésies complètes de Arsène HoussayeChapitre 92 sur 102 · LA JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

LA JEUNE FILLE

QUI SE NOUfifilT DE ROSES.

A Venise, dans un vieux palais visité par les Oots bleus de l'Adriatique, j'ai vu un (alileau représentant une jeune fille devant une table chargée de roses. Jamais plus idéale volupté ne m'élait apparue dans ce pays du Giorgione et du Tasse.

C'est le portrait de tiiacinla, peint par son amant

Muse voyageuse, qui va recueillant par le monde les larmes de la vie privée, raconte, sans prendre ta lyre, l'histoire du dernier souper de Gincinla.

a Voici l'histoire de Sehiavoni et de Glacinta. un pauvre peintre ol une belle fille.

a par être peintre d'enseignes. H étail

. (le boune liciire »

ne daigna lui sor-

njour qu'il allait, un marchand. Le

luche originale de ces Ions transpo-

là de quoi gagner

rès du campanile :

des cavalieni sabrant leurs ennemis; un cvêque qui assiste des pausres, un roi qui disiribue des récompenses à ses soldats.

u Hais, après quelques jours de reposa il retomba en pleine misère; il n 'aï ail travaillé que pour payer ses délies et passer'gaicment le carnaval. Il ne rencontra plus Titien, il n'osa plus aller à lui.

« Il se consolait dans l'amour d'une belle Glle qu'il avait vue un soir pleurant sur le Rialto. — Pourquoi pleurei-vous 7 — Mon père est embarqué et ma mère est morte. — Venei avec moi, car moi aussi je )ileure. pl comme vous je suis seul.

D,™),Prib,GOOglC

FltËSClUES ET BAS-RELIEFS. 215 CI Elle le ^ulvll Elle, lui iloniia sa beaulù . il lui ilunua son cœur Hais Dieu sans doute ne bùnit pas ces fiançailles

« Pourtant ils espérèrent. Lui, le grand peintre, il avait fait de son art un métier; il peignait des enseignes ou des copies. Ils hahilaicnt une petite maistm non loin des palais Barlurigo et Foscari. La nuit ils entendaient chanter les joies de la vie; ils ne pouvaient s'endormir, parce qu'ils avaient faim.

« (îiacista n'avait pas ùim pour elle, mais pour ses enlànls. Tous les ans, elle avait un enfant de plus, — et huit années déjà s'étaient écoulées depuis la rencontre sur le Rialto. — La Providence a de cruelles ironies.

« Les Pérès de Sainte-Croix vinrent un jour conimander une Visitation à Schiavoni : il se mit au travail, croyant que les mauvais jours allaient Dnir pour M chère Giacinta. Le tableau achevé, ce fut une tète dans l'église. Venise tout entière vint apporter des Heurs devant le madone.

a Le peintre demeura en l'église jusqu'à la nuit. Quand tous les fidèles se furent retirés, il s'approcha des Pères de Sainte-Croix, et leur demanda un peu d'argent. — Nous n'en avons pas; emportez des fleurs, rumme un tribut à voire génie.

POEMES ANTIQUES

VH

n Schiavoni saisil avec- désespoir deui bauquets de rnsej et s'enfull comme un fou.

triacinta était é sa rencontre avec ses huil petits enfants sur le seuil de la porte. —Des bouquets de roses! dit-elle avec son divin sourire.— Oui, voilà 'quelle est la monnaie des Pères de Sainte-l^roii ! dit Sclilavoni en jetant avec fureur les roses aux pieds de sa maîtresse.

a Elle pfllit et ramassa les roses. — Je vais servir le souper, dit-elle ; amuse un peu ces pauvres petits.

n Schiavoni appela les enfants dans son .itelier. Pauvre nichée an'amée qui criait misère par tous ses becs roses 1 Quand il reparut, la table était mise ; tons les enfants prirent leur place accoutumée.

n Dés que Schiovani se fut assis, Giacinta lui servit sur deux plats d'ctain les Iwuquets de roses effeuillées.

<t Ce fut le dernier souper de tiiacinta. e

EUTERPli.

J'avais |>ris le matin fusil el gibeuiûrc, El, bravant le soleil, les ronces, la poussiéi'e. Je courais le regain, le bois et le sentier, r(e m'arréttint qu'à peine aux sources Uu moustier. J'allais, avec ardeur, cepenJant que le lièvre Broiilail l'herbe emlMiumée à l'ombre du genièvre. Que le ramier dormait au Tond du vert berceau, Et que le daim jouait en buvant au ruissenu ; Voilà que tout « coup, au détour de la haie.

Je trouve sous un orme, où le bouvreuil s'égayc, Euterpe bu sein bruni, h musc du hautbois, Qui répand ses chansons par les jirés el les bois.

— Par Apollon, salut, Euterpe la rustique !

As-tu donc retrouvé la llùte poétique?

Vas-tu réveiller Pan qui dort dans les roseaux. Pour ouïr tes concerts avec les gais oiseaux?

— Depuis plus de mille ans que je suis exilée,

21« POEMES ANTIQUES

Poêle, nul encor, nul ne m'a consulée.

Un barbare a brisé la lyre d'Apollon ; J'ai vu se dépeupler tout le sacré vallon ; J'ai vu partir mes sœurs, ces urnes d'ambroisie Oii coubit tant d'amour et lanl de poésie.

Apres avoir longtemps pleuré sous les cyprès. Moi, je me suis enfuie à travers les forêts.

Avec le souvenir de nos divins rivages.

Quels siècles j'ai pas-fés dans les pays sauvnges. Ne trouvant pins d'échos & mes hymnes sacrés Quand avec le hautbois je chantais dans les prèï I ËnGn, je te surprends, à chasseur, â poète!

El ma lèvre frémit sur ma Dùle muette.

Réveillez-vous, nymphes des bois,

J'ai repris ma llûte d'ivoire 1

Naïades qui versez â boire Au chasseur triomphant comme au cerf aux abois;

Veneï, ô troupes boca gères,

Sourire à mea chansons légères ; Sylvains au pied fourchu, préparez vos hautbois

Et rèpôtei mes airs champêtres ;

Pour venir danser sous les hêtres.

Réveillez- vous, nymphes des boisi

L'Anrore matinale li l'Orient dénoue Sa chevelure d'or, qui lui voile la joue;

FRESQUES ET BAS-nELlEFS. 21 Apollon, dieu du jour, dont fumcpt tes autels. Viens sur (on char de Teu réjouir les mortels.

C'est la saison des fruits : fuyez, blondes abeilles, Ponionc eo vous chassant va remplir ses corbeilles ; Le [àucheur sur la gerbe enfin s'est assoupi ; Céràs a vu tomber jusqu'au dernier épi.

Bacchus s'est couronné d'une feuille d'acnnlhi' : II traverse ta vigne ou chante la bacchante ; il agite son thvrse orné de pampres verU, El contemple sa coupe où j'ai gravé des vers.

Et, pendant que Bacchus vient avec Ariane, Vénus va s'exiler. Tu triomphes, Diane !

Trompé par la beauté, l'Amour, l'aveugle enfant, T'a donné son carquois et son arc triomphant.

Tu vas poursuivre encore, en tunique flottante. Le cerf tout éploré, ta biche halelante ; Prends garde au souvenir de l'anioureui chasseur, Fière amante des bois, d'Apollon chaste sœur !

J'ai repris ma flûte d'ivoire ; Réveil lez- vous, nymphes des bois, Nniades qui versez A boire Au chasseur triomphant comme au cerf aux abois ; Venez, ô troupes bocagéres.

Sourire à mes chansons légères;

an POEMES ANTIQt'IiS.

Sylïflius au pied fourchu, prépare» vos haullois, El répétez mes airs chani)>£lreF:.

Pour veoir danser sous les hêlres.

It éveillez- vous, nymphes des, bois I

Les Heures, secouant les cyprès et les roses. Passent sans s'arrêter en leurs métamorphoses, lit déjà la Prélrcsse immole de ses mains Une blonde génisse au maître des humains.

Sur les prés du vsllou le troupeau se disperse, ' Le bœuf traine à pas lents la charrue et la herse ; Duns le sillon fumant le laboureur pieux Va fécoodanl Cybéle et rend grâces aux dieux.

mon maître, Apollon 1 Daphné la chasseresse Brave sous les lauriers ta divine caresso ; Mats, si tu viens prés d'elle en lui disant des vers. Elle ornera ton front de lauriers toujours verts.

Vénus, où donc es-tu ? les colombes sacrées .4ïec le char d'azur s'envolent effarée^, La déesse aux beaux yeux dout l'empire est si doux, Hessiigéres d'amour, où la conduisez-vous ?

Voilà qu'un cri de joie ouvre les bacchanales,

El déjà de Bacchiis les filles matinales

Se répandeut en chceur sur tes coteaux voisins.

Ceignant Icuc front de pampre et cueillant des raisius

D,™),Prib,GOOglC-

FRESQUES ET BAS-BELI liFS. 2

J'ai repris mo fiùie d'ivoire,

Ré veillez- vous, DymphM des bois I

Naïades qui versez à boire Au chasseur triomphaol comme au ccrr aui aliois ;

Venez, ô troupes bocagùres,

Sourire à mes chansons légères ; Sylvains au pied fourchu, préparez vos hauLbois,

El répétez mes airs champêtres.

Pour venir danser sous les hêtres,

Réveillez- vous, nymphes des biia !

Page 1