LA SOURCE
Elle se nummait Huera, la blonde el blanche GUe d'iliilirrlioé, reiue des nymphes de In mer. Son berceau, c'était la vague amoureuse, qui la portait sans seconsse jusqu'au rivage.
Quand le quinzième printemps vinl saluer son front sur la mer Ionienne, Jupiter descendit de l'Olympe ponr soulever sa tunique Qottante.
Elle vint sur le rivage secouer sur le sable les perles de ses pieds d'ai^cnl. Jupiter, sous la figure d'un jeune mortel,' s 'agenouilla ponr baiser le sable frémissnnt tout Uiigiié de rosée.
Hais Hœra, indignée d'êlre surprise, s'enveloppa dans sa virginité et se précipita dans la mer. Jupiter la suivit comme un nuage sur l'eau : — » Je suis le roi des dieux. L'Olympe est mon Irone, le monde est
POEMES ASTIQUES. 251
mon royniime. Je vis d'ambroisie al d'anioiir. Ilëlii' iite verse l'ambroUie dans une coupe d'or ; Mrera me ïcrsern l'amour par une bouche Je rose. »
Hnis Mœra fuyait toujours. Quand Jupiter la voulait saisir, elle lui versait d'une maiu outragée l'onde
En vain le roi des dieux lui parle avec passion du bois nacré de l'Ida, où les nymphes chantent les joies amoureuses, au baltenient d'ailes des blanches colombes de Vénus. •
Quand Jupiter au front majestueux n'aime pas, il se venge. Il saisit avec violence Mœni aux pieds d'argent, et l'emporte dans le vol d'un aigle nu sommet du mojil Ida, que couronne la neige aimée de Diane.
« Puisque ce beau sein couvre un cicur de marbre, lui dit Jupiter en courroux, je te condamne a vivre éternellement dans cette neige , moins glaciale que
is roijnipe, tout radieux de vengeance. Mœra pleura sa-mcre et ses compagnes de In mer Ionienne. Peu à peu elle s'enfonça dans la neige, comme dans une robe immaculée, avec un frcmissemenl de joie et de pudeur.
MaJK peu il peu la neige fondit et coula de ses chc-
2S2 POEMES ANTIQUES
veux épars, iJi> son nem .irrondi, de ses hanches savoureuses.
Zéphire vint li elle, et sema sur la route la rose aiiv vertes épines, la violette au lioiii parfum, l'hyadntlic aux fraiches couleurs, le narcisse qui se regarde dans
Comme dans le bois sacré ou Diane se liaigne avec mystère sous les sombres arcades, des branches ténébreuses s"élevèrenl au-dessus d'elle. Jamais retraite aiméftdes nymphes botagére s ne fut plus fraîche et plus odorante.
Diane et le chœur des chasseresses s'y vinrent rafraîchir après la course matinale. Diane baisa d'un chaste baiser le front rêveur de la Sourée.
Tous les bei^ers qui conduisent leurs génisses enjouées au pied du mont vinrent pieusement à la Source avec leurs cnichiss de grès. Hœra leur versait l'eau la plus pure qui ait coufé sur la terre.
Et, tout en emplissant leOrs cruches, elle leur chantait son hymne par la voii poéliqne des flots et des
a N'aimez pas, bergers du mont Ida. L'amour est
c folie furieuse qui nous égare jusqu'aux ténèbres s hèles féroces.
D,™),Prib,GOOglC