‹ Poésies complètes de Charles d'Orléans, revues sur les manuscrits avec préface, notes et glossaireChapitre 167 sur 272 · RONDEAU CLI · texte numérisé non relu

RONDEAU CLI

Envoyez nous ung doulx regart Qui nous conduie jusqu'à Blois.

Nous le vous rendrons quelque fois, Quoy que l'atente nous soit tart.

Puis qu'en emportez l'estandart De la Doulceur, que bien congnois, Envoyez nous ung doulx regart Qui nous conduie jusqu'à Blois.

Et pry Dieu que toutes vous gart, Et vous doint bons jours, ans et mois, A voz désirs, vouloirs et chois ; Acquittez vous de vostre part :

Envoyez nous ung doulx regart.

Par le comte de Nevers.

En la forest de Longue Attente, Mainte personne bien joyeuse S'est trouvée moult doloreuse.

Triste, marrie et bien dolente.

D'y estre, nul ne s' entaient e ; La demeure est trop ennuyeuse, En la forest de Longue Attente, Mainte personne bien joyeuse.

Chascun qui pourra, s'en abscente.

Car l'entrée en est périlleuse, Et l'issue fort dangereuse; Pas, de cent, ung ne se contente En la forest de Longue Attente.

RONDEAU CLIL

Par le duc d'Orldans.

En la forcst de Longue Attente, Par vent de Fortune Dolente, Tant y voy abatu de bois Que, sur ma foy, je n'y congnois A présent ne voye, ne sente.

Pieçà, y pris joyeuse rente, Jeunesse la payoit contente.

Or n'y ay qui vaille une nois, En la forest de Longue Attente, Par vent de Fortune Dolente, Tant y voy abatu de bois !

Vieillesse dit, qui me tourmente î Pour toy n'y a pesson, ne vente, Gomme tu as eu autreffoiz; Passez sont tes jours, ans et mois; Souffize toy et te contente, En la forest de Longue Attente.

Par madame d'Orléans.

En la forest de Longue Attente, Entrée suis en une sente, Dont oster je ne puis mon cueur, Pourquoy je vi^ en grant langueur Par Fortune qui me tourmente.

Souvent Espoir chascun contente.

RONDEAUX. l65

Excepté moi, povre dolente.

Qui, niiyt et jour, suis en doleur ; En laforest de Longue Attente, Entrée suis en une sente Dont osterje ne puis mon ciieur.

Ay je donc tort se me garmente Plus que nulle qui soit vivente?

Par Dieu, nennil, veu mon maleur; Car, ainsi m'aist mon Créateur Qii'il n'est paine que je ne sente En laforest de Longue Attente.

Par Frédet.

En la for est de Longue Attente, Des brigans de Soussi bien trente Helas! ont pris mon povre cueur ; Et Dieu scet se c'est grant orreur De veoir comment on le tourmente.

Priant vostre aide, se lamente Pource que chascun d'eulx se vente Qu'il^ le merront à leur Seigneur.

En laforest de Longue Attente, Des brigans de Soussi bien trente, Helas! ont pris mon povre cueur.

Et pource, à vous il s'en garmente. Car il voit bien qu'ilcf ont entente De lui faire tant rigueur Qu'il ne sera mal, ne doleur, Se n'y pourvoye:[, qu'il ne sente En la forest de Longue Attente.

l66 CHARLES d'ORLÉANS.

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