‹ Poésies complètes de Charles d'Orléans, revues sur les manuscrits avec préface, notes et glossaireChapitre 168 sur 272 · RONDEAU CLIII · texte numérisé non relu

RONDEAU CLIII

Réponse du duc d'Orléans.

En la forest de Longue Attente, Forvoyc de joyeuse sente Parla guide Dure Rigueur, A esté robbé vostre cueur, Comme j'entens, dont se lamente.

Par Dieu! j'en congnois plus de trente Qui, chascun d'eulx, sans que s'en vente, Est vestu de vostre couleur, En la tbrest de Longue Attente, Forvoyé de joyeuse sente.

Et en briefz motz, sans que vous mente, Soiez seur que je me contente, Pour allegier vostre douleur, De traitter avec le seigneur Qui les brigans soustient et hente En la torest de Longue Attente.

Par messire Philippe Pot.

En la forest de Longue Attente Où mainte personne est dolente, Espoir me promist de donner, Se bien vouloye cheminer, Ce qui tous amoureux contente.

Tay tout mis, cueiir, corps et entente A traverser chemin et sente Pour cuider ce grant bien trouver ; En la forest de Longue Attente Oii mainte personne est dolente, Espoir ?ne promist de donner.

Mais d'une chose je me vente Que fay eu tous les jours de rente, Pour ma queste parachever, Paine et Ennuy, sans conquester Riens, si non Dueil qui me tourmente, En la forest de Longue Attente.

Par Antoine de Lussay.

En la forest de Longue Attente Oii les contentés Dieu contente, Je vous asseure, sur ma foy, Que je n'y ay eu, tant soit poy, Joye, ne bien dont je me sente.

Pense^ se ma vie est dolente, Veu, qu'ainsi soit, je me garmenîe Et que nul bien n'y a pour moi En la forest de Longue Attente OU. les contentés Dieu contente.

Au fort, d'une chose me vante.

Se je ne faulx en mon entente.

Ou se la mort brief ne reçoy.

Que je y auray, save:^ vous quoyf Aucun plaisir qui vauldra rente.

En la forest de Longue Attente.

l68 CHAULES d'oRLÉANS.

Par Guiot Pot.

En laforest de Longue Attente, Jà pieçà, fus en une sente, Là oUj'ay esgaré mon cueur, Mais y souffrit tant de douleurs Que tousjours convient que s'en sente.

Depuis, tousjours tant fort lamente.

Par Fortune qui le tourmente.

Qu'il fault qu'il vive en grant langueur. En laforest de Longue Attente, Ja pieçà, fus en une sente.

Mais, s'il eschappe, bien se vente Qu'il gardera qu'on ne le tente Par Beau Parler, ne par Rigueur; Car chascun se doit tenir seur Que l'on fault bien à son entente En laforest de Longue Attente.

Par Gilles des Ormes.

En la for est de Longue Attente, Mon povre cueur tant se garmente D'en saillir par aucune voye.

Qu'il ne lui semble pas qu'il voye Jamais la fin de son entente.

RONDEAUX. l6g

Deconfort le tient en sa tente, Qui par telle façon le tente Qiie j'ay paour qu'il ne le forvoye, En laforest de Longue Attente.

Espoir en riens ne le contente, Comme il souloit, pour quoy dolente Sera ma vie, oii que je soye, Et si auray, en lieu de joye, Dueil et Soussi tousjours de rente.

En laforest de Longue Attente.

Par Jacques bâtard de la Trémoille

En laforest de Longue Attente J'ay couru, l'année présente, Tant que la saison a duré.

Mais j'ay esté plus maleuré Qiie homme qui vive, je m'en vente.

La haye fut garnie de tente, Et fis ma queste belle et gente, Suivant les chiens, Je m'esgare En la for est de Longue Attente ; J'ay couru, l'année présente.

Tant que la saison a duré.

Je cours, je corne, je tourmente ; En traversant, sans trouver sente, Me trouvay tresfort enserré, Tout seul presque désespéré; Cuiday mourir des foi^ soixante.

En laforest de Longue Attente.

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