RONDEAU CLVIII
Se vous voulez m'amour avoir A tousjours mais, sans départir, Pensez de faire mon plaisir, Et jamais ne me décevoir.
Bientost sauray apparcevoir, Au paraler, vostre désir, Se vous voulez m'amour avoir A tousjours mais, sans départir.
Assez biens povez recevoir, S'en vous ne tient; sans y faillir.
Vous estes près d'y avenir.
Faisant vers moy léal devoir, Se vous voulez m'amour avoir.
Maudit soit mon cueur, se j'en mens!
Quant à mon lesir estre puis Et avecques Pensée suis.
En mes maulx prens alegemens.
Car Soussy plain d'encombremens Boutons hors et lui fermons l'uis!
Maudit soit mon cueur, se j'en mens!
Quant à mon lesir estre puis.
Assez y trouve esbatement, Lors lui dy : Ma maistresse, et puis Serons nous ainsi jours et nuis ?
G'y donne mes consentemens, Maudit soit mon cueur, se j'en mens !
(Par Fredet.)
Tattens l'aitmosne de Doiilceur, Par l'aumosnier de Doulx Regart ; Espoir m'a promis de sa part Qu'il me fera toute faveur .
En espérant que ma langueur Cessera, qui tant tnon cueur art, J'attens l'aumosne de Doulceur, Par l'aumosnier de Doulx Regart.
Car, comme léal serviteur, J'ay servy tousjours main et tart; Pensant qu'Amours aura regart Qiielquefoi-j à ma grant douleur, J'attens l'aumosne de Doulceur.
Par l'aumosnier, Plaisant Regart, Donnez l'aumosne de Doulceur A ce povre malade cueur Du feu d'Amours, dont Dieu nous gart.
Nuit et jour, sans cesser, il art; Secourez le, pour vostre honneur ;
174 CHARLES d'oRLÉANS.
Par î'aumosnier, Plaisant Regart, Donnez l'aumosne de Doulceur.
S'il vous plaisoit, de vostre part, Prier Amours qu'en sa langueur, Pourvoyent, à vostre faveur, Aidié sera plus tost que tart, Par l'aumosiiier, Plaisant Regart.
En la querelle de Plaisance, J'ay veu le rencontre des yeulx Qui estoient, ainsi m'aid Dieux, Tous prestz de combatre à oultrance.
Rangez par si belle ordonnance Qu'on ne sauroit deviser mieulx, En la querelle de Plaisance, J'ay veu le rencontre des yeulx.
S'Amours n'y mettent pourvéance, De pieçà je les congnois tieulx Qu'au derrenier, jeunes ou vieulx.
Mourront tous, par leur grant vaillance, En la querelle de Plaisance.
De la maladie des yeulx Feruz de pouldre de Plaisir, Par le vent d'Amoureux Désir, Est fort à guérir, se m'aid Dieux.
Toutes gens, et jeunes, et vieulx, S'en scevent bien à quoy tenir
De la maladie des yeulx Feruz de pouldre de Plaisir.
Je n'y congnois remèdes tieulx Que hors de presse soy tenir Et la compaignie fuir; Qui plus en saura, die mieulx De la maladie des yeulx.