‹ Poésies complètes de Charles d'Orléans, revues sur les manuscrits avec préface, notes et glossaireChapitre 25 sur 272 · FREDET AU DUC D ORLEANS · texte numérisé non relu

FREDET AU DUC D ORLEANS

Monsei faneur, j'aj' de vous receu Et aussi de mot à mot leu Une lettre qu'il vous a pieu Moy rescripre, touchant mon fait, Par laquelle fay apperceu Le bon vouloir qu'ave'^ eu Vers moy tousjours, qui n'est pas peu, Dont tout mon dueilave:; dej'ait.

Et oultre plus, comme fay veu, Ave:; voulu que fay e sceu, De quoy il ne m'a point desplcu, Ce qui tant vous grief ve, ou refait.

Sur quoy, de vous obéir meu, Non pas ainsi comme il est deu, Mais du tout au mieulx que fay peu, Mon conseil tel quel vous ait fait :

Vous plaigniez de la rigueur Et aigreur, Que vous fait, par sa fureur Et chx-leur.

COMPLAINTES. l83

Celluy que nomme^ Soiissy, Qui sans cause et sans couleur

Et langueur, Par son ennuyeux labeur

Et maleur, Vous tourmente sans mercy ; Dont par force de douleur

Vostre cueur Est noyé par grant langueur.

Tout en pleur.

Et souvent devient iransy.

Puis racoulej, Monrcigneur,

Quel doulceur, Nonchaloir, par son bon eur

Et valeur, Se offre vous faire aussi.

De Soussy vous vueil escripre :

C'est ung tresmerveilleux sire,

Etfault dire Que cellui n'a pas couraige

D'omme saige, Qui veult qu'avec lui demeure.

Car il ne sert que de nuyre.

Et ne pense, ne désire

Qu'à destruire.

Et fait à cliascun dommaige

Et oultraige.

Ne lui chault qui vive ou meure.

Et fut il seigneur d'empire, Ou qui que soit, tout fait frire

Et martire; Tant qu'il est en son servaige,

Avantaige N'a nul, je le vous asseure.

Mille maulx, tous d'une tire,

IbO CHARLES D ORLEANS.

Ne lin pevent trop suffire ;

Il n'est pire, Tant fait de tourmenter rage,

Et enrage Qu'à son gré tout ne demeure.

Soussy toit d'estre joyeulx, Et fait merencolieiix

Par tous lieux, Et bien souvent furieux, Tous ceulx oii il a puissance ; Par lui les biens gracieux Deviennent mal gracieux ;

Jeunes, vieux.

Tout fait trouver ennuy^eux A qui plaist son accointauce, Puis, par sa grande savance,

Il avance Autour d'eulx Désespérance Qiii,par ses di^ ennuyeux, Et ses fat j malicieux

Et criieux, Les met en ceste créance Que jamais il:^ n'auront mieulx.

Lors sont à tel desplaisance Que plus seroit leur plaisance,

Sans doubtance, Brief mourir qu'estre mais tieulx.

Se les maulx compter vouloye, Et la puissance en avoye.

Que Soussy vous feroit bien!

Mais à quoy l entreprendroye ?

Car certes je ne sauroye D'un an vous dire combien.

Et pource, à tant e m'en lien.

Et maintenant je revien.

Pour faire vostre vouloir, A parler, se j'en sçay rien, Du grant aise, du haiilt bien.

Lequel donne Nonchaloir.

Qiti à Nonchaloir s'adresse.

Et tout, pour estre sien, lesse Et delesse,

En léesse, Sans que jamais mal le blesse, Pourra sa vie passer.

Dueil, Courroux, Soussy, Aspresse, Et tous ceulx de leur promesse,

Soit Tristesse,

Ou Destresse,

Ou Rudesse, Qui de mains grever ne cesse.

Tous les fait avant passer.

Contre lui n'ont hardiesse; Il les vaint, par sa sagesse,

Et abesse

Leur duresse,

Leur haultesse. Nul ose lui faire presse, N'encontre lui s'amasser.

Car il maine Joye en lesse.

Qui le deffent d'eulx sans cesse

Par prouesse.

Or donc qu'esse?

Est il au monde richesse Qui sceust un g tel bien passer?

De lui vient Plaisante Vie

Qui des vie Dueil, Soussy, de toute place; De repos Aise assouvie.

Sans envie

îfSO CHARLES D ORLEANS.

De bien qu'à autruy se face.

Les autres bonnes efface,

Et defface.

Tout est en Joye ravye, Tout fait a joyeuse face,

Dont la f^race De vous a bien dascnye.

Nonchaloir, de sa nature.

Lui soit fortune ou non, dure ; L'un et l'autre tout endure , Et prent en gré ïavanture, Car il ne tient d'ame coûte.

Joye, dueil, paix ou murmure, Gangner, perdre sans mesure.

Soit à tort, ou par droicture, Tout lui est ung, je vous jure Ne lui chault s'il besse ou monte.

Ou se moindre le surmonte ; D un chascun à son gré compte ; De quanque lui vient n'a honte, Soit bien ou mal, rien n'en compte. A tout faire s'avanture; Autant lui est Roi que Conte, La cause est, comme il ra onte, Car à nulluy ne rent compte.

Et pource, la fin de conte.

Tous] ours sa vie en paix dure.

Pourquoy, servir je vous conseille De nostre maistre Nonchaloir ; Et bannisse:^, vueille ou non vueille, Soucy., sans plus vous en chiloir; De lui mieulx ne pove^ valoir, I^Iais soit hors de vostre mémoire ; Qui demande conseil doit croire.

Je vous supply qu'il vous suffise.

Et aussi il ne vous desplaise,

D'une question qu'ay cy mise,

D'un mien amy très en malaise.

Dont, Monseigneur (mais qu'il vous plaise),

Vcstre conseil avoir m'en fault ;

L'advis de deux mieulx que d'un vault.

Cellui que dy est si espris D'une tant belle, bonne Dame, Qu'il ne pourrait estre repris Tellement si tresfort il ame; Mais espoir n'a point, sur mon ame, D'avoir jamais d'elle secours; Pas n'est en paix qui sert amours.

Que autre Dame, se lui semble, Qui n'a point de meilleur vivant, Par le bien qu'en elle s'assemble.

Le vouldroit bien pour son servant; Non pourtant il mourrait avant Que son cueur se peust sien clamer ; Par force l'en ne peut amer.

Et pource, maintenant demande Qui lui sera moins chose forte, Celle amer qu Amours lui commande, Oii toute s espérance est morte.

Ou l'autre, combien qu'il rapporte Qu'amer ne la peut, ne désire^ De deulx maulx on prent le moins pire.

Vee^ là de mon amy le cas.

Auquel fauldroye bien envis ; Mais conseiller ne le puis pas, Sans en avoir de vous l'advis.

Fait en soit à votre devis.

Monseigneur, car c'est bien raison.

Et à tant fine ma raison.

JQO CHARLES D ORLEANS.

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