‹ Poésies completes de Émile de GirardinChapitre 25 sur 82 · SUR LA MOUT DU GENERAL KO Y · texte numérisé non relu

SUR LA MOUT DU GENERAL KO Y

Pleurez, Français, pleurez ! la patrie est eu deuil: Pleurez le défenseur que la mort vous enlève ; i'^t vous, nobles guerriers, siu' son uiuet cercueil Disputez-vous l'honneur de déposer son glaive!

Vous ne l'entendrez plus, l'orateur redouté Dont l'injure jamais ne souilla l'éloquence ; Celui qui, de nos rois respectant la puissance. En fidèle sujet parla de liberté .

Le ciel , lui décernant la sainte récompense , A commencé trop tôt son immortalité !

Son bras libéiateur dans la tombe est esclave; Son front pur s'est glacé sous le laurier vainqueur, Et ce signe sacré, cette étoile du brave, Ne sent plus palpiter son cœur.

Hier, quand de ses jours la source fut tarie, La France, en le voyant sur sa couche étendu, Implorait un accent de cette voix chérie... Hélas ! au cri plaintif jeté par la patrie C'est la premièie fois qu'il n'a pas répondu !

21» iii)vcilil)|-f 18i3.

On lui dcmauda pourquoi, pendiint In rérciuonie du sacre, elle se liiil près de l'autel, portant son étendard. Jeanne d'Arc répondit : Il avait été à la peine, c'était lueii raison qu'il fût à riionneur.

(Ext. (lu procès de Jeanne tl' Arc.)

Sous les verts peupliers -qui bordent nos ])i-airi('S , Hier j'avais porté mes vagues rêveries; .î'éioutais l'onde fuir à travers les roseaux ; Kt debout, effeuillant l'églantier du rivage, .l'attachais mes regards sur le cristal des eaux Qui du ciel étoile réfléchissait l'image. La nuit sur le vallon répandait sa fraîcheur; Et les vapeurs du lac dont j'étais entourée , D'un nuage céleste égalant la blancheur, Semblaient unir la terre à la voi'ite aziiiéc.

I<)2 POESIKS.

Mais soudain quel prestige a troublé mes esprits'... Le lac s'est éulaiié d'une llauime inconnue; Tremblante, je m'approche, et mes regards surpris Dans l'eau qui la répète ont \u s'ouvrir la nue 1 Sur un nuage d'or une femme apparaît.... Son sein était couvert d'une robe éclatante; Du bandeau virginal sa tète se parait, Et son bras agitait la bannière llottante. Sur son front, dégagé du panache vainqucui, Des lauriers lumineux formaient une auréole; Alors un saint elfroi venant saisir mon cœur, A genoux j'écoutai sa divine parole.

<' Lève-toi, me dit-elle, et reconnais en moi » La vierge des combats, le Sauveur de son lîoi ; » Celle qui déserta sa tranquille chaumière » Pour .suivre de l'honneur le périlleux chemin ; >' Celle qui délivra la France prisonnière, » Et qui porte encor dans sa main )) Et sa houlette et sa bannière.

» Victime d'un arrêt dont le monde a frémi , » On conjura ma mort dans le can)p ennemi ; » Mais la giàce de Dieu sur moi daigna descendre » De mon brûlant tombeau je secouai la cendre; » Avec l'oiseau divin, m'élevant dans les airs ',

I, .leanne d'.\rc fut hrûlpc toulc vive le .'JO niiii iVH), dans le vieux iiiaiclie lie Koueii. On dit que son cœur se trouva tout entier dans les cendres, et qu'on vil s'enNolei' du iiiilieii (Us llnnimes une colombe bliindie, inariinc de son iinioceure el de sa pui'elé. \l)ict. île nioreii.)

J'allai joiiulie ma voix aux célestes concerts;

Et dès lors m'adoptant comme une sœur chérie,

Les anges m'ont nommée Ange de la Patrie.

J'apparais aux martyrs à l'heure des tourments,

Et des rois que Dieu fait je reçois les serments ;

Dans un rê\e, aux guerriers j'apporte l'espérance;

Ma gloire piésidait à vos exploits lointains ;

Et souvent mon regard, fidèle à vos destins,

Dans ses jours de bonheur, de crainte et de souffrance,

Se détourna des cieux pour veiller sur la France.

Cette nuit, du soleil devançant la clarté, Je dirigeai mon vol vers l'antique cité Que mon hras préserva de la chaîne étrangère, Et j'entrai dans ce temple à jamais glorieux ■ Oii l'on vit autrefois un roi victorieux « Couronné par une bergère.

' C'était la même fête , et l'écho de ces lieux

> Retentissait encor des mêmes cris joyeux.

' Des femmes et des fleurs ornaient l'auguste enceinte; On voyait, sous la croix, l'écharpe d'hyacinthe, Le sceptre, la couronne et les éperons d'or; Des présents de Clovis découvrant le trésor. Le pontife sacré préparait l'huile sainte. Tandis que, s'avançant d'un pas religieux. Les lévites, au bruit des chants harmonieux. Répandaient de l'encens l'odorante fumée , J'allai prendre à l'autel ma place accoutumée. Debout sur les degrés, invisible au regard,

I9i POÉSIES.

» Et toiijonis des liéios la fidèle compagne , » Je déployai mon étendard » Sur le glaive de Chariemagne !

Le Roi parut alors , et mon cœur attendri , Quand le peuple enivré cria son nom chéri , Se rappela le jour où , dans ce temple même , Un autre Charle aussi reçut le diadème. Celui-ci , plus heureux , voyait auprès de lui Ce prince qui du tiône est l'espoir et l'appui. Dignes représentants de sa toute-puissance, J'aperçus ces guerriers fameux par tant d'exi)kiits; Et, pleine de respect et de reconnaissance. Mon âme, qui d'Agnès avait béni l'absence, » N'osa plus regietter Dunois.

)' Mais silence! on s'incline et l'Évangile s'ouvre;

" Des vêtements sacrés le pontife se couvre.

1) Le Monarque , saisi d'un saint recueillement ,

)' Va sous le dais royal prononcer le serment.

» Ses yeux sont animés d'une céleste flamme,

» L'esprit du Dieu vivant s'empare de son âme ,

» Sa pieuse assurance est garant de sa foi ;

» Et l'accent inspiré de cette voix sonore

» Semble, aux Français émus, annoncer plus encore

i> La promesse de Dieu que le serment d'mi roi .

» Devant les envoyés des princes de la terre ,

» Sous les yeux des prélats témoins de sa ferveur,

» Sur l'antique débris de la croix du Snuveui,

LA VISKKN. l<):->

I Par le livre de Dieu, gardien du saint mystère,

■ Charles-D[x a juré de maintenir ces lois,

■ Héritage sacré du plus sage des rois.

' Protecteur de la France et ciirétieime et guerrière, ' A la même justice il soumet tous les rangs ,

» Et laisse aux cultes différents

» La liberté de la prière.

Il jure encore , au nom de la Divinité , D'affranchir ses sujets des partis et des haines, Ainsi qu'il a déjà délivré de leurs chaînes " L'Éloquence et la Vérité.

En écoutant ce vœu le peuple se rassure :

11 se fie au serment d'un monarque loyal ;

Car il sait que jamais la honte du parjure

N'a fait rougir son front sous le bandeau royal.

Tout malheur doit finir quand son règne commence;

Et ceux qu'afflige encore un destin rigoureux

Ont le droit d'espérer que son cœur généreux

En jurant la justice a rêvé la clémence !

Mais la foule déjà franchissait les parvis; Déchiré par ses mains, le voile crie et tombe : Le Monarque apparaît à tous les yeux ravis, Et sur son front sacré vient planer la colombe.

Toi dont le cœur s'oublie en rêves de bonheur. Sors du vague repos où ta lyre sommeille : De célébrer ce jour je te garde l'honneur;

» Pour chanter ton pays Jeanne d'Aiîc te réveille ! » J'apparais à tes yeux loin du monde et du bruit, » Sur les bords ignorés de ton humble réduit, ■ Comme un soir, au retour de ma course lointaine, » La Vierge m'apparut à l'heure du repos , » Auprès de la sainte fontaine » Où j'avais conduit mes troupeaux.

» Je \iens te révéler le sort que Dieu t'apprête ; » Si sa loi te condamne à des jours orageux , » A la foudre réponds par des chants courageux ; » H te voue à la gloire en te créant poète » Des princes que le ciel appelle à gouverner >. Honore les vertus sans flatter leur puissance ; » Surprends ceux dont la main se cache pour donner, " Dénonce leurs bienfaits à la reconnaissance; » Mais si quelques flatteurs, esclaves du pouvoir, » Voulaient d'un roi pieux égarer la justice, » Ose élever contre eux ta voix encor novice , '1 Et que la vérité soit ton premier devoir. » Éclairer son pays, c'est aussi le défendre; » Dis au peuple français ce qu'il a droit d'attendre » Du serment prononcé dans ce jour glorieux ; >• D'un Monarque chéri dis les dons précieux , » Ces lois, ferme soutien du sceptre héréditaire ; » Son serinent solennel va l'apjjrendre à la terre, » Je vais l'inscrire dans les cieux ! »

Elle dit, et bientôt d'un nuage voilée Jkanne d'Akc disparut sur la route étoilée

Je restai seule, en proie à mes nouveaux transpoils ; Un céleste pouvoir secondait mes efforts; Le Seigneur m'inspirait; sa divine lumière Embrasait de ses feux mon âme tout entière, Et déjà l'avenir était changé pour moi ; Mes yeux entrevoyaient la gloire sans effroi ; IJ'un orgueil inconnu je me sentais saisie; Guide-moi, m'écriai-je , ô toi qui m'as choisie; Protège de mon cœur la pure ambition ; Je jure d'accomplir ta sainte mission ; l'aile aura tous mes vœux , cette France adorée ! A chanter ses destins ma vie est consacrée; Dussé-je être pour elle immolée à mon tour, l'ière d'un si beau sort , dussé-je voir un jour Contre mes vers pieux s'armer la calomnie; Dût, comme tes hauts faits, ma gloire être punie, Je chanterais encor sur mon brûlant tombeau 1 Oui, de la vérité rallumant le flambeau. J'enflammerai les cœurs de mon noble délire; On verra l'imposteur trembler devant ma lyre; L'opprimé, qu'oubliait la justice des lois, Viendra me réclamer pour défendre ses droits ; Le héros, me cherchant au jour de sa victoire, Si je ne l'ai chanté doutera de sa gloire; Les autels retiendront mes cantiques sacrés, Et fiers, après ma mort, de mes chants inspirés, Les Français, me pleurant comme une sœur chérie. M'appelleront un jour Muse de la patrie!

Villiers-sui-Orjie, 3(1 iniii 18'i.i

LA QLEIE

Ai: l'AOFIT DES (iUKCS.

Français, dont les beaux jours s'écoulent dans les fêtes O vous qui dans le port oubliez les tempêtes, Aux nobles lils des Grecs faites la charité : Donnez-leur un peu d'or pour acheter des armes, Et secourez enfin dans leurs longues alarmes Les Martyrs de la Croix et de la FJberté.

Au sein des voluptés, toi dont le cœur sounneilic Toi qui, joyeux encor des plaisirs de la veille, Rêves si vivement à ceux du lendemain , De ce réseau tissu par une blanche main , Où l'on voit s'enlacer et la perle et la soie, De ce réseau d'a/.nr daif?ne entr'oiivhr l'acier;

LA QUÊTE Ai: PROl'lT DES GKECS. l'J!)

Pour ces infortunés sacrifie avec joie

Li'spoir d'une [laïuie ou le prix d'un coursier.

Vois Athènes mourante et sa gloire flétrie ,

Et souviens-toi, pour être généreux, Que ce champ dévasté, ce pays inaiiieureux , D'Alcibiade est la patrie !

Orgueilleux descendants de ces preux chevaliers Qui , fiers de conquérir la sainte Palestine , Ont brisé le Croissant sur la Tombe divine, Détachez des vieux murs leurs pesants boucliers, Leurs vêtements d'airain et ces longs cimeterres. De votre antique honneur témoins héréditaires; Envoyez ces secours à ces guerriers pieux Dont le saint dévoûment rappelle vos aïeux. Et vous, qui rayonnez d'une splendeur nouvelle. Qui dans l'Europe entière avez porté nos lois, Soldats de la Patrie, ô vous dont les exploits Ont acquis à la France une palme immortelle. Pour ce peuple opprimé sortez de leur re|)os Vos trésors belliqueux, vos casques, vos drapeaux ; Lavez vos fers vainqueurs de leur rouille sanglante; Prêtez aux fils des Grecs votre armure brillante ; Qu'elle soit pour leur cause un gage de bonheur : De porter votre glaive ils méritent l'honneur. Mais ce n'est point assez; pour finir leur souffrance, Par un plus grand effort liàtez leur délivrance;

Partez, et qu'un de vous vole les secourir. Un seul Français peut les rendre à la gloire ;

Qu'il leur enseigne la victoire,

Ils ne savent plus que mourir!

Qu'il commande; à sa voix tout leur sera facile; Sous ses coups ils verront expirer leurs bourreaux. Les Grecs, pour triompher, n'attendent qu'un héros; Pour abattre Ilion ils n'attendaient qu'Achille !

Les Vierges du Pirée à tes soins ont recours , Jeune fille élevée au milieu des ricliesses : Pour elles de ton père obtiens quelques secours

Par la ruse de tes caresses.

Écoute, et sur leur soit tu verseras des pleurs :

L'aurore se levait, Atliène abandonnée Semblait à ses beaux jours un instant ramenée , Et les vieux monuments, rajeunis sous les fleurs, De la belle Charis annonçaient l'hyménée. Admirant sa candeur et ses regards si doux , Chacun la bénissait, et la foule attendrie Pour la félicité des deux jeunes époux Près du temple profane allait prier M.iiRie. Les lauriers du Cépbise ornaient l'autel chrétien ; L'écho du Parthénon disait un saint cantique, Et le dernier débris d'inie colonne anti(pic A la croix servait de soutien.

LA QUfiTK AU PHOIIT DKS (IRECS. 201

Autour du (•nicifix on se range en silence. Alors le saint pontife à l'époux dit ces mots : « Reçois, jeune guerrier, le prix de ta vaillance; l » Mais dans tes doux liens songe à venger nos maux , » Veille sur ces remparts que menace la flamme : » Pour défendre son Dieu la Grèce te réclame... » Comme il parlait encor, de lamentables cris Ont jeté la terreur dans l'enceinte sacrée . Les soldats de l'imiiie en assiègent l'entrée , Et déjà du portique ils foulent les débris. Atteint d'un coup fatal, le pontife cliancelle; Sur l'autel du vrai Dieu le sang chrétien ruisselle; Ciiaris, les yeux en pleurs et le sein palpitant, Par l'Ottoman vainqueur se voyant poursuivie , Songeait à son époux et regrettait la vie. Et lui, pour la sauver, mourait en combattant. En vain, dans son espoir, elle priait encore; Un soldat, plein de rage et de sang abreuvé. S'apprête à la frapper; en vain Charis l'implore : C'en est fait, sur son cœur le poignard est levé. " Arrête, malheureux! dit une voix cruelle; » Pour l'immoler elle est trop belle!

» Sauve-la! Le Sultan, de ses charmes épris, !' Bientôt de ta pitié t'accordera le prix. » Mais, du monstre abhorrant la pitié criminelle, La vierge se saisit du poignard menaçant, Et le voile d'hymen est baigné de son sang : Elle aima mieux mourir que de vivre infidèle.

Toi que de l'Iivménée attendent les douceurs,

■.M)2 l'OKSIES

Partes bienfaits, d'Atliène arme les déteiisciiis, Admire de Cliaris le vertueux courage, £t de la mort qui suit l'outrage Préserve au moins ses jeunes sœurs.

Pontifes bienfaisants, protecteurs de l'Église,

Vous qui (levez aux rois l'exemple des vertus,

Servez de ces chrétiens la pieuse entreprise ,

Raffermissez la foi dans leurs cœurs abattus.

Ne vous souvient-il pas de ces saintes victimes

Qui. chassant les faux dieux de leurs autels liim;mts,

Pour convertir les Grecs mouraient dans les tourments?

Ah ! perdrez-vous le fruit de tant de morts sublimes?

Les (ils de Mabomet seront-ils triomphants.'

Et ces Grecs que saint Paul instruisait dans Coriuthe,

Ces chrétiens verront-ils, corrompus par la craiidc,

Dans la loi de l'impie élever leurs enfants.'

Non; l'Église à vos soins a commis l'innocence;

Pontifes courageux, des soutiens de la Croix,

Comme au temps des martyrs, vous défendrez les droits

Le pasteur dont Lutèce admira l'éloquence,

Pour eux saura prier une seconde fois.

Prêtres, au sort des Grecs intéressez le tione,

Ne laissez pas leurs malheurs impunis, Et du trésor sacré détournez une aumône Pour ceux que saint Paul a bénis :

I>A QV\\\\: AI l'IÎOMT DKS GI'.KCS. V.oa

Français dont les beaux jours s'écoulent dans les fêtes, O vous qui dans le port oubliez les tempêtes, Aux nobles fils des Grecs faites la charité ; Donuez-leui un peu d'or pour aclieter des armes, Et secourez enfin dans leurs longues alarmes Les Martyrs de la Croix et de la Liberté !

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