‹ Poésies completes de Émile de GirardinChapitre 54 sur 82 · L'ÉCHO DKS ALI'ES · texte numérisé non relu

L'ÉCHO DKS ALI'ES

La gloiie passe avec les jours.

Un cliant trouble encor mon silence, Mais ce chant vers les cieux s'élance.

Et ma voix le dira toujouis.

Jadis, sur les rochers de l'aride montagne,

Le sourd bêlement des troupeaux , Le cri de l'aigle appelant sa compagne,

Avaient seuls troublé mon repos.

Mais quand vint le jour des alarmes.

Quand l'Ali icain franchit ces rocs déserts. Tout à coup, m'éveillant au cliquetis des armes,

De sons affreux j'épouvantai les airs.

C'était le chant de mort et le clairon sauvage

Des Carthaginois d'Annibal ;

Il allait, loin du ciel natal, Du Tibre impétueux désoler le rivage, Et du monde aux Romains disputer le paitage. Que d'obstacles!... Tantôt par le bruit effrayés, Ses coursiers belliqueux , dans ces périls novices, Refusaient de gravir, au bord des précipices, Les chemins tortueux par les soldats frayés ; Et tantôt l'éléphant, colossale merveilli', Détruisant d'un seul pas les travaux de la veille. Glissait avec effroi sur le terrain fangeux, Ecrasait sous ses flancs son gui<le courageux , Et des rocs ébranlés précipitant la cime ,

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Avalaïuhe vivante, allait combler l'abîme.

Mais la liauteiii- des monts, ni l'iiorreur des frimas,

JV'ai Tétaient Annibal dans sa baine constante;

Et ce béros, grandi sous de brûlants climats,

Sur un rocber de glace avait dressé sa tente.

Son passage en tous lieux fut marqué par le sang,

Il vit Rome frémir à son nom menaçant.

Sa valeur était sage, et sa ruse bardie;

11 mit de la grandeur jusqu'en sa perfidie.

Que de fois des Romains il décida le sort !

Que d'art il déploya dans la sanglante lutte 1

Qu'il fut terrible dans sa cbute,

Qu'il fut sublime dans sa mort!

Pourtant que reste-t-il de ce liéros de baine Qui balança quinze ans la puissance romaine?... Quelques débris épars et quelcjucs anneaux d'or

Que le pêcheur retrouve encor

Sous les vagues du Trasiméne!

J'ai redit les cris finieux Un Barbare enivré de gloire ; Du peuple aimé de la victoire J'ai répété les chants joyeux.

Maintenant une humble prière Succède à la tromjie guerrière; \/à gloire passe avec les jours.

Un chant trouble encor mon silence,

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Mais ce chant vers les cieux s'élance, Et ma voix le dira toujours.

Les Romains de César ont traversé ces glaces.

Le sommet du Jovis a supporté son camp ;

Et j'ai redit aussi les superbes menaces

De ce chef intrépide , au langage éloquent ,

Au maintien orgueilleux , au regard plein de charmes ,

Qui , de l'art du pouvoir connaissant les détours ,

Chez les peuples lointains sut régner par ses armes

Et dans Rome par ses discours.

Des forêts de la Gaule aux rives de l'Épire, Du Tage à l'Hellespont et du Nil jusqu'au Rhin

Il marcha d'un pas souverain -.

Tout le monde connu pliait sous son empire Ce n'était point a^sez ; sa gloire l'avertit Qu'il est une autre terre où son nom retentit , Et qu'au milieu des ilôts, des peuples qu'il ignore De leur obscurité s'environnent encore; La fortune le guide, et, pour les conquérir, Ce vainqueur inspiré vole les découvrir ;

Malgré leur vaine résistance , De leurs îles bientôt il envahit les bords ,

Et c'est en ravageant ses ports Que d'Albion au monde il apprend l'existence. Ce héros, des Romains la terreur et l'amour, Oppresseur de leurs droits et vengeur tour à tour,

Jules César, cinq fois , devant Rome étonnée , Des lauriers du triomphe a vu sa tète ornée. Régulateur du temps , changeant l'ordre des jours , De l'année à ses lois il asservit le cours. A ses vœux le sénat offrait de vains obstacles ; Il bravait le Destin, démentait les oracles. De Vénus on faisait descendre ses aïeux , On le plaçait vivant au rang des demi-dieux ; Et, par une faveur jusqu'alors sans exemple , Il avait ses autels, ses prêtres et son temple !.. Pourtant que reste-t-il de ce tyran flatteur Qui tomba sous le fer parricide et vengeur Après avoir soumis le monde à son épée?... Une goutte de sang de sa veine échappée , Qu'on montre encore au voyageur Sur le marbre où revit Pompée !

J'ai redit les cris furieux

Du Barbare enivré de gloire;

Du peuple aimé de la victoire

J'ai répété les chants joyeux .

Maintenant une humble prière

Succède à la trompe guerrière;

La gloire passe avec les jours.

Un chant trouble encor mon silence.

Mais ce chant vers les cieux s'élance,

Et ma voix le dira toujours.

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