‹ Poésies completes de Émile de GirardinChapitre 64 sur 82 · CORINNE , AIMÉE · texte numérisé non relu

CORINNE , AIMÉE

Pour celle qu'un doux rêve accompagne en tous lieux , 11 n'est plus d'importuns, il n'est plus d'eimnyeux. Un long récit me plaît; — sans effroi je l'endure, Et je rêve à ce bruit comme au plus doux murmnre. Je subis dos pédants les fatigants débats; Je ris de leurs bons mots, — que je n'écoute pas . C'est l'innocent moyen que mon adresse emploie. Ab ! le rire souvent sert à cacher la joie !

Et cependant, promise au plus bel avenir,

Mon front est pâle encor d'un triste souvenir;

Les traces de mes pleurs ne sont point effacées ;

Mon cœur palpite encor de ses craintes passées ...

On sourit avec peine après de longs malheurs,

Et tout dit que ma joie est née au sein des pleurs.

Tel l'indocile enfant que pardonne une mère

Oublie en sa gaîté sa douleur éphémère ;

11 joue, — et cependant son visage enfantin

Est pâle encor le soir des troubles du matin;

Son maintien, moins hardi, resle empreint de tri.stesse;

Ses chants ont moins d'éclat , ses pas moins de vitesse ;

Et des pleurs essuyés ses yeux encor brûlants ,

Son rire entrecoupé par des soupirs tremblants ,

Sa voix émue encor des lointaines alarmes,

Tout, dans ses jeux, trahit un jour entier de larmes.

Oh ! combien j'ai souffert avant ces doux moments 1 Que de rmits sans sommeil , d'affreux pressenti«ients ! Mais aujouKlMini mon cu'ur cbéiit ses craintes vaines, En le voyant .-ourire au lécit de mes peines.

L'obstacle est un rempart; alors qu'on le franchit,

De tous les maux passés le bonheur s'enrichit.

Ainsi, le vieux soldat rentré dans sa patrie

Contemple avec amour sa blessure guérie ,

La montre à ses enfants comme un noble tré.<or,

D'un reste de douleur aime à souffrir encor;

Des jours de grands combats il raconte l'histoire,

Et chaque cicatrice a son nom de victoire;

De ses fils avec joie il excite les pleurs ,

Et lorsqu'un ciel changeant ramène ses douleurs,

'< Oh ! dit-il en riant d'un facile courage ,

» Ma balle d'Austerlitz nous annonce l'orage. ■

Ainsi . mon cœur joyeux aime à se rappeler Les chagrins dont un mot a su me consoler ; Et , dans ce souvenir , trouvant de tristes charmes , Ose croire au bonheur — payé par tant de larmes !

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