DÉCOURAGEMENT
Adieu, — ne blâmez point mon exil volontaire; Le monde et ses flatteurs ne m'offrent plus d'attraits. Qu'importe un vain éclat? — Pour l'ànie solitaire. Chaque plaisir est un regret.
Un triomphe isolé ressemble au météore Dont l'éclat fugitif brille un moment — et fuit. Dans le vide d'un cœur la gloire est trop sonore. Sans écho, sa voix n'est qu'un bruit.
Misérable destin! — Quoi! vivre sans son ànie, Méconnaître l'amour , et toujours le rêver ; Parler, sans s'émouvoir, un langage de llamuio; Peindre un bonheur, sans l'éprouver !
Dans l'ivresse des vers, lorsque ma voix llexiltle Modulait des accords que le monde admirait, Mon cœur indépendant restait seul insensible Aux chants d'amour qu'il m'inspirait.
Ainsi, lorsque les mers balancent son image, Fout trembler ses rayons sur les flots furieux , L'astre pâle des nuits, insensible à l'oraye, Reste immobile dans les cieux !..
.l'ai vu tous ces licureux que le plaisir entraîne, Dont le regard est tendre — et le souris moqueur : Luu d'eux m'offrit l'attrait d'une brillante chaîne, Mais il n'entendait pas mon cojur.
L'espoir de m'inspirer avait l'our lui des charmes; L'éclat de ma douleur flattait sa vanité , Et, pour son cœur léger, tout le prix de mes larn)es Était dans leur célébrité.
Ce n'était point ainsi, pour charmer ma souffrance, Que parlait à mon cœur le fantôme adoré ; Ce n'était point ('elui qu'en mes jours d'espérance Un songe heureux m'avait montré!
Image sans modèle! idéal de ma vie!...
I)(! loin je l'appelais, et je volais vers toi ; Dés mes plus jeunes ans en vain je t'ai suivie!... Tu fuyais totijours devant moi.
i)kcouraCtEMi:nt. 345
Les grâces de l'enfance animaient mon visage, Mais ses jeux ne savaient déjà plus me cliarmei ; Kt, triste, devinant le bonheur d'un autre âge. Je voulais vieillir pour aimer.
Et je n'ai point connu cette joie enivrante Qu'à mes vœux innocents promettait l'avenir ; Dans le passe désert, en vain mon àme errante N'a qu'un rêve... pour souvenir I
Est-il dans nos forêts d'assez sombres demeiues Pour voiler à mes yeux les clartés d'un long jom.^ Quel assez lourd beffroi peut mesurer les heures D'une jeunesse... sans amour?...
Nul objet ne distrait mon regard qui sommeille; Nul ordre ne m'arrête.... ou ne me fait agir; Nul pas ne me conduit, — nul accent ne m'éveille; Pas \m nom ne me fait rougir !
Lorsque, de son tombeau levant la froide pierre, Une ombre vient errer dans l'absence du jour, Elle gémit ; son âme attend une prière Pour monter au divin séjour;
Moi, connne elle, implorant une voix généreuse, J'erre dans la tristesse et dans l'isolement ; Et comme elle, ici-bas, j'attends, pour être heureuse, La prière d'un cœur aimant!