‹ Poésies completes de Émile de GirardinChapitre 66 sur 82 · A MADEMOISELLE DE · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE DE

Est-il bien vrai? — c'est à vous que je dois Ce grand lionneur dont je suis alarmée ; Est-ce vous qui m'avez nommée Au plus important des emplois?

La Mode est souveraine, et veut qu'on la révère; Mais je n'approche point de son brillant séjour. Et m'admettre sans droits à sa frivole cour N'est-ce pas me donner une leçon sévère ? Quoi! voudrait-on punir ma naissante fierté De ses prétentions à l'immortalité , Et me dire -. « Vos vers du temps sauront l'injure, » Votre couronne aura le sort d'une parure : . Ce beau règne de nouse est tout près de finir; 1' Les succès de faveur n'ont qu'un jour d'avenir ; « Et cette gloire enfin , que vous rêviez si belle , '- Est fille de la Mode, et passera comme elle. ■■

A MADEAIOTSELLE DE ***. :J47

Non, je dois refuser; il ne m'appartient pas De proclamer vos lois , de régler vos débats ; Moi , l'écho de la mode et de sa fantaisie , Condamner nn bouquet, proscrire une couleur !.. Moi qui ne sais juger de l'éclat d'une fleur

Que par la main qui l'a choisie !

Ah ! si je l'acceptais, cet élégant fauteuil , De plus d'un orateur j'offenserais l'orgueil ; J'oserais préférer la grâce à l'opulence, Les dons de la nature aux prestiges de l'art.

Et ma sonnette , sans égard , A la sottise imposerait silence.

Je perdrais en un jour ma popularité ; L'esprit, là comme ailleurs, serait ma seule idole,

Et, dans ma partialité.

Vous auiiez toujours la parole

El

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