JE N AIME PLUS
O vanité du cœur! faiblesse miséiable!
N'est-il donc ici-bas nul sentiment durable;' .
Ne pouvant s'honorer par un constant malheur,
L'homme voit tout finir, tout , jusqu'à sa douleur I
Et le souflle du Temps, en sa rapide course,
Des pleurs les plus amers peut dessécher la source !..
l£h quoi ! tant de tourments , tant de virux superllus !
Moi qui l'ai tant pleuré !... moi !.. je ne l'aime plus !
Le cruel pouvait seul détriiire son ouvrage;
Faut-il que le mépris ait lassé mon courage!...
Un mot a dissipé le charme de mes jours;
Pour lui je ne vis plus... et j'avais dit •. " Toujours!..
JK N'AIMK PLUS. 349
Ali! pensais-je, il faudra que les mondes périssent
Avant que dans mes yeux les larmes ne tarissent;
Les échos seront sourds, les vents silencieux.
Les vagues cesseront de réfléchir les cieux ,
La mer ne sera plus qu'un long désert de glace ,
Avant que dans mon cœur son image s'efface!...
Hélas! il est donc vrai, ce ceur désenchanté
Ne voudrait plus d'un bien qu'il a tant souhaité!
A quel nouvel amour, à quel vœu puis-je croire,
Quand celui que j'aimais a fui de ma mémoire?..
Si, par de vains regrets, mon esprit captivé,
Se le rappelle encor tel que je l'ai rêvé,
— D'un faible souvenir passagère puissance, —
Ce prestige est bientôt détruit par sa présence !
En vain il veut encor m'émouvoir aujourd'hui ;
A mes yeux dessillés il n'a plus rien de lui
De l'amour dans mon cœur rien n'a gardé l'empieinte ,
Je le revois sans trouble, et lui parle sans crainte;
Je ne sais même plus, hélas! comme autrefois,
Dans la foule, de loin, reconnaîtie sa voix.
Ses prières, ses vœux n'ont plus rien qui m'engage;
Mes regards ont des siens oublié le langage....
Tel qu'un jeune guerrier, promis au plus beau sort,
Dans l'ardeur des combats, tombe frappé de mort,
Éteint pour la douleur, éteint pour l'espérance,
Mon cœur fut tout à coup frappé d'imlifléreiice 1 ..
Oh ! voilez à mes yeux cet horizon désert ,
Ou rendez-moi, mon Dieu, tout ce que j'ai smilfert '
Dans mon âme du moins, de tourments poursuivie,
La douleur et l'amour faisaient sentir la vie !...
J'éprouvais tant d'orgueil de mes regrets constants!
Mes yeux étaient si fiers d'avoir pleuré long-temps !
Je disais ; <• Ali ! du moins, si, dans son jeu barbare,
» Sur la terre des pleurs le destin nous sépare ,
« La même tombe, un jour, saura nous réunir 1 »
Et mon désespoir même était plein d'avenir!. .
Confiante en mes vœux, la mort me semblait belle!
Maintenant, à l'espoir ma piété rebelle.
Hélas ! ne trouve plus un désir "à former ;
Je perds plus que la vie en cessant de l'aimer.
Du repos éternel redoutant le mystère.
Je vois avec horreur un trépas solitaire;
Mon inconstance enfin , me remplissant d'effroi ,
Sur l'immortalité vient d'ébranler ma foi ;
Et, brisant les liens d'un souvenir si tendre,
Me fait douter des cieux où j'espérais l'attendre !