‹ Poésies completes de Émile de GirardinChapitre 73 sur 82 · LE PETIT FRERE · texte numérisé non relu

LE PETIT FRERE

De ma sainte patrie J'accours vous rassurer.

Sur ma tombe fleurie , Mes sœurs, pourquoi pleurer; Dans son affreux mystère , La mort a des douceurs ; Je vous vois sur la terre : Ne pleurez point, mes sœurs

Dans les deux je suis ange, Et je veille sur vous ; Ma joie est sans mélange, Car je fus liiuiible et doux.

Des saintes immortelles Je suis le protégé ; Dieu m'a donné des ailes , Mais ne m'a point ciiangé

LE PETIT FRERE if.:)

Ma souffrance est passée, Et mes pleurs sont taris ; Ma main n'est plus glacée , Je joue et je souris ; Mon regard est le même , Et j'ai la même voix ; Mon cœur d'ange vous aime , Mes sœurs, comme autrefois.

J'ai la même ligure Qui charmait tant vos yeux ; La même chevelure Orne mon front joyeux ; Mais ces boucles coupées , Au jour de mon trépas De vos larmes trempées , Ne repousseront pas 1

Le ciel est ma demeure , J'habite un palais d'or ; Nous puisons à tonte heure Dans l'éternel trésor ; Un fil impérissable A tissu nos habits; Nous jouons sur un sable D'opale et de rubis.

Là-haut dans des corbeilles Les fleurs croissent sans art ;

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Les méchantes abeilles Là-haiit n'ont point de dard ; Les roses qu'on efleiiille Peuvent encor fleurir, Et les fruits que l'on cueille Ne font jamais mourir.

Les anges de mon âge Connaissent le sommeil ; Je dors sur un nuage, Dans un berceau vermeil ; J'ai pour rideau le voilo De la vierge d'amour ; Ma lampe est une étoile Qui brille jusqu'au jour

Le soir, quand la nuit tombe Parmi vous je descends; Vous pleurez sur ma tombe ; Vos larmes, je les sens.

Caclié parmi les pierres De ce funèbre lieu , J'écoute vos prières , Et je les porte à Dieu.

•i Ob ! cessez votre plainte , Ma mère, croyez-moi ; Vous serez une sainte , Si vous gardez la foi.

LE PETIT ir.f'.RT. . 307

C'est un mal salutaire Que perdre un nouveau • né ; Aux larmes d'une nièro Tout sera pardonné '

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