AUX JEUNES FILLES
Que vous dirai-je, moi, mes douces jeunes filles,
A vous qu'on voit régner au sein de vos familles,
Fières de vos beaux ans, riches de tant d'espoir?...
Hélas ! ce que je sais est si triste à savoir !
Car le dégoût s'acquiert avec l'expérience ,
Le désenchantement est toute ma science.
Quand je vous vois je pleure, et mon cœur envieux
Sent, par tous ses regrets, comme il est déjà vieux.
Pas une illusion ne vit dans ma pensée ; »
D'un inutile espoir mon âme s'est lassée.
Pourquoi me livrerais-je à des désirs nouveaux?
Je ne crois plus en moi, pas même à mes travaux ;
Kt je ris de pitié lorsque je me rappelle
Ces grands projets formés dans une foi si belle ,
Ces inutiles .soins pris avec tant d'ardeur ;
Et Racine et Boileaii que j'apprenais par cœiu ;