‹ Poésies completes de Émile de GirardinChapitre 75 sur 82 · AUX JEUNES I JLI.ES · texte numérisé non relu

AUX JEUNES I JLI.ES

Et ces vers allemands au son grave et sonore.

Que je ne comprends plus et que je sais encore ;

Ces airs italiens répétés tant de fois ! '

Puis , quand j'ai su chanter je n'avais plus de voix.

Quelques jours de chagrins... elle me fut ravie

Quand le talent venait.... Hélas ! telle est la vie !

Attendre en vain, long-temps, un bien qui vient trop tard;

Concerter raille plans que dérange un hasard ;

S'épuiser aux efforts qu'un art rebelle exige;

Acquérir à grands frais des talents qu'on néglige ;

Bâtir une maison pour ne point l'habiter ;

Demander un conseil et ne point l'érouter ;

Jeune , iiaïr le mal , prononcer i'anathème

Sur des erreurs qu'un jour on commettra soi-même ;

Se défier de ceux à qui l'on tend la main ,

Rechercher aujourd'hui ce qu'on fuira demain ,

Telle est la vie, hélas ! une vie assez douce

Encore ! sans malheurs, sans terrible secousse,

Sans crimes, sans dangers, sans orages affreux,

Voilà les tiistes jours qu'on nomme jours heuieux !

Et vous voulez quitter pour ce temps de misère Vos plaisirs de seize ans sous l'aile d'une mère , Vos rêves sans objet, vos désirs sans combats. Vos rires et vos jeux.... Oh ! ne les quittez pas ! Ne venez pas encor dans la cité des femmes ; Prolongez vos beaux jours , gardez jeunes vos âmes Aimez les papillons , les oiseaux et les fleurs ; Ces amouVs-là n'ont point de tragiques douleurs ; Jouez, courez, chantez, dites mille folies;

Occupez-Vous surtout de paraître jolies.

Plaire est plus qu'un besoin , c'est un devoir urgenf ;

Et l'on plaît sans beauté, je dis plus, sans argent.

L'éclat ne dépend pas d'une riche toilette ;

Avec économie on peut être coquette :

Apprenez à former les bouquets et les nœuds ,

Apprenez à tresser vous-mêmes vos cheveux ,

A tailler avec goût vos légères mantilles ;

Mais ne composez point vos mines si gentilles ,

Ne faites point la dame aux grands airs triomphants;

Ne vous vieillissez point; restez, restez enfants.

Quoi ! se vieillir ! à peine aux berceaux échappées,

Pour être un jour plus tôt jalouses et trompées,

Pour voir un jour plus tôt s'effacer sans retour

Vos rêves parfumés d'ignorance et d'amour !

Ah ! je les ai connus ces rêves de l'aurore.

Ces fleurs de l'avenir qu'on ne voit point éclorc

Comme vous je livrais au souffle du printemps

Un front pur et serein et des cheveux flottants ,

Comme vous, me liant à ses folles promesses,

De l'été qui venait j'attendais les richesses ;

Comme vous j'ai souri , comme vous j'ai chanté. .

Et puis j'ai vu venir l'orage avec l'été ;

Et les vents furieux ont chassé le nuage

Où de mon idéal se dessinait l'image ;

Et l'épi renversé s'est couché sans mûrir.

Mes compagnes d'un jour ont grandi pour inourii ;

Et j'ai vu ma demeure à l'étranger vendue ,

Et mon cœur s'est éteint, et ma foi s'est perdue

J'ai vu ceux que j'aimais flatter mes ennemis;

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