SAINTE CÉCILE
c'était une dame romaine, Une dame d'nn très- liant rang, Qui jadis pour la foi chrétienne Dorma son sang.
De Dieu célébrant les louanges.
Nuit et jour elle aimait chanter, Et du ciel descendaient les anges Pour l'écouter.
liUe disait l'hymne suprême Quand on vint la faire mourir ; Le boiuieau s'étonna lui-même De s'attendrir.
SALNÏE CÉCILE. 373
Sur sa tête il suspend le glaive
De ses mains prêt à s'échapper,
Il attend que l'hymne s'achève
Pour la frapper.
Et la tête mal abattue, Sans tomber, s'incline eu tremblant:
Tel qu'on le voit dans sa statue De marbie blanc
Dans les douleurs elle succombe.
Ses plaintes sont des chants encor.
Avec elle on mit dans sa tombe Sa robe d'or.
Plus tard on trouva sa dépouille ; A l'éghse elle est dans le chœur, Et devant elle on s'agenouille , Priant du cœur.
Au voyageur on montre , à Rome , Les saints débris de sa maison , Dans la riche église qu'on nomme De son doux nom ;
Et tous les ans dans cette enceinte , Quand vient la saison des hivers, On va célébrer cette sainte Par des concerts.
Tous les arts lui rendent hommage; On lui donne des traits touchants; Raphaël a peint son image D'après ses chants.
Une auréole est sa couronne, Un luth est sous ses doigts sacrés, Sainte Cécile est la patronne Des inspirés.
Vierge, symbole d'harmonie, Klle dicte les vers pieux , Et sa voix répond au génie Du haut des cieux.
i)ésench4nti:menï
Dès l'aube on admira mon étoile sereine; Le chemin, devant moi, s'étendait aplani ; Mes parents me flattaient comme une jeune reine , Car j'étais un enfant béni.
Mon front était si fier de sa couronne blonde , Anneaux d'or et d'argent , tant de fois caressés ! Et j'avais tant d'espoir quand j'entrai dans le monde, Orgueilleuse et les yeux baissés !
Toutes les vanités vinrent charmer mon âme ; L'hommage le plus beau soudain me (ut rendu Oh ! les brillants succès de poète et de fcnune, Succès permis et défendu !
376 POESTES.
La gloire de mon char ne s'est point retirée; L'éclio s'émeut encore aux accents de ma voix : 11 suit toujours mon nom , et ma tête est parée; De idonds cheveux comme autrefois. ,
Pourtant il est des jours où mon orgueil envie Le nom le plus obscur, la plus pâle beauté ; Des jours d'affreux chagrins, où pèse sur ma vie Une poignante humilité ;
Et je me désespère , et je me crois maudite , Et je ne comprends plus ce qu'on aimait en moi. .. La pensée est si pauvre, et l'àme est si petite Sans désir, sans rêve et sans foi !
C'est que l'orgueil s'éteint quand les pleurs l'humilient; C'est qu'il n'est plus d'éclat, ni d'auréole au front; C'est que tous les lauriers, tous les succès s'oublient Quand le cœur a reçu l'affront !
Heureux ceux que le monde a poursuivis d'outrages, Si des regards amis veillent sur leur tourment ! Un malheur partagé donne tous les courages : Ils se consolent en aimant.
Mais moi... l'amour m'appelle, en vain sa voix me charme; En vain, par la prière, il veut me retenir. . Ma douleur le repousse, elle est froide, elle s'arme D'un implacable souvenir.
DESENCHANTEMENT. {77
L'amitié!... je la crains, je ré|»ie et la juge; Pour suivre ses conseils, j'attends au lendemain ; Comme un héros trahi , qui soupçonne transfu^ie L'allié qui lui tend la main.
Et j'envie en leur sort ces êtres que l'on pleure, Qui, tombés de leur tige, ont fleuri sans mûrir, Dont le cœur, plein d'amour jusqu'à la dernière iieuie. Ne s'arrêta que pour mourir.
Qu'importe le destin qui pour moi se prépare Quand le sol poétique a manqué sou;; mes pas? Hélas ! le feu sacré , dont le ciel est avare , Ici ne se rallume pas.
On peut rendre la joie à l'ànie qu'on afflige, Au pauvre la fortune, au mourant la santé, Jamais on ne rendra le sublime prestige Au poète désenchanté.