L ORAGE
Oli ! dites-moi pourquoi, ma mère.
Je souffre depuis ce matin?
Pourquoi je ne suis plus légère ?
Pourquoi j'ai dormi dans mon bain ;'
. Pourquoi mon aiguille résiste Sous mes doigts faibles et brûlants î' Et pourquoi je me sens si triste i' Pourquoi mes pas sont si tremblants i
— C'est l'orage, ma pauvre fille, ' Qui t'inspire ce vague effroi.
Qui rouille en tes doigts ton aiguille, Qui te rend triste aujtrès de moi.
L'ORAGK. ."«TO
" Ne vois-tu pas ce fiios image " Qui marche et s'avance vers nous " Allons , laisse-là ton ouvrage , " Et viens dormir sur mes genoux.
Klle obéit.... elle sommeille; L'orage ébranle la maison ; Mais quand sa mère la réveille Le soleil brille h l'hoiizon.
Alors sa tête se relève ; Elle écarte ses longs cheveux ; Sa tristesse n'est plus qu'un rêve , VA l'enfant a repris ses jeux.
Polie, elle va uiouiller dans l'herbr Sa robe et son petit soidier Pour voir de près l'arbre superbe Que la tempête a fait plier ;
Ou ramasse les coquillages Que l'eau du torrent balaya ; Tout l'amuse.... jusqu'aux ravages De l'orage qui l'effraya !
Son àme n'est plus oppressée , Rien ne résiste à ses désirs , Et de sa souffrance |)assé(' Il no reste que des plaisirs
■iSO POÉSIES.
Oli ! joyeuse enfance ! heureux àgc Qu'un legaid piotège toujours !
Brillante saison où Forage Est le seul chagrin des beaux jours
Je veux ainsi couler ma vie :
Au sort je me résignerai; Par la tempête poursuivie, Comme l'enfant je dormirai.
Poésie , ô sainte chinu'i e !
Viens aussi gaider mon sommeil ; Éveille-moi, comme sa mère , Au premier rayon du soleil !
Paris, 5 iioùt 18:15
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Déjà mon cœur me quitte, et la mort me réclame ; Et je ne la crains pas : pourquoi me secourir ? Vers le ciel qui l'attend laisse voler mon âme , Oh ! ma sœur, laisse-moi mourir !
Dès long-temps, tu le sais, ma vie est douloureuse; Souvent sur mes chagrins je te vis t'attendrir ; Va, ne me. retiens pas pour toi, sois généreuse. Oh! ma sœur, laisse-moi mourir.
Il est temps d'arrêter mes inutiles heures , L'horizon dépouillé n'a plus rien à m'offrir ; Je n'ai plus rien de moi; vivante, tu me pleures. Oh ! ma sœur, laisse-moi mourir !
Je ne veux point survivre à mes belles années, Fraîches (leurs du printemps que l'été va flétrir, Parures du matin avant le soir fanées.
Oli ! ma sœur, laisse-moi mourir '
Je ne veux point survivre à la saison de plaire, Kt voir mes blonds clieveux de neige se couvrir Sans enfants à bénir, la vieillesse est aiiière. Oh ! ma sœur, laisse-moi mourir !
Je ne veux pas survivre à mes chants de poète , Gloire que ton orgueil me faisait tant chérir. Mes yeux sont dessillés, et ma lyre est niuetti' Oh ! ma sœur, laisse-moi mourir .'
Je ne veux pas survivre à mes nobles pensées. Trésors de loyauté qu'il est beau d'acquérir. Le poison peut entrer dans les âmes blessées... Oh ! ma sœur, laisse-moi mourir !
Il est plus glorieux de tomber généreuse, D'embrasser en partant ceux qui nous font souffrir, De finir sans remords, comme une femme heureuse. Oh ! ma sœur, laisse-moi mourir !
Ta pieuse douleur ne sera pas sans charmes; De mes ailes, la nuit, je viendrai te couvrir ; Je veillerai sur toi, j'adoucirai tes larmes. Oh ! ma sœur, laisse-moi mourir !
DKSESPOIR. 383
L)t'm;iii), à votre amour quand je serai ravie, Tu trouveras ces vers, mon dernier souvenir, lit uia mère, en lisant les chagrins de ma vie, IVTe pardonneia de mourir !
Seplembiv l,s;i4.
^Sm^
MA.TH1LDE