‹ Poésies complètes de J.-P. HébelChapitre 30 sur 59 · LES FRAISES · texte numérisé non relu

LES FRAISES

Un enfant seul au bois trouve un coin qui foisonne De fraises; supposant n'être vu de personne, Il en mange, il en mange, au risque de taper, En disant : — Ceci va me servir de souper.

Tout-à-coup du buisson sort, en robe argentée, Un garçon dont la canne est d'or toute incrustée; Beau comme à son coucher Test souvent le soleil ; Jamais on n'avait vu sur terre son pareil.

— Que manges-tu donc là? dit-il d'une voix tendre.

— Rien! lui répond l'enfant, qui semble à peine en-

tendre, Et n'ôte pas du tout son bonnet. — Rien; vraiment? Alors, je t'en préviens, tu manges vainement. —

Et sur ce, le garçon disparaît. Chose étrange! Du buisson tout-à-coup l'on voit sortir un ange. L'enfant surpris regagne aussitôt le chemin. Et se gratte, inquiet, la tète à pleine main.

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Et c'est pourtant depuis cette triste aventure. Que les fraises ne sont plus une nourriture. Et qu'on peut en mander sans limite et sans fin, Sans jamais apaiser, même un instant, sa faim.

De ceci la morale est facile à déduire : Un enfant doit toujours poliment se conduire; Et ne pas lambiner à lever son bonnet. Même devant les cens que pas il ne connaît.

L'ARAIGNEE.

Une araig-née... oli ! vois quel grand fil elle traîne...

En filas-tii jamais un pareil dis. marraine...

Cela doit être bien fragile à dévider:

Que c'est lisse et menu!., mais viens donc regarder!..

Ou prend-elle son œuvre, enfin, cette araignée, Et cette œuvre qui peut l'avoir aijisi peignée? Bon!., voilà qu'elle étend les bras, en retroussant Ses manches pour que rien ne la gêne en tissant.

Puis voilà qu'elle jette un fil et Penracine Comme un pont, pour aller à la maison voisine. Et demain Pon verra, le long de ce cordeau, S''étendre la rosée, en belles gouttes d'eau.

A présent elle monte et descend et galoppe, Puis voilà que d'un cercle immense elle enveloppe Tous ces fils rayonnes sur l'axe transparent, Aussi bien que pourrait le faire un tisserand.

Maintenant la voilà qui rumine et calcule, Puis, après un moment de trêve elle recule... D'un air qui semble dire : — A quoi bon s'épuiser? — C'est vrai, n"a-t-elle pas droit de se reposer?

La voilà qui revient pourtant à son étoiïe.

Pour ne lu plus quitter... et dire (|ue Christophe

Le marçuillier prétend que ee i)rin si suhtil.

Est fait de i)rins eneor plus petits... qu'en sait-il?

Tiens, la voici qui lave enfin ses doigts et gagne, D'un seul bond vigoureux, sa maison de campagne Qui donne sur la route, et de là s'aperçoit Du bonheur qu'on éprouve à se sentir chez soi...

Puis bientôt sur ces fils où la lumière flambe; Comme dans un hamac, notre tisseuse ingambe Se berce en épiant les mouches d'alentour, A qui tous ces apprêts joueront bien mauvais tour.

Quoi qu'il en soit, tu peux te vanter, chasseresse, De m'avoir joliment tenu l'àme en détresse... Aussi bien, comment donc mets-tu tant de savoir Dans un corps si petit qu'on a peine à le voir?

Bon!., voilà qu'au milieu de ton grand filet saute Une mouche... faut-il, vraiment, qu'elle soit sotte! Pauvre bête, bientôt ton compte sera clair. Voilà ce que l'on gagne à regarder en l'air...

Sur elle au même instant s'élance Paraignée, Qui la prend à la gorge et Pa bientôt saignée. En disant : — Ce travail m'a mise en appétit, Et voilà de quoi faire un excellent rôti.

XXXVIÎI

LES GARDES-CHAMPETRES.

Derrière les grands bois, là-bas, sont des prairies, Pleines de trèfles et de navettes fleuries; Une hutte, au milieu, surgit modestement, Et pourtant, excepté l'étoile au firmament, Excepté le bibou'qui dans la foret pleure, La Wiese qui bondit sans s'informer de Theure, Et le chevreuil qui brame au seuil de son réduit; Tout est paisible au loin, tout dort, il est minuit...

Deux gardes cependant veillent dans cette hutte; Mais contre le sommeil en vain chacun d'eux lutte; — Tiens, pour nous réveiller, si nous allions à Pair, Chanter quelques chansons?... dit Nicolas Muller; Lève-toi, Fritz, et viens voir comme se balance Ce grand saule, là-bas, au milieu du silence. Et comme, cette nuit, de cent drôles façons, Pirouettent au vent ces naissantes moissons... —

Maître Fritz en faisant une grimace énorme, S'assied donc, comme il peut, à deux pas, sous un orme ; Nicolas s'établit, lui, sous un cerisier, Et les voilà bientôt chantant à plein gosier :

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Le matin, quand je vais pour boire à la fontaine, Marianne vient vite, elle, y remplir son seau; Le soir, quand elle y lave, en robe de futaine, Sa salade; j"y cours, pris d'une soif soudaine, Que n'étanclierait pas, ma parole, un ruisseau.

A Téglise, j"ai l'œil moi, sur ma Véronique, Si tôt (jue le curé commence ses sermons; Elle aussi, tout le temps, me surveille ironique, Et le curé pour lui, garde ce qu'il explique, Tant, à nous en passer, nous nous accoutumons.

La cloche de Schopfheim a la voix claire et tendre, Les orgues de Schopfheim l'ont ravissante aussi; A trouver la pareille, il ne faut pas s'attendre. Pourtant, rien ne m'émeut encor comme d'entendre 3Iarianne me dire : — Ha! tiens, mais... vous voici?

Si tôt que le printemps renaît dans la vallée. L'oiseau vole à son nid, et l'abeille à son miel; Comme eux alors aussi je prendrais ma volée, Si Véronique, ouvrant sa chambrette isolée. N'y résumait pour moi tous les bonheurs du ciel.

Tout le monde, au palet, me tient jtour passé maître; Le fait est qu'à ce jeu j'ai bien quelque talent: Eh bien, vienne pourtant Marianne à paraître,

A rinslant où j'allais me surpasser peut-être; Et, comme un écolier, me voilà tout tremblant.

Quand nous jouons parfois aux quilles sur la place, Si Véronique est là, j'en abats sept par coup ; Mais dès qu'elle s'en va, mon feu tourne à la g-Iace, Ma boule à mi-cbemin du quillier s'embarrasse, Et semble devenir aveugle tout-à-coup.

Doux écbo de nos chants, va-t-en, par sa fenêtre. Éveiller Marianne, et dis-lui tendrement. De manière à me faire à demi reconnaître, Qu'ils sont en son honneur, tous ces chants, et peutêtre En aurai-je demain quelque remercîment.

Véronique, dors bien, dans ta chambre boisée; En songe, seulement si tu me vois jamais, Trouve un baiser pour moi, sur ta bouche rosée, Et quand à le ravoir tu seras disposée. Je t'en rendrai dix gros, oui, je te le promets...

G vous qui scintillez là-haut d'un air si tendre. Étoiles du bon Dieu, quand, dites-le moi donc, A force de l'aimer sans le dire et d'attendre, Verrai-je celle à qui mon cœur ose prétendre, Me regarder avec un pareil abandon?

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0 vous que Ton prendrnit pour des flocons de laine, Nuag-es du bon Dieu, venez donc barbouiller Celle lune, là-haut, si brillanle et si pleine; De peur ([u'elle n'éveille en sa couche sereine, Ma Véronique, avant Theure de s'éveiller.

On dirait que le jour bruit dans la rame'e... L'instant va donc venir où cliaque revenant Regairne, au ffrand galop, sa fosse accoutumée... Ce pauvre Sté|)lien niorl avec sa bien-ainiée Hevient sans doute aussi chacjue nuit maintenant...

Les feu.\-follets pourtant tiennent toujours campagne, Là-bas, sur ces marais à nos pieds interdits... ..Oui. valsez bien, de peur que la crampe vous gagne; On sait quel violon d'enl'er vous accompagne: Mais restez à distance... arrière!... je vous dis."

— Mon brave Fritz, tu sais que j'aime à la folie, L'omelette; pourtant, ta voix est si jolie, Que pour l'entendre encor j'oublîrais tout vraiment... Si quel(|ue chose à moi. le plaisait seulement. Cela t'a|)parlien(lrail bientôt, tu peux le croire... J'ai trouvé l'autre jour à Kandern. à la foire, Quatre belles chansons, auprès d'un charlatan; Ce sont : le docteur Faust, /es filles du Sultan, L'Ecricain dans le sac, et l'Agneau dans les herbes; Apprends-m'en donc les airs, on dit(|u'ils sont superbes. ■ — Mon cher, je veux aussi, moi, te faire présent D'une image où l'on voit, en costume luisant,

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La Vierg-e qui reg-arde au ciel d'un air mystique, Si doux, qu'on a regret vraiment d'être hérétique; Et qui semble dire : ,.Ali! comme il fait clair là-haut..."' Voilà précisément, dis-je, ce qu'il te faut, Pour attendrir le cœur de cette Marianne... Sais-tu quelle est fort bien, pour une paysanne. Si tu l'aimes, va donc (crois-m'en, l'on s'y connaît); Va chez elle, et dis-lui vite ce qu'il en est.

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