‹ Poésies complètes de J.-P. HébelChapitre 38 sur 59 · L'ORAGE · texte numérisé non relu

L'ORAGE

Ne saclifint i)liis où fuir, roiseaii tout tremblant rase Le sol, tandis qu'au front d'un tiel qui vous écrase, Reste, comme une mer, l'orag-e suspendu... Quels bruits par la montagne! avez-vous entendu?

La paille et les copeaux pris d'égales démences, S'envolent par les airs, en tourbillons immenses; Vois ce nuage qui se déchire en grondant... Ainsi ma laine fait quand je la vais cardant.

Que Dieu veille sur nous.. Comme tout devient rouge.. Comme tout crie et craque aussitôt que Ton bouge ; La fenêtre frémit au fond du corridor; Tiens, vois donc le petit, dans sa couchette, il dort!

Maison sonne à Schlingon.. Ah! mon Dieu quel vacarme! En haut la foudre., en bas cette cloche d'alarme.. Qu'en advicndra-l-il?Ob!.. quel coup rude et soudain!.. Le tonnerre est tombé sur l'arbre du jardin.

Le petit dort toujours. — Quel bruit que puisse faire La foudre, se dit-il, ce n'est pas mon alfaire; Car Dieu veille là-haut. — Il souffle et se blottit Sur l'autre oreille. Ah oui! dors, mon pauvre petit.

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Vois-tu ce feu là-bas: quelle eflroyahle crise!... Va donc vite accrocher ce volet qui se brise.. Tout comme Pan deriiier!... eu lonibe-l-il, bon Dieu! Tes blés., oli! j)o«ir le coup, tu peu.x leur dire adieu.

La pluie à grand fracas sur l'église ruisselle: Dans la rue, on irait, ma parole, eu nacelle... Pauvre gens!... ruinés!... On en disait autant L'autre fois et le mal se répara pourtant.

Le petit dort toujours, lui, comme tout-à-rheure... 11 pense: — On pleure au ciel: eh bien, pardieu. je pleure Bien aussi quelquefois.. — C'est pourtant vrai, cela: Il a déjà ses maux, lui, tel que le voilà.

Que Dieu nous donne un cœur d'enfant, oîi ne pénètre Jamais l'eiïroi, plùt-il des clous sous la fenêtre... Oui, cela prouve bien qu'il n'est pas mensonger Le proverbe qui mêle un ange à tout danger.

Tiens: l'orage a passé.. Vois donc, comme c'est drôle!.. Le soleil rit aux cieux. — Ah! lu reprends ton rôle Trop tard, mon cher soleil. — Que non! dit-il, vos blés Et vos fruits ne sont pas complètement criblés... —

Bon. voilà le petit qui s'éveille... regarde. Quelle moue!... il sourit de fa(,on goguenarde... — Tiens Fritz, veux-tu dehors voir comment il y fait? — Il en rit. le vilain : donne-lui son brouct.

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AL fEIirrEIL IlK S0.\ PARR.Al.V.

Agallie, viens, ma fiile, el sois sans mille crainte; Reg-arde ton parrain, sans te mettre en émoi. Vois, la vie en lui s'est si doucement éteinte! Il est si bien là; va, ne pleure pas, crois-moi.

Il est là si trancpiille et calme dans sa bière! On dirait qu'il entend tout ce que nous disons ; On dirait qu'il sourit, et qu'il va, pauvre chère, ÎSous adresser cncor quelques douces leçons.

II a beaucoup souiïert, durant sa maladie; ■ — Jlaintenanf, nous dit-il, c'est fini, c'est passé; La mort, à tous les maux, lestement remédie, Et de ma fièvre aussi je suis débarrassé.

Bien des soucis amers ont tourmenté sa vie; Il dit : — Tout maintenant va comme je le veux; Rien ne m'inspire plus de crainte ni d'envie, Le cimetière va couronner tous mes vœux.

Son voisin fut toujours un assez mauvais drôle. Maintenant le parrain se dit tout sim|)len)ent :

— 0"^' Dieu lui soit eu ai<Ie. et daigne, ma parole, Etre pour lui propiee à son dernier niomeut.

Ton parrain avait bien aussi ses torts lui-même; Qu'importe! sur cela pèse l'oubli vaincpieur.

— Vous ne m'en voudrez pas, se dit-il, vous (|ue j'aime, Car, vous le savez bien, j'avais pourtant bon cœur.

Il dort et ne peut plus te voir, pauvre petite. Car il le sourirait à ce moment d'adieu. Comme il te souriait en disant : — Je vous (piifte. Mais nous nous reverrons bientôt près du bon Dieu !

Agalbe, allons-nous-en. va. sur ce doux présage. Ton parrain était diirne, oui, de tout notre amour: Allons-nous-en. ma chère enfant, et sois bien sage, Juscju'à ce que la mort nous i)renne à notre tour.

MADEMOISELLE HAFNET.

Cousin, où sommes-nous? égarés, je présume... On n"enlend pas un coq, et pas un toit ne fume; On n'entend pas non plus le moindre pas humain, Nous avons bien mal fait de quitter le chemin.

Le château dllafnet doit être sur celle roche. Au soleil on dirait que le midi s'approche. Mais, après tout, ([u'importe! A force de tourner, Nous atteindrons Sleincii à temps pour le dîner. Ah! le voilà, tenez, Ilafuet: je ne ledoute Plus rien; car à partir d'ici, je sais la route. Cousin, vous ètes-vous bien lavé ce malin? A vous voir, on n'en est pas tout-à-fait certain. Gare à vous, mon cousin, là-bas vers la fontaine, On pourra vous laver de façon plus certaine!

Sur les bords de la Wiese, il est un vieux château, Superbement assis au penchant d'un coteau; On rappelle château de Steinen: sous la terre, Couché depuis longtemps, le peuple tributaire Qui bâtit ces murs, n'a plus du tout mal aux dents.. Il n'en est pas ainsi, depuis bon nombre d'ans.

Pour Denjoiselle Ilafiiel. la dédaigneuse fille. Qui vivait là jadis, ainsi que sa faniille. Son père, affreux tyran, sans pitié tourmentait Son monde, et quand à bout d'exigence il était, Sa fille survenait, petite mijaurée.

Au cou blanc comme crème, à la mine sucrée, El pour Bàle. il fallait (jue de suite on partît. Lui chercher des souliers pour son pied si petit. Ou bien de la pommade, ou bien de la dentelle; Le dimanche, il fallait étendre devant elle. Jusqu'en bas, les tapis de laine les plus beaux; Oui, jusqu'au cimetière à travers les tombeaux, Quand elle s'avisait de descendre à l'église. Le lundi, ces tapis se lavaient sans remise. Alin d'être tout prêts dès le samedi soir.

In dimanche, un vieux homme était venu s'asseoir. Au cimetière, au bord de ces lajiis de laine; En voyant arriver l'altière châtelaine.

Il se lève et lui dit : — N'as-tu pas de remords, De cheminer ainsi sur la tombe des morts? Jeune fille, crois-moi, ceci n'est pas risible: As-tn donc oublié ce qu'on lit dans la Bible ; ,.Homnie, tu n'es que terre, et chacun sans retour, Dans cette terre doit revenir à son tour." Prends garde, jeune fille! —

Elle, par motpierie, Fait ajouter de suite à sa tapisserie Les plus jolis rubans qu'on puisse imaginer. Les gens, eu la voyant ainsi se promener.

Se disaient: — Ali! mon Dieu! ii'est-il donc, en

Alsace, Pas le moindre épouseiir qui nous en débarrasse ! — ■ Mais personne n'était bien pressé d'accourir. Cependant ses parents finissent par mourir: Puis, elle-même un jour, l'oryneilleuse héritière, Sans plus brin de tapis, s'en vient an cimetière: Sans tapis, et pourtant, dis-je, sans se crotter: Il est vrai (iiTen cercueil elle se l'ait porter.

D'ordinaire, il n'est rien que la tombe n'efface; Voilà pourtant qu'alors subitement la face Du vieux liomuMî apparaît, et dit d'un ton moqueur: — Point de ])lace pour toi, jeune fille sans cœur: Point de place pour toi dans tout ce cimetière, Que ton pied méprisa durant ta vie entière... L'endroit où tu pourras quelque repos avoir. Les bfeufs de Geitliger sont seuls à le savoir. —

En effet, le matin, les gens de la commune,

Avec une frayeur subite et peu commune,

Virent le blanc cercueil de la terre sortir.

Et de grands corbeaux noirs sur lui se divertir.

On creuse une autre fosse ailleurs, et plus profonde;

Mais rien n'y fait. La peur enfin prend tout le monde,

Et l'on s'informe alors, sans plus rien différer.

Aux bœufs (le Geitliger. où l'on |)eut l'enterrer.

On monte le cercueil maudit sur la voiture.

Puis on lais>e partir les bœufs à l'aventure:

Et les bciMifs aussitôt courent, tout empressés,

Vers la même fontaine où nous sommes passés.

Près du cliàtenii d'Hafiiel, et sans reprendre haleine Ils font sauter dans l'eau la belle châtelaine... Par les jours de soleil, on dit qu'on peut la voir Oui peigne ses cheveu.x au bord du grand lavoir, Et que du fond de l'eau, de suite elle s'élance, Pour saisir dans ses bras les passants en silence. Quand ils ne se sont pas bien lavés le matin... Je ne vous dirai pas si le fait est certain; Mais enfin, c'est toujours un agrément notoire Que de charmer ainsi son temps par une histoire... Ah!! voilà Steinen! c'est comme je vous l'ai dit, Nous allons arriver là-bas pour le midi.

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